Nadia Chahed
07 Février 2017•Mise à jour: 08 Février 2017
AA/RDC/Joseph Tsongo
Dans le Nord-Kivu (Est de la RD Congo), mieux vaut être illettrée, pauvre et soumise pour trouver un mari. C’est en tout cas l’avis de nombreuses jeunes filles qui, à leur sortie des Universités, peinent à trouver un époux. Pour cause, une femme instruite et qui a une bonne situation professionnelle, tolère difficilement, les injonctions de son mari, témoignent des femmes interrogées par Anadolu.
A chaque pause, les couloirs de l'Université libre des pays des grands-lacs ULPGL à Goma, chef lieu du Nord-Kivu, se transforment en espace de conciliabules autour de la difficulté de trouver un mari.
À en croire les étudiantes, les hommes hésitent à les demander en mariage. "Ils ont du mal à accepter l’idée de vivre avec des intellectuelles, pas assez soumises à leur goût", déclare, Marie, 25 ans qui "se prépare à de longues années de célibat".
Robertson Butanava, sociologue établi à Goma, note dans une déclaration à Anadolu que "les filles instruites font fuir les garçons".
Fait qui incombe, selon lui, à la situation sociale et professionnelle de ces jeunes femmes. « Les hommes craignent d'être dominés économiquement et de se voir ôter leur pouvoir traditionnel dans le foyer », explique-t-il. Ainsi, les foyers où les femmes disposent de plus de moyens que leurs maris, sont souvent critiqués par la société.
Un constat corroboré par le témoignage de Josiane, qui déclare qu'à la suite d’un accident routier, son époux a été amputé de la jambe droite. Depuis quatre ans, c'est elle qui gère les questions financières de la famille et lui s'occupe des enfants. "Cependant, certains l'accusent de tout et de rien, lui disent que je le domine et lui suggèrent de divorcer", se désole-telle.
Pour les filles qui poursuivent de longues études, l'âge est un autre handicap de taille pour se marier. À l'Institut Supérieur de Développement Rural ISDR-Goma, des étudiants abordés par Anadolu n'hésitent pas à évoquer la question qui fâche
Plusieurs filles modifient leur date de naissance sur leurs cartes scolaires, note un étudiant de cette université.
Ce recours des femmes à cacher voire à réduire leur âge n'est pas le propre des étudiantes, nombreuses sont en effet les célibataires congolaises qui trichent sur leur âge, explique Gentille Mironde, journaliste dans une Radio communautaire locale.
Face au diktat de l'âge imposé par la gent masculine, de plus en plus de femmes, préfèrent rester célibataires plutôt que de se marier avec des partenaires non instruits qui peuvent, d’après elles, être "plus brutaux et maladroits que les autres", témoigne une étudiante.
D’autres franchissent le pas et épousent des hommes moins formés et moins fortunés qu’elles, laissant derrière elles tous les préjugés sociaux.
Ainsi Constance, titulaire d’une licence en droit, s'est-elle mariée avec un commerçant qui n'a pas achevé le premier cycle du secondaire. Un choix qu'elle risque de regretter un jour, dans la mesure où de plus en plus d'hommes optent pour de telles unions, par simple intérêt: "se débarrasser de la pauvreté et être bien vus".
Valentin, 25 ans fait partie de ces époux qui ont choisi leur partenaire par intérêt, il déclare fièrement avoir repris ses études secondaires grâce à sa femme, active dans une organisation féminine : « Si je n’avais pas fait ce choix, je serai aujourd'hui comme des centaines de jeunes qui errent dans les rues », se félicite-t-il.
De leur côté, des Églises protestantes, encouragent leurs fidèles à se marier entre eux. « Certaines femmes se confient résolument aux activités des Églises et y tissent de vraies amitiés avec des hommes instruits ou pas. Des mariages peuvent suivre aussi ! » Raconte un membre de l'Église du Reveil ‘’Church of God’’ à Goma, citant l’exemple d’une institutrice, proche de la quarantaine, qui a fini par épouser un homme ne disposant que d’une formation primaire.