AA/N’Djamena/Abdoulaye Adoum/Desk/Esma Ben Said
Après avoir mis à feu et à sang le Nord-Est du Nigéria, et attaqué à maintes reprises le Cameroun, le groupe armé Boko Haram qui revendique vouloir étendre son «califat», se rapproche désormais dangereusement du Tchad qui, de son côté renforce ses mesures sécuritaires par anticipation, a assuré à Anadolu une source militaire.
Mercredi, le gouvernement tchadien a reconnu pour la première fois, par le biais d’un communiqué, que « la secte Boko Haram tente depuis un certain temps de déstabiliser l’Extrême Nord du Cameroun » et que « cette situation menace dangereusement la sécurité et la stabilité du Tchad et porte atteinte à ses intérêts vitaux ».
Plusieurs sources sécuritaires font pour leur part, état d’un renforcement du dispositif militaire afin « d’anticiper cette menace ».
« Deux régiments militaires viennent d’être réaffectés vers le Lac Tchad, zone frontalière avec le Nigéria », a ainsi révélé à Anadolu une source militaire bien renseignée.
La commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT ) qui regroupe en son sein six pays (Tchad, Niger, Nigéria, Cameroun, Centrafrique, Libye) s’est réuni mercredi à huis-clos afin d’élaborer le concept d’opérationnalisation et les règles d’engagements de la force mixte multinationale de sécurité dans le bassin du Lac-Tchad.
« Bien que des contingents sont présents dans les limites de leur frontière » a déclaré à Anadolu, Ndougou Hypolithe Jean, conseiller militaire du secrétariat exécutif de l’institution, présent à la réunion, «nul n’est censé ignorer l’ampleur des menaces terroristes dans la zone » .
Des experts militaires sont en train de procéder à une stratégie adéquate afin d’éradiquer le mal à la racine, a-t-il précisé.
La zone qui entoure le Lac Tchad est très sensible et fait l’objet d’une attention particulière de la part des forces militaires tchadiennes car elle est très convoitée par Boko Haram.
C’est pourtant en ce lieu qu’est implanté le siège d’une force régionale : la MNJTF - Multinational Joint Task Force, force multinationale conjointe- qui a pour rôle de coordonner la réponse militaire du Nigeria avec celle du Niger et du Tchad voisins contre le groupe armé.
Mais la MNJTF, initialement constitué de soldats des trois pays (mais qui finalement n’a que des soldats nigérians dans ses rangs), a essuyé une défaite cuisante, la semaine passée, face à Boko Haram qui a d'ailleurs tué plus d'une centaine de civils dans la localité de Baga, au nord-est du Nigéria, sur les bords du Lac Tchad, selon le chef du district de Baga, Alhaji Baba Abba Hassan.
Après avoir saccagé le nord-est du Nigéria, sans pouvoir être arrêté par l’armée nigériane, Boko Haram s’étend sur le Lac. Selon certaines informations le groupe d’insurgés contrôle déjà des îles dudit Lac et fait régulièrement passer des convois d’armes qui ont transité par le Tchad, en provenance du sud libyen.
Dans la stratégie de « conquête » du groupe armé, l’infiltration au Tchad par le Sud est également au programme, confirme une autre source militaire, ajoutant que toutes les entrées tchadiennes, y compris le fleuve Logone –frontière naturelle entre le Tchad et le Cameroun- sont désormais sous haute surveillance.
La menace sur le Tchad est d'avantage grandissante depuis que le pays accueille les afflux de Nigérians, soit plus de 12 000 réfugiés qui ont fui le nord de leur pays, selon des sources humanitaires.
Certains politiques craignent que des assaillants entrent sur le territoire tchadien en se mêlant aux réfugiés, souligne d'ailleurs une source militaire.
Face à ces afflux massifs, le Premier ministre tchadien, Kalzeubé Payimi Deubet, avait aussi formulé la crainte du Tchad « d’être embarqué dans une situation incontrôlable si des mesures ne sont pas prises à temps », lors d’une déclaration à la presse, la semaine passée.
Boko Haram dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un pêché », classé «organisation terroriste» par les Nations Unies, mène de sanglantes insurrections, pour former son «Califat islamique», avait déclaré l’actuel chef des insurgés, Abubakar Shekau, dans une vidéo diffusée cet été.
Le groupe s’est ainsi emparé de nombreuses villes et villages des trois Etats du nord-est du Nigéria, à savoir le Borno, Adamawa, et Yobe, les déclarant partie de son «Califat» et contrôlerait maintenant, selon certaines informations, environ douze zones rattachées à des Conseils locaux et plus de cinquante villes et villages à travers les trois Etats.
Tout comme le Nigéria, l'Extrême Nord du Cameroun est lui aussi une cible privilégiée du groupe armé. L’armée camerounaise déployée sur toute la frontière, tente ainsi quotidiennement de faire reculer les assaillants mais parvient, difficilement, à contenir des assauts de plus en plus intenses.