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ANALYSE - À quoi s'attendre au Brésil pour les années 2020?

Le Brésil, le pays avec les plus grandes population, terre et économie d'Amérique latine, a pleinement développé son économie dans les années 2000 et est devenu un leader actif dans la région et un acteur important dans le monde.

Muhammet Tarhan, Ümit Dönmez   | 13.01.2020
ANALYSE - À quoi s'attendre au Brésil pour les années 2020?

Istanbul

AA - Istanbul - Muhammet Tarhan

Le Brésil, le pays avec les plus grandes population, terre et économie d'Amérique latine, a pleinement développé son économie dans les années 2000 et est devenu un leader actif dans la région et un acteur important dans le monde. Ce pays qui a réussi à inscrire son nom en haut de la liste des pays en développement, a survécu sans incident majeur à la crise financière mondiale et a continué de se développer jusqu'en 2013. Mais les manifestations, qui ont commencé par des hausses de prix en 2013, se sont ensuite propagées dans tout le pays pour diverses raisons telles que la corruption au sein du gouvernement et l'usage disproportionné de la force par la police, ont inopinément marqué le début d'un processus d'instabilité de long terme. La négligence des relations étrangères au Brésil, les scandales de corruption où les politiciens sont impliqués, le déclin de l'économie, ont entraîné une baisse du prestige international du pays. Bien que six ans se soient écoulés depuis les événements, le pays ne s'en est pas encore remis.

Alors, quel est le degré de possibilité que le Brésil, qui a connu une ascension avec les politiques nationales et étrangères réussies de l'ancien Président brésilien Lula da Silva depuis le début des années 2000, récupère son économie et devienne le principal pays d'Amérique latine dans les années 2020? Afin d'évaluer la possibilité que cela se produise, il est nécessaire d'abord de discuter de la situation du Brésil ces dernières années, puis des politiques du nouveau Président de droite Jair Bolsonaro.

- Passage à l'ascension

Le Brésil, qui a adopté comme symbole les principes de l' "ordre et du progrès" dans son drapeau, après sa transition vers la démocratie civile, a atteint l' "ordre" entre 1995-2003 sous le Président Fernando Henrique Cardoso, n'a commencé son "progrès" qu'au début des années 2000. Le dirigeant travailliste Lula da Silva, élu Président en 2003, a considérablement réduit la pauvreté dans le pays grâce à ses politiques fructueuses. On sait qu'avec le projet "Zéro faim", que Lula a lancé dans tout le pays l'année où il a pris ses fonctions, il a également sauvé des millions de Brésiliens de la faim et de la pauvreté avec le soutien de la Banque mondiale.

En plus de ses politiques influentes dans l'économie nationale, Lula a mené des politiques actives et distinctives à l'étranger pendant son mandat de Président. Bénéficiant du contexte favorable de la période, il a renforcé ses liens politiques et économiques avec des pays du monde entier, dont le Moyen-Orient et la Chine. Lula a défendu l'économie de marché et a noué des partenariats commerciaux avec les pays en développement. Au cours de ces années, dans le but d'accroître la coopération internationale, le Forum de dialogue IBSA a été lancé, dans lequel ont pris part l'Inde, le Brésil et l'Arabie saoudite. Au cours de cette période, le volume des échanges du Brésil avec les pays arabes a triplé, tandis qu'en 2010, la Chine est devenue le plus grand partenaire commercial du Brésil. Pour la première fois, au cours de cette période, ont été réalisée les expansions vers le continent africain, qui a toujours eu une importance particulière pour le Brésil, en raison de ses liens historiques et culturels. En outre, le Brésil a cherché à renforcer ses relations politiques et économiques avec les pays voisins en utilisant les organisations existantes dans la région, telles que le Marché commun sud-américain (MERCOSUR), et en créant de nouvelles unions régionales telles que l'Union des nations sud-américaines (UNASUR), afin de ne pas perdre son rôle de chef de file régional.

