Politique, Journal de l'Islamophobie

Les réseaux sociaux ou la « décomplexion » du langage islamophobe (Opinion)

1 23   | 21.09.2020
Les réseaux sociaux ou la « décomplexion » du langage islamophobe (Opinion)

France

AA / France / Cécile Pani

Outils de communication incontournables de notre époque, les réseaux sociaux se sont érigés comme plateforme des idéaux, de la pensée humaniste et libérale mais aussi celle de positions, jusqu’il y a peu, encore tabou : celles des opinions d’extrême droite, racistes et antireligieuses.

La liberté d’expression demeure un droit inaliénable auquel nos sociétés occidentales sont attachées. Une liberté qui a permis de façonner une société encline au jugement et ce, dans le but d’en améliorer les fondements en permettant à chacun de crier haut et fort ce qui lui semble être un défaut, une faille nichée aux confins de notre communauté et qui n’attend qu’à être décriée.

D’ailleurs, le principe démocratique repose sur le fait que chaque citoyen soit libre d’exprimer ses idées et ses opinions. L’échange avec les autres permet d’ouvrir le débat sur de nombreux sujets et cette liberté d’expression, qui repose sur la diversité et les divergences, permet à chacun de vivre sa citoyenneté de manière libre et égalitaire. Et quoi de mieux pour exprimer ses opinions que les réseaux sociaux, pour permettre aux citoyens lambdas, tout comme aux personnalités émérites, d’émettre à un large public ses positions, même les plus bancales, sur des sujets d’actualité.

Néanmoins, si cette liberté a permis une évolution positive de nos sociétés, que ce soit dans la manière de penser, appelant à l’ouverture d’esprit, au respect des uns et autres, à la mise en avant d’idéologies comme le féminisme, à travers des mouvements sociaux qui ont encouragé la prise de parole des femmes, elle a dans un même temps ouvert la voie au mépris et au lynchage numérique d’une frange de la population.

En effet, les accusations, le harcèlement, les campagnes de dénigrement envers la communauté musulmane, en particulier les femmes voilées, n’a de cesse de s’intensifier ces dernières années.

Désormais, à chaque épisode médiatique dans lequel une femme voilée y tient le premier rôle et ce, car une personnalité des sphères politique ou journalistique se permet de l’accuser de porter atteinte à la sacro-sainte laïcité, s’exaspérant d’une manière théâtrale d’un tissu qu’elle ne saurait voir, c’est un déferlement de haine raciste et islamophobe qui se déverse sur les réseaux sociaux. Une fureur numérique non pas perçue comme de l’insulte, la liberté d’expression garantissant pour les uns le droit de s’offusquer et pour les autre celui de dénigrer.

Nombreuses sont ces victimes musulmanes mises au pilori d’une indécence médiatique, à l’instar d’Imane Boun, une jeune étudiante harcelée sur les réseaux sociaux depuis la diffusion sur BFMTV d’un reportage dans lequel elle présentait son compte Instagram où elle propose des recettes de cuisine à destination des étudiants. Un harcèlement qui fait suite à un tweet de la journaliste du Figaro, Judith Waintraub, ayant mentionné « 11 septembre » en retweetant ledit reportage. Tout comme dernièrement, Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’UNEF, dont la présence a été décriée par plusieurs députés, en particulier Anne-Christine Lang (LREM) qui a déserté la commission réunie afin de travailler sur « les effets de la crise Covid-19 sur les enfants et la jeunesse ».

Les recettes de cuisine à petits prix d’Imane Boun permettent-elles aux étudiants qui se trouvent dans une situation précaire de manger de manière saine et variée ? Les interventions de Maryam Pougetoux ont-elles permis de mettre en avant les impacts de la pandémie sur nos enfants ? Nous ne serions le dire, puisque seule leur tenue vestimentaire a retenu l’attention et monopolisé le débat.

A aucun moment cette société, où règne de plus en plus l’individualisme plus à même de juger que d’agir, ne s’est félicitée de l’engament associatif et social de ces deux jeunes françaises.

Elles ont été les victimes de cette liberté d’expression numérique qu’octroient les réseaux sociaux et qui ont permis de décomplexer le langage islmophobe à défaut de permettre de lutter pour le "vivre ensemble", comme un seul bloc face à l’adversité d’une époque où inégalité, haine, racisme, précarité deviennent une normalité face à laquelle on ne s'émeut plus.

*Cécile Pani, journaliste et militante, lutte contre l'islamophobie

**Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale de l’Agence Anadolu (AA)

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