AA/ Kinshasa/ Joseph Tsongo
Si dans certaines contrées du monde, il est commun de créer des mutuelles pour lancer des projets et améliorer son quotidien, en RDC, insécurité oblige, on le fait pour payer des rançons aux ravisseurs.
Confrontés quotidiennement à la peur de tomber dans les mains des groupes armés sévissant dans toute la partie Est de la RDC, des habitants de la région ont mis en place des mutuelles de solidarité afin de pouvoir payer les éventuelles rançons.
Dans l’agglomération de Kiwanja, située à plus de 75 Km au Nord de Goma (Est), les habitants, agriculteurs pour la plupart, cotisent pour pourvoir libérer leurs otages. une trentaine ayant été enlevés dans cette localité en mars dernier, selon la société civile locale.
Ils pensent, en effet, que les bandes armées responsables des enlèvements perpétrés dans la région, n’hésiteraient pas à tuer en cas de non versement de la rançon exigée.
Ainsi ils se retrouvent souvent obligés de vendre leurs biens pour sauver un proche ou un ami.
Pour éviter de telles situations et le risque de se retrouver du jour au lendemain sans ressources, les habitants ont lancé l'opération « Silwa mughuma » ( ça peut arriver à tous, en Kiswahili local), initiative qui prévoit des collectes pour payer les rançons.
"On ne sait jamais, en plus, personne n'est épargné des enlèvements, c'est pourquoi nous devons être prêts et disposer surtout de l'argent nécessaire en cas de besoin", explique à Anadolu, Joël Tahanga, membre de la mutuelle de solidarité « Amani ».
Il ajoute que les membres de la mutuelle, une centaine environ, sont appelés à déposer au moins un dollar par semaine. "Nous avons réussi, à ce jour, à collecter 300 dollars et nous poursuivons la sensibilisation pour ramener de nouveaux adhérents", ajoute-t-il, soulignant " si jamais l'un de nous est enlevé, nous devons être prêts".
"Les ravisseurs sont, souvent, très exigeants, et quand ils ont dit leur dernier mot c'est indiscutable. Ils peuvent exiger jusqu'à 5 000 dollars US comme contrepartie pour libérer un otage, si la famille marchande avec eux, ils acceptent parfois de réduire la rançon à 4 000 ou 3 000 dollars mais ils n'acceptent pas d'attendre, l'argent doit être versé immédiatement, sinon ils tuent leur otage", explique Kibido, chef du quartier Kachemu à Kiwanja.
Jorime, mère de famille d'une trentaine d'année en a fait l'amère expérience. Elle a, en effet, perdu son mari, détenu en otage durant une semaine par un groupe armé qui n'a pas été identifié.
« Je pense qu'il a été enlevé par des éléments FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda)», raconte-telle à Anadolu, ajoutant qu'elle a été incapable de payer la rançon demandée (1000 dollars après négociations), dans les délais, ce qui a provoqué la colère des ravisseurs qui ont alors tué son mari.
D'autres otages qui ont pu être libérés se plaignent de ne plus pouvoir subvenir à leurs besoins après la vente de tous leurs biens pour payer la rançon.
"Après avoir vendu tous nos champs et notre petite parcelle de terre pour rassembler la somme exigée pour la libération de mon frère, nous l'avons conduit à l'hôpital et c'est là qu'il est mort. Il était visiblement à bout de souffle !", raconte Kavira Zawadi, amère.
"Pour obtenir ma libération, ma famille a tout vendu, et même des voisins et des proches ont dû vendre des biens de valeur pour collecter les 10 000 dollars exigés par les ravisseurs. Aujourd'hui, nous sommes logés chez une famille d'accueil", témoigne un ancien otage sous couvert d'anonymat.
Pour Modeste Kabori Ngabo chef du groupement de Bukoma dans la même localité, "lancer des mutuelles pour libérer les otages ne sert qu'à appauvrir davantage les populations".
"La solution durable ne peut consister en de telles mutuelles mais doit passer par une collaboration optimale avec les services de sécurité pour éradiquer ce phénomène", souligne-t-il.
Selon Ngabo "créer une mutuelle de solidarité pour libérer les otages affecte les populations et les appauvrit". Il soupçonne en outre, certains habitants de "collaborer avec les ravisseurs pour s'enrichir sur le dos des pauvres paysans".
Selon la société civile locale qui projette une marche pacifique pour dénoncer ce phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur, un habitant au mois est enlevé chaque jour dans les champs de Kiwanja et se environs.