AA/ Abidjan/ Cyrille Bah -
Des centaines d'Ivoiriens d'Abidjan récemment expulsés de "zones à risques", par les autorités, par peur des éboulements et inondations, ont trouvé refuge dans des quartiers de la capitale parfois encore plus délabrés et dangereux.
Dans les quartiers Abobo-baoulé et Kennedy, en plein cœur de la capitale économique ivoirienne, broussaille épaisse et détritus côtoient insalubrité et pauvreté.
A quelques mètres de l’effrayant ravin qui jouxte Abobo-baoulé et Kennedy-Clouétcha, un bidonville est né.
Traoré Massandjé, veuve et mère de deux enfants, vit ici depuis un mois.
«Lorsque les autorités nous ont chassés de Colombie (un quartier dans la commune de Cocody, à Abidjan) j’ai d’abord déposé mes affaires chez des amis. Puis on m’a parlé de cet endroit. Quand j’ai réuni la somme nécessaire pour y habiter, j’ai aménagé ici avec mes enfants », explique-t-elle, sans préciser combien de temps elle prévoit d'y rester, ni combien elle a déboursé pour ce logement temporaire.
Comme elle, Kouakou Amenan Suzanne a déposé ses bagages dans ce quartier délabré, après la destruction de son habitation dans le quartier «Mamadou Coulibaly», relevant de la même commune.
«Je suis arrivée ici il y a moins de deux semaines. La cour que j’habitais a été rasée. C’était une maison de trois pièces. Avec les difficultés que j’avais à trouver une autre maison, je suis venue ici avec ma famille, en attendant d’avoir les moyens de prendre mieux, ailleurs », explique-t-elle.
Sa maison de fortune, semblable aux habitations voisines, est constituée d’une seule pièce communément appelée «entrer-coucher», entièrement construite de planches bon marché, et recouvertes de bâches noires pour parer aux pluies diluviennes.
Sur ce site, tout le monde n’est pourtant pas logé à la même enseigne. Les moins chanceux, habitent au bord du dangereux ravin qui sépare Abobo-baoulé de Kennedy, et où les maisons poussent comme des champignons.
Les moins démunis, eux, ont eu la chance de s’installer dans la partie la moins délabrée du quartier. Pour avoir accès à «ce privilège» les nouveaux locataires doivent débourser pas moins de 65.000 FCfa (111 usd), l'équivalent de cinq mois de caution.
Sorgo Emmanuel, chef du chantier qui a été réalisé dans cette partie "luxueuse" du quartier, assure que l’exploitation du terrain, bien que dangereux, leur a été autorisée, et ce, "après la signature d’un contrat de bail."
«L’espace que nous exploitons fait 1200 m2 que nous avons obtenus à 600.000 Fcfa (1028 usd)», renseigne-t-il sans préciser avec qui ce bail a été signé.
Si les autorités ivoiriennes n'ont toujours pas réagi à la naissance de ce bidonville, les habitants des quartiers voisins espèrent eux, que cela ne saura tarder surtout en raison de "la dangerosité des lieux ,et pour leurs locataires et pour la paix collective", selon l'un d'eux.