Plus important encore, Lula, qui a utilisé efficacement le soft power avec sa diplomatie à multiples facettes, a, pendant sa présidence, également développé une politique contre l'injustice mondiale lors des forums internationaux, et a d'une certaine façon, comme le Président turc Recep Tayyip Erdogan, établi que "le monde est plus grand que 5" [en référence aux 5 membres du Conseil de sécurité des Nations unies (ONU)]. Cependant, sa demande d'intégration de son pays en tant que membre permanent au sein [du Conseil de sécurité] de l'ONU, qu'il a systématiquement critiquée ont également conduit à des commentaires selon lesquels sa politique n'était pas sincère.

L'économie brésilienne stagne depuis plus de 10 ans. Un an après son investiture, Jair Bolsonaro, de droite, n'a pas encore réussi à assurer la stabilité économique du pays.

- Période de recul du Brésil

La situation de stabilité et de croissance du géant latino-américain, a été détériorée par l'instabilité et le déclin qui ont commencé il y a quelques années. Deux ans après que Dilma Rousseff a succédé au Président Lula en 2011, les hausses de prix dans les transports ont mené à des protestations dans les grandes villes. L'utilisation par la police de la violence contre certains manifestants, combinée à divers motifs tels que les impôts élevés dans le pays, les inégalités économiques, l'augmentation de l'inflation, l'insuffisance des services publics et la corruption politique, ont provoqué la généralisation des manifestations à travers le pays. En réponse aux demandes du public, le gouvernement a dépensé beaucoup d'argent pour les services de transport en commun et a exprimé sa crainte que le déficit budgétaire n'augmente, ce qui a entraîné la dépréciation de la monnaie brésilienne, le Real. Malgré la tendance à la baisse de l'économie du pays en 2014, la dépense de grandes quantités d'argent des caisses de l'État pour la Coupe du monde brésilienne a provoqué de nouveaux mouvements de rue. Dans ce processus? Dilma Rousseff, qui a achevé son mandat en tant que première femme Présidente du Brésil, a été élue pour la deuxième fois fin 2014.

Les manifestations, également appelées "Printemps brésilien", ont atteint leur apogée en 2015 et 2016. Au cours des enquêtes de corruption du Président Lula (2003-2011) sur les allégations selon lesquelles certains politiciens (principalement des membres du Parti travailliste) auraient reçu des pots-de-vin au sujet des appels d'offres de la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras, la tension déjà élevée du pays causée par des troubles économiques a de nouveau été exacerbée et le pays est entré dans une impasse. Le limogeage de la Présidente Rousseff, les enquêtes sur un tiers des membres du cabinet et le procès de certains politiciens et hommes d'affaires, dont Lula, ont davantage ébranlé le pays. Le Brésil, qui a subi le plus grand scandale de corruption de son histoire, est entré dans une longue période d'instabilité.

L'économie brésilienne stagne depuis plus de 10 ans. Un an après son investiture, Jair Bolsonaro, de droite, n'a pas encore réussi à assurer la stabilité économique du pays. Bien que le pays ait poussé un soupir de soulagement après des opérations de corruption, le processus de retour des données économiques vers le positif s'opère très lentement. Cette incertitude dans l'économie oblige les investisseurs étrangers à reporter leurs projets de faire des affaires dans le pays.

Promettant un sérieux changement de politique étrangère, Bolsonaro souhaite renforcer ses relations avec les États-Unis et le Président Donald Trump qu'il prend comme modèle, en gardant ses distances avec les associations socialistes comme UNASUR. Cependant Bolsonaro, d'origine militaire, a cherché à établir de bonnes relations avec Israël et les États-Unis, mais a été déçu par l'annonce récente de Trump de rétablir les droits de douane sur les métaux importés du Brésil et d'Argentine. Le Président de droite, qui ne favorise pas les relations avec la Chine, le plus grand partenaire commercial de son pays, prend des mesures presque à l'opposé de ses prédécesseurs en politique étrangère.

