AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
Contrairement aux préjugés qui la présentent comme une contrée arriérée et perdue dans la jungle congolaise dans une zone connue par les guerres et la violence, Idjwi, l’une des plus grandes îles à l’intérieur de l’Afrique, mène une vie paisible en rupture quasi-totale avec son entourage.
Et même s'il est pénible et compliqué de s'y rendre ou d'en sortir, cela n'affecte en rien le climat de paix et de sécurité, dont jouit cette île de l'Est de la RDC.
Cajolée, en effet, par les eaux fraîches au milieu du lac Kivu (frontalier entre la RDC et le Rwanda), l’île d’Idjwi jouit d’une paix et d’une sécurité si rares dans la région, ainsi que d’une nature préservée.
Ses collines verdoyantes, presque vièrges, offrent une vue panoramique sur les territoires voisins.
Bienvenue à Idjwi… Un havre de paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ici, vivent essentiellement les Bahavus, les Pygmées. Les communautés cohabitent harmonieusement.
Le petit territoire d’environ 300 kilomètres carrés se trouve dans la province du Sud-Kivu.
Eloignée des grands axes de la circulation, tels que les villes de Goma et Bukavu, cette île est préservée des conflits récurrents dans la région.
Qu’il vienne de Goma ou de Bukavu, le voyageur mettra des heures et doit traverser les eaux du célèbre lac Kivu pour arriver à Idjwi. Cette difficulté d’accès explique en quelque sorte la rareté des visiteurs, qu’ils soient Congolais ou en provenance d’autres régions.
-Idjwi vit comme d’autres régions du pays
En arrivant à Idjwi, le visiteur s’attend à découvrir un autre monde si reculé et isolé et à rencontrer des gens qui vivent à l’écart de tout. Mais très vite, dès l’entrée du port du secteur Idjwi-Sud, face à l’hôtel Land-Space et aux montagnes couvertes des forêts, ces préjugés tombent.
Comme ailleurs, les habitants vaquent à leurs activités quotidiennes.
Petits et grands, jeunes et vieux se débrouillent diversement pour survivre : «certains jeunes font de la pêche, d’autres exercent des travaux journaliers au niveau des chantiers de construction», explique Chance, l’un des jeunes leaders sur cette île.
D’autres personnes s’occupent, par contre, de leurs champs de café ou d’ananas et de leurs bétails, tels que les dindons, une spécialité sur cette île.
«Nous ne sommes pas des mendiants. Notre région est civilisée et propre… Au moins, chacun travaille pour soi-même», affirme Christine Bitwenge qui entretient un champ de café hérité de son père.
Les jeunes d’Idjwi sont ainsi fiers de leur région et s’insurgent parfois contre ceux qui la traitent d’un «coin insensible au cri du tambour», comme ironisent certaines gens.
«Ici, nous bénéficions des projets des églises CBCA et catholique qui ont construit des écoles primaires, secondaires, et des centres de santé. Nous ne manquons de rien» assure Dieume Mungwankonkwa, jeune conducteur de taxi-moto.
Il renchérit en disant : « Il n’y a pas de meilleure région que sa région natale. » Mais certains vieux considèrent que cet isolement est une source de bonheur.
Jean Katuku, par exemple, explique que vivant sur cette île, il ne connaît aucun autre endroit dans le pays et ne sait ni lire ni écrire. Il reste, ainsi, convaincu de vivre dans un coin perdu quelque part dans le monde.
En effet, contrairement à certains préjugés, la vie sur cette île ne diffère pas vraiment de celle d’autres régions dans l’Est du pays.
La particularité pour les habitants c’est que la quiétude est réellement vécue dans cette région, loin des bruits de bottes.
«Nous n’avons connu aucune rébellion ni guerre à Idjwi… Mais cela ne nous empêche pas de joindre nos efforts à ceux de nos concitoyens qui souffrent ailleurs», indique Claude Yalala Sanganira, adepte du mouvement de lutte pour le changement, récemment arrêté avec sa fille, lors une manifestation anti-Kabila.
Les pluies sont fréquentes à Idjwi. Cela permet de rentabiliser l’agriculture, renseignent Pitapita Kambale, le chargé de développement au sein de la CBCA.
Hélas, les maladies des plantes s’y mêlent : «d’une part le wilt-bactérien attaque le bananier et d’autre part c’est la mosaïque du manioc».
Bien plus, un autre grand handicap pour les habitants d’Idjwi est lié à la communication difficile à l’intérieur de cette île. «Cela tient à l’insuffisance des moyens de déplacement», estime Pitapita Kambale.
Il y a, certes, quelques camionnettes et taxi-motos à l’intérieur de l’île. Mais les femmes entrant en travail la nuit, ont le risque d’accoucher avant d’atteindre les structures sanitaires éloignées d’elles.
Même si les produits manufacturés, tels que le savon, biscuit, l’huile de beauté, y sont vraiment onéreux, les habitants d’Idjwi ont «désenclavé la soif».
Les bières des brasseries congolaises y coulent à flot.
En quittant Idjwi, cette île aussi paisible soit-elle, on se laisse bercer par les cris d’oiseaux au bord du lac Kivu. Et ainsi, l’éclat de la couleur verte sur les collines vous accompagne jusqu’à l’horizon.
Que belle Idjwi !