AA/Yaoundé/ James Ntog
Si le président Camerounais, Paul Biya, a immédiatement pris position contre l’attaque du journal français « Charlie hebdo », il est presque toujours resté silencieux face aux multiples exactions de Boko Haram à l’Extrême-Nord du Cameroun.
Cela a donné l’impression à des Camerounais que le Gouvernement est plus préoccupé à "plaire à la France" qu’aux populations locales, bien qu'ils ne remettent pas en cause les efforts déployés par l'exécutif camerounais pour battre en brêche l'avancée du groupe terroriste.
Ainsi, cinq corps des membres de Boko Haram ont été retrouvés, mercredi, sous un pont vers la frontière camerounaise avec le Nigeria, a appris l’agence Anadolu de sources sécuritaires. « Il s’agit d’autres terroristes ayant péri à la suite de l’attaque de Kolofata qui a eu lieu au début de la semaine », explique, à Anadolu; la source qui souhaite garder l’anonymat. Au cours de cette attaque de Kolofata perpétrée par le groupe terroriste basé au Nigeria, un soldat camerounais avait été tué et quatre autres blessés.
Il s’agit là d’une énième attaque de Boko Haram au Cameroun. Des attaques au cours desquelles, des soldats camerounais sont très souvent tués. Face à ces actes de terrorisme, Paul Biya le président du Cameroun est très souvent resté muet : pas de descente sur le terrain pour prendre le pouls de la situation et réconforter les victimes, pas de discours ni de conférence de presse improvisée et dictée par cette actualité.
Pourtant, en fin de semaine dernière, le chef de l’Etat a envoyé un message officiel de condoléance et de réconfort au président français François Hollande, immédiatement après l’attaque du journal français Charlie Hebdo qui a fait 12 morts, le 7 janvier. « J'ai appris, avec une réelle émotion, l'attentat ignoble perpétré à Paris contre l'hebdomadaire "Charlie Hebdo", et au cours duquel plusieurs de vos compatriotes ont trouvé la mort », dit Paul Biya à son homologue français. « Je condamne avec force cet acte odieux des adeptes de la violence et de la terreur. Et vous exprime ainsi qu'au peuple français ma solidarité », ajoute Paul Biya, dans un communiqué rendu public par la Présidence.
Une réaction qui a tôt fait d’irriter une bonne partie de la population. « Le président camerounais réagit plus vite lorsqu’il s’agit de la France. Combien de fois a-t-il envoyé des messages de soutien aux soldats qui défendent notre pays contre Boko Haram ? », s’interroge par exemple Jérome Essindi, enseignant dans un lycée de Yaoundé, dans une déclaration à Anadolu.
« On appelle ça le syndrome du colonisé. Au lieu d’éteindre l’immense feu qui brule dans sa maison, Paul Biya s’empresse de souffler sur la petite flamme qui s’est allumée chez son voisin, juste pour plaire au président français », ajoute Emile Bindzi, lui aussi enseignant à Yaoundé. « Moi je suis carrément exaspéré de voir un tel engouement à pleurer aux côtés des français alors qu’on constate une indifférence face aux problèmes qui nous touchent directement », dit son voisin qui ne souhaite pas être cité.
Sur le terrain aussi, certaines troupes sont frustrées par ce qu’elles appellent le « manque d’intérêt » à leur endroit. « Nous sommes envieux quand nous voyons les présidents d’autres pays aller voir la troupe. La présence de monsieur Biya à nos côtés nous aurait réconfortée », se plaint, par exemple, un officier supérieur de l’armée camerounaise qui souhaite garder l’anonymat. « A défaut de venir nous voir, un message de réconfort chaque fois que nous sommes attaqués nous motiverait à plus de bravoure. Les assauts de Boko Haram sont quasi quotidiens et nous subissons une grosse pression », ajoute-t-il à Anadolu.
La semaine dernière, Abubakar Shekau, le leader de Boko Haram a diffusé une vidéo dans laquelle il menaçait Paul Biya et le peuple camerounais. « Vous aurez des coups aussi durs que ceux essuyés par le Nigéria », menaçait Shekau. Une menace à laquelle le président camerounais a choisi de ne pas répondre. Il est resté silencieux jusqu’à ce jour.