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RDC / Réforme de la justice : l'Eglise entre en scène

L’Eglise demande « au peuple » de se tenir « en ordre de marche » contre le Camp Kabila

Lassaad Ben Ahmed   | 01.07.2020
RDC / Réforme de la justice : l'Eglise entre en scène

Congo, The Democratic Republic of the
AA / Kinshasa/ Pascal Mulegwa

L'archevêque métropolitain de Kinshasa, Fridolin Ambongo, a demandé mardi « au peuple de se tenir en ordre de marche » face au « mépris » et à « l’obstination » de la majorité parlementaire de l'ancien président Joseph Kabila à contrôler la magistrature et la centrale électorale.

« Les jours à venir seront difficiles. Je tiens ici à demander au peuple, de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu'ils s'obstineront à faire passer ces lois et ces personnages à la tête la Ceni, il faudra qu'ils nous trouvent sur leur chemin », a déclaré le cardinal Fridolin Ambongo, dans une homélie à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance, obtenue après un demi-siècle de colonisation belge (1908 - 1960).

L’archevêque s’est ainsi emporté contre la coalition de l’ancien président Joseph Kabila, qui porte trois propositions de loi de réforme judiciaire et reste pointée par la société civile de vouloir manipuler certaines confessions religieuses pour avoir une « mainmise » sur la commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Le cardinal a invectivé contre la coalition au pouvoir composée du camp du président Félix Tshisekedi et du camp Kabila, accusant les deux alliés d’avoir « développé un rapport dangereux de rivalité qui risque d’entraîner tout le pays dans le chaos définitif ».

Pendant ce temps, a-t-il regretté, « l’action gouvernementale est complètement paralysée et le service légitime à rendre à la population est sacrifiée. Le peuple est abandonné ».

« De part et d’autre, c’est le désamour, le cœur n’est plus à l’ouvrage », a-t-il affirmé, allant jusqu’à jurer : « Aussi longtemps que cette coalition sera là, il n’y a rien à espérer des gouvernants ».

Pour rappel, l’Eglise catholique avait mené des mobilisations populaires, fin 2017 et début 2018, pour exiger le départ du président Joseph Kabila qui, après 18 ans au pouvoir, était soupçonné de vouloir briguer un troisième mandat ou de repousser la date de la présidentielle.

Prévue en 2016, la présidentielle s’est tenue le 30 décembre 2018. Remportée par Félix Tshisekedi qui menait une frange de l’opposition, cette présidentielle était émaillée des fraudes massives, selon l’Eglise qui disposait de la plus grande mission d’observation électorale.

L'Eglise avait contesté les résultats.

Si la Commission électorale et la Cour constitutionnelle avaient attribué la victoire à Tshisekedi, le camp Kabila avait raflé la majorité parlementaire, ce qui lui a permis de former une coalition gouvernementale avec Tshisekedi.

L’Eglise catholique avait attribué la victoire à l’opposant Martin Fayulu, dont la candidature était portée par 6 des 8 leaders de l’opposition après le retrait (temporaire) de Félix Tshisekedi et de son allié Vital Kamerhe.

L’archevêque de Kinshasa a rappelé cet épisode, affirmant que la coalition CACH-FCC, au pouvoir depuis plus d’une année, « sait très bien comment elle avait foulé au pied la volonté du peuple pour en arriver là ».

Malgré tout, a-t-il poursuivi, « le peuple avait fini par se résigner et accepter le fait accompli (...) le peuple espérait que du mal originel pouvait sortir un bien. Malheureusement, le constat est là ».

Jusqu’à mercredi matin, les alliés Kabila et Tshisekedi n’avaient pas encore réagi.
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