AA/Kinshasa/ Pascal Mulegwa
Ville morte, grève générale et marches pacifiques, le mois d’Avril s’annonce orageux en République démocratique du Congo (RDC) et les signes avant-coureurs du chaos sont perceptibles, après l’échec des négociations entre le pouvoir et l’opposition pour une sortie de crise.
Les évêques de l’Eglise catholique romaine ont, en effet, annoncé lundi dernier la suspension de leur médiation, invoquant la persistance de points divergents entre les deux camps.
- La loi de la rue
« Convaincu» que Joseph Kabila cherche plutôt à s’accrocher indéfiniment au pourvoir, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, principale coalition de l’opposition, a exhorté mercredi soir le peuple à la résistance et prévu d’autres manifestations pacifiques.
Cette coalition politique connue pour sa capacité de mobilisation des masses a de ce fait appelé, mercredi soir, à une journée « ville morte » le 3 avril, sur l’étendue du territoire congolais. Une gréve des syndicats est prévue pour le 5 avril.
Une marche pacifique de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), principal parti du Rassemblement devrait avoir lieu du 10 au 24 avril, pour revendiquer l’application de l’Accord politique du 31 décembre.
La plateforme que dirigeait Etienne Tshisekedi compte ainsi recourir de nouveau à la rue pour contraindre le président Joseph Kabila qu’elle accuse de n’avoir « ni la volonté d’appliquer l’accord ni celle d’organiser des élections crédibles », à appliquer l’accord politique, signé il y a trois mois.
- Kinshasa et le verrouillage qui tue
Depuis les manifestations de septembre dernier, Kinshasa a, pour sa part, interdit toute manifestation à caractère politique sur l’étendue du territoire par «précaution», selon le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende. Ce dernier évoquait « l’irresponsabilité des opposants à contrôler leurs militants ».
Les manifestations anti-Kabila de l’année dernière avaient été réprimées par l’armée, la police et la garde républicaine qui, selon l’ONU, avaient usé excessivement de la force, tuant au moins 50 personnes, blessant 140, et arrêtant 300 manifestants dans les rues de Kinshasa.
Depuis lors, l’espace de contestation a été significativement réduit, voire, verrouillé surtout dans les principales villes du pays. Vers la fin de 2016, au moins 40 personnes ont été tuées dans les manifestations ayant suivi la fin du dernier mandat constitutionnel de Joseph Kabila (le 19 décembre), au pouvoir depuis 2001.
- Dangereux bras de fer
La réaction des autorités aux agissements de l’opposition donnent à lire les raisons d’un mauvais présage pour ce qui est des jours et mois à venir.« Personne n’a jusque-là été autorisée à tenir des manifestations à caractère politique sur la voie publique, nous attendons d’être notifiés par les organisateurs pour décider, autrement pour toute manifestation non autorisée, la rigueur de la loi se fera sentir », a déclaré à Anadolu, Ramazani Shadary, vice-premier ministre congolais en charge de l’Intérieur.
Augustin Kabuya , porte-parole de l’UDPS , interrogé par Anadolu, a, quant à lui, déclaré que son parti ne demandera aucune permission aux autorités de la ville ou du pays car elles ont toutes « perdu leur légitimité, dés lors que l’accord politique n’est pas encore appliqué ».
Tempérant ