AA/Abidjan(Côte d’Ivoire) /Fulbert YAO
Sur la belle plage du canal de Vridi, dans la commune de Port-Bouët, au sud d’Abidjan, le soleil est à son zénith. L'astre caresse d'impétueuses vagues qui se fracassent sur les quelques jeunes gens venues jouer dans les eaux d'une mer à l'apparence paisible.
Mais derrière ce cadre idyllique, se cache un spectacle désolant : depuis près d'un demi-siècle l'océan Atlantique s'avance, grondant, rasant murs, habitations, et végétations sur son passage.
Pour certains océanologues, le risque de voir Abidjan et les autres villes du littoral disparaîtrent, est de plus en plus palpable. En cause, l'érosion mécanique et permanente qui abîme plusieurs mètres du littoral chaque année, auquel s'ajoute des "érosions exceptionnelles", comme en août 2011, qui avait vu la dispartion de plus d'une vingtaine de mètres du littoral.
Marcel Désiré Guede, sauveteur et responsable du service entretien des lieux, suit depuis des années ce triste spectacle. « Ici, actuellement la mer progresse très vite. Elle avance chaque année, d’au moins cinq à six mètres et les vagues atteignent parfois deux mètres de haut », confie-t-il à Anadolu, d’une voix désespérée.
Quelques années en arrière, poursuit ce sauveteur, « tout le littoral était bondé d’hangars, de bars, de bungalows, et d’espace barbecue. Il y avait même un hôtel, une route et un rail qui passait ». Aujourd’hui ,« la mer a brisé les maisons. Il y a plus d’un mois, une habitation à 12 portes a été rasée. Tout ce que vous voyez de l’autre côté a été dévasté », relate l’homme, en balayant le paysage de sa main droite.
Une triste réalité attestée par Jean Marc Yao Kouassi, qui exerce dans le transit. Un mois plus tôt, les vagues ont détruit sa maison alors qu'il était encore à l'intérieur. « C’était un dimanche vers 5 heures du matin, lorsque les vagues se sont élevées, elles ont détruits sept à huit maisons, y compris la mienne. D'un coup l’eau avait envahi mon domicile, jusque dans ma chambre et en quelques secondes l'eau m' est arrivé à la poitrine. Les murs se sont alors effondrés sur moi et j’ai été blessé à la tête, au genou et au dos», raconte le jeune homme, heureux d'être "un rescapé".
Mais les vagues déchainées et l’avancée grandissante de l'océan sur les côtes abidjanaises n'a pas seulement détruits les habitations, les activités touristiques situées à la lisière en pâtissent également.
Issa est photographe depuis une dizaine d’année. Il vient régulièrement sur les bords de la mer pour chercher ses clients. Mais avec ces incidents, ses activités n'apportent plus un sous.
« Les activités ne progressent plus. Autrefois, quand il y avait les habitations, il y avait du monde. Mais puisqu’il n y a plus d’habitations, les lieux sont désertés et les agressions se multiplient. Conséquence, les touristes ne viennent plus ici », explique le photographe.
Clarisse, une réceptionniste, dans un hôtel situé près des eaux (fréquenté par des touristes européens), avoue pour sa part (sans pouvoir avancer de chiffres) que les activités ont régressé à leur niveau, mais elle garde l’espoir qu’une solution sera trouvée "très vite".
A l’occasion du Sommet mondial sur le climat qui s'est déroulée la semaine passée à New York, le Président de la République ivoirienne, Alassane Ouattara a relevé, dans une déclaration à la Tribune des Nations Unies, les incidences du réchauffement climatique sur la Côte d’Ivoire "qui se caractérisent notamment par la dégradation des côtes du pays et l’avancée de l’océan atlantique sur le continent", selon un communiqué daté du 23 septembre, dont Anadolu a eu connaissance.
Face à ces menaces grandissantes, Ouattara a réaffirmé « la pleine adhésion de la Côte d’Ivoire aux mécanismes mis en place lors des négociations intergouvernementales au sein de la convention-cadre des Nations Unies pour le changement climatique".
Le chef de l'Etat a notamment mis en exergue "les initiatives prises par le Gouvernement ivoirien pour promouvoir les énergies propres et renouvelables afin de réduire considérablement ses émissions de Gaz à effet de serre et de contribuer à l’atteinte de l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à 2°C."
Pour Germain Nguessan, tenancier de bar depuis 36 ans sur les côtes, la solution serait que les autorités ivoiriennes aident les riverains à délocaliser.
« Vivre au bord de la mer, ça fait bon vivre, mais la mer ne prévient pas, elle surprend. Je demande aux autorités de nous soutenir et de nous aider à quitter les lieux », lance l’homme à Anadolu.
En l'absence de plans gouvernementaux, Marcel Désiré Guéde, propose une alternative et prie l’Etat de protéger le littoral en plaçant des pierres depuis Abidjan jusqu’à Grand Bassam (sud) estimant que « cela pourra freiner l’avancée de la mer » qui les menace chaque jour un peu plus.
