AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Lorsqu’elle arrive à bord d’un avion militaire avec une trentaine de personnes dans sa suite, Nikki Haley débarque d’abord en tant qu’envoyée spéciale du président Donald Trump qui, dès le mois de septembre, se déclarait "profondément préoccupé" par les "millions de vies en danger" au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo (RDC).
"J'envoie l'ambassadrice Nikki Haley en Afrique pour discuter des conflits et de leur résolution, et plus important, de la prévention", avait affirmé le président américain.
Au Soudan du Sud et à la RDC, "nous continuons de fournir une aide humanitaire. Mais de vrais résultats pour arrêter ces catastrophes nécessitent un processus de paix dirigé par des Africains et un sincère, réellement sincère engagement de toutes les parties concernées", avait-il dit.
Après l’Ethiopie en début de semaine, le Soudan du sud mercredi, Nikki Haley va évoquer de nombreux sujets épineux en RDC : élections, droits de l’homme et revue stratégique de la MONUSCO, la mission la plus couteuse de l’ONU en RDC.
- Plus coriace
Au conseil de sécurité de l’ONU, Haley est la dame réputée pour n’avoir jamais épargné Kinshasa au cours de ses différentes interventions. D’abord lors du think-tank Council on Foreign Relations du 29 mars 2017, c’est elle qui qualifie le gouvernement congolais de "corrompu" et qui se comporte comme un "prédateur avec son propre peuple". Et de tancer : "Nous devrions avoir la décence et le bon sens de mettre un terme à tout cela".
Puis, on la voit en première ligne au lendemain du double meurtre – fin mars au Kasaï (centre de la RDC), de deux experts de l’ONU – réclamer une enquête internationale pour élucider ce double assassinat qui a coûté la vie notamment à l’American Michael Sharp.
Après un nouveau rapport mettant en cause les forces de sécurité accusées de "massacre" dans la même région en Juin 2017, Nikki Haley avait durcit le ton – réclamant des "sanctions décisives" contre les auteurs des "exactions" et "viol" de femmes et enfants comme indiquait le rapport de l’ONU.
Sa grande frustration fut l’élection de la RDC le 16 octobre dernier au Conseil de droits de l’Homme de l’ONU. En colère, Nikki Haley avait jugé le soutien à la candidature de Kinshasa de "manquement inexcusable à la promotion des droits de l’homme".
- La tête de Kabila
La visite de Haley au moment où la RDC traverse une grave crise politique rappelle celle, en 1997, de Bill Richardson, médiateur de Bill Clinton, venu réclamer la tête du dictateur Mobutu Seseseko, rappelle la correspondante à New York, de Radio France internationale (RFI), Marie Bourreau citée par sa rédaction.
Avec le président Kabila, Haley sera "sévère sur des questions telles que le long retard électoral, les allégations de blanchiment d'argent au nom du Hezbollah, les prisonniers politiques et les nombreuses fosses communes trouvées dans la région du Kasaï" estime sur son Blog Hermaon Cohen, diplomate américain et ancien chargé d’Afrique pour les Etats-Unis.
Alors que Kinshasa témoigne avoir vécu une mauvaise expérience avec l’administration Barack Obama, Cohen affirme que le point de vue de l'administration Trump sur le régime de Kabila est le même que celui d’Obama : "Plutôt négatif, avec un fort désir de voir le président Kabila partir paisiblement", explique-t- il.
A Kinshasa, Haley portera aussi la casquette du conseil de sécurité et posera des questions "très fortes et provocantes". Elle demandera à Kinshasa "pourquoi il n'a pas appliqué deux résolutions du Conseil de sécurité exigeant des élections libres et équitables avant la fin de 2017".
- Le lobbying de Kinshasa et les attentes de l’Opposition
Si pour certains cette visite est une randonnée de colère, Kinshasa la perçoit comme "signe de bonnes relations entre les Etats-Unis et la RDC", rassure auprès d’Anadolu Barnabé Kikaya Bin Karubi, le chef du collège diplomatique du président Joseph Kabila.
Le régime va surtout, auprès de la diplomate, "exposer la situation réelle du pays, contrairement à ce que brandissent les medias mal intentionnés, les réseaux sociaux et les opposants dont l'unique plaisir est de salir l’image de Kabila", explique-il.
"Nous fixerons le point avec elle. Nous voulons de bonnes relations avecl’administration Trump et nous y travaillons, on va d’ailleurs en parler avec Haley qui va rencontrer le président Kabila ce vendredi avant son départ", confie celui qui s’occupe en premier de soigner l’image du président Kabila.
Or l’Opposition qui appelle au départ de Kabila d’ici fin décembre pour instaurer une transition sans Kabila, attend plus grave que ça.
"Nous voulons qu’elle insiste sur le départ pacifique de Kabila car le peuple en a marre de lui et est prêt à le mettre hors d’état de nuire d’ici deux mois" déclare Jean-Marc Kabund -A- Kabund, le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le plus grand parti d’opposition en RDC. L’opposant a estimé, en outre, que la visite de Haley, est la "dernière chance pour Kabila d’écouter le Monde".
La RDC est secouée par une grave crise humanitaire provoquée par des foyers de tensions qui ont émergé après que le président Kabila (46 ans) est resté au pouvoir au delà de son dernier mandat arrivée à terme le 19 décembre 2016 .
Les élections censées avoir lieu à la fin de cette année pour la succession de Joseph Kabila n’auront pas lieu avant avril 2019, a récemment annoncé la Commission électorale, attisant davantage la colère de l'opposition et de ses alliés.