Les mouvements populaires de masse qui ont éclaté dans de nombreux pays d'Amérique latine ne sont pas encore vus au Brésil dont la fièvre a disparu il y a quelques années. Cependant, il est possible que ces manifestations avec des motifs d' "inégalité économique" dans la région mettent en action les rues du Brésil dans les années 2020.

- Qu'apporteront les années 2020?

Le ralentissement économique, les mouvements de rue et les scandales de corruption au Brésil se sont transformés en une atmosphère négative en 2010, et le Brésil ne donne pas beaucoup d'espoir à l'aube des années 2020. Selon les sondages effectués en août, la popularité de Bolsonaro, le nouveau leader des opinions nationalistes conservatrices brésiliennes, est passée de 38% à 29%. Selon les résultats de la même enquête, le Président de droite qui aurait marqué une réussite à lutter contre la corruption, à accroître la sécurité et à réduire le gouvernement, aurait obtenu de mauvais résultats en matière de santé, d'éducation et d'environnement. Ses déclarations sévères sur diverses questions telles que le droit à l'avortement et son approbation de la loi qui facilite l'armement individuel sont parmi les actions les plus populaires de Bolsonaro au sein du public.

Quelques mois après sa prise de fonction, Bolsonaro a transmis son soutien à Juan Guaido, qui a tenté de mener un coup d'État au Vénézuela en se déclarant Président. Mais cette agitation politique au Vénézuela a finalement provoqué l'émigration de 224 000 Vénézuéliens au Brésil. Cependant, les mouvements populaires de masse qui ont éclaté, ces derniers jours, dans de nombreux pays d'Amérique latine en raison des inégalités et de l'inéquité de la répartition des revenus, n'ont pas encore été observés au Brésil dont la fièvre a disparu il y a quelques années. Cependant, il est possible que ces manifestations avec des motifs "d'inégalité économique" dans la région activent les rues du Brésil dans les années 2020. Ces protestations éventuelle ne peuvent être empêchées par les politiques économiques à long terme du gouvernement, mais uniquement en trouvant des solutions aux problèmes économiques qui intéressent actuellement les citoyens.

On peut prédire que Bolsonaro, qui est au pouvoir depuis exactement un an, adoptera davantage le style de politique étrangère de Donald Trump. Bolsonaro, également décrite comme d'extrême droite par certains, et adepte d'une économie néolibérale, vise, à l'aube des années 2020, à relancer l'économie du pays en poursuivant ses politiques introverties et axées sur la croissance. L'Ombudsman de l'investissement direct (OID), créé ces derniers mois, se démarque comme une mesure prise dans ce sens par l'administration Bolsonaro.

Au plus fort du débat sur le changement climatique, les politiques environnementales de Bolsonaro, jugées absurdes, ont récemment attiré l'attention. Les multiples incendies dans les forêts amazoniennes et l'attitude indifférente de Bolsonaro en refusant l'aide de 20 millions de dollars qui leur a été offerte par les dirigeants mondiaux lors du sommet du G7 continueront de mettre le gouvernement sous pression.

En résumé, Bolsonaro continuera, dans les années 2020 avec sa perspective économique de privatisation et continuera de s'efforcer à rétrécir l'État. Par ailleurs, le Président de droite travaillera également dur pour les élections locales du pays la même année, parce que les élections locales devraient jouer un rôle important dans la détermination des tendances des élections générales de 2022. On peut également dire que les élections générales critiques de 2022 ne seront pas faciles pour Bolsonaro.

L'accroissement et la stagnation économiques du Brésil ont duré près de dix ans. La politique de Bolsonaro sera décisive pour le sort du Brésil, qui dispose toujours d'une démocratie forte et d'une grande économie. Mais le leader de droite avance trop lentement pour attraper le train qui conduirait son pays au sommet dans les années 2020.

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