AA/Niger/Boureima Balima
Le Niger, quatrième pays producteur d’uranium, a signé le 26 mai dernier un accord de partenariat stratégique pour le renouvellement des contrats d’exploitation des mines de la Cominak et de la Somaïr, situées dans le nord du Niger. Un accord qui intervient après moult péripéties.
Tout avait commencé il y a dix-huit mois lorsque le Niger et le groupe nucléaire français Areva entamaient des pourparlers sur les nouvelles conventions minières avant l’expiration en décembre 2013, de celles qui couraient depuis 2003. Le gouvernement a émis l’idée de signer un « accord gagnant-gagnant » dans l’exploitation minière.
Le ministre nigérien des mines et du développement industriel Omar Hamidou Tchana, avait dénoncé en janvier 2012 un rapport « déséquilibré » entre le Niger et Areva. Selon lui, les recettes issues de l’exploitation de l’uranium ne participent qu’à hauteur de « 5 % dans le budget » nigérien.
Pour ce faire, le Niger entend mettre en application d’une part la Constitution qui prend en compte les ressources du sous-sol et d’autre part la loi minière de 2006 qui prévoit une hausse périodique des redevances. De cette application les redevances minières passeront de 5,5 à 12 %.
Le groupe nucléaire français voulant échapper à cette règlementation fait signer en novembre 2012 un document appelé « minutes de discussions » où Areva concède à financer des projets de développement à hauteur de 35 millions d’euros pendant trois ans. Mais devant l’opacité des discussions, le projet tombe à l’eau. Areva est accusé en France de faire de la corruption et au Niger, la société civile donne de la voix.
Voulant toujours se soustraire à la loi minière nigérienne, le groupe français fait valoir une convention qui date de 1968 et qui prévoit une exploitation des mines nigériennes durant 75 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2043. Areva met aussi en avant la loi minière de l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa).
Le Niger tient mordicus à son uranium et en décembre 2013, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, dans un message à la nation, fait ressortir les besoins du Niger. Il s’agit de la gouvernance des deux sociétés, la reprise de la route de l’uranium, la mise en valeur de la valeur de l’Irhazer et l’application de la loi minière.
En janvier 2014, Areva ferme la mine de Cominak pour des travaux de maintenance. Pour les acteurs de la société civile, cette fermeture constitue une menace. Selon Mme Soli Ramatou, coordinatrice du Groupe de réflexion et d’action sur les industries extractives (Gren), Areva voulait montrer sa suprématie dans le domaine.
Face à l'obstination d'Areva,la société civile est plus que jamais décidée à faire appliquer la loi minière de 2006. Elle organise des manifestations tant à Niamey, à Arlit (1.200 km de la capitale Niamey) qu’ à Paris, fait des propositions et dénonce l’opacité qui entoure ces négociations.
En France c’est l’Ong Oxfam, qui prend la tête du mouvement. Selon elle, entre 1971 et 2010, le Niger n’aurait perçu que 459 millions d’euros, soit 13% de la valeur totale des exportations d’uranium évaluées à 3,5 milliards d’euros.
Enfin un accord mais
L’accord, en sept points prévoient la reprise d’une partie de la Route Tahooua-Arlit appelée route de l’uranium, la neutralisation de la taxe sur la valeur ajoutée, le report de l’exploitation de la mine géante de Imouraren, la mise en valeur de la vallée de l’Irhazer, la gouvernance des deux sociétés, le prix spot et la construction du siège des sociétés d’Areva au Niger.
Réagissant à cette signature, le collectif « Sauvons le Niger » composé d' organisations de la société civile et des syndicats a qualifié l’accord de « duperie » de la part de la multinationale française.
« Un examen attentif de cet accord nous a permis de comprendre que le gouvernement du Niger est pratiquement passé à côté de la plaque et les intérêts de notre pays ne sont pas véritablement pris en compte. », a martelé Nouhou Mahamadou Arzika, membre du directoire du collectif lors d’un point de presse.
Dans ces accords, les deux parties ont décidé de reporter sine die, l’exploitation de la mine géante d’Imouraren sensée à terme produire environ 5000 tonnes de l’uranate. Ce qui fera du Niger, le deuxième pays producteur d’uranium, prétextant le cours des prix de l’uranium sur le marché international.
Selon Ali Idrissa, coordonnateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (Rotab), cet accord va à l’encontre de la loi minière de 2006. Il estime que cette mine (attribuée à Areva depuis plus de trente ans) doit être retirée et remise sur le marché international.
« C’est Areva qui fixe aujourd’hui les prix de l’uranium sur le marché international. Alors qui est mieux placé pour dire comment vont évoluer les prix, si ce n’est la multinationale française » explique M.Idrissa.
Selon les termes de l’accord, tous les points feront l’objet de conventions entre le Niger et le groupe nucléaire Areva. Des conventions qui devront nécessairement passer par une modification de la loi minière du Niger.
C’est pourquoi le collectif « Sauvons le Niger » invite les représentants du peuple à ne pas céder à une quelconque demande du gouvernement tendant à la modification de cette loi.
« Rien n’est encore perdu si les députés assument leur responsabilité et mettent en avant les intérêts supérieurs de la nation et du peuple et veillent au respect strict de notre loi fondamentale et de nos textes en vigueur en la matière. » a appelé la collectif de la société civile.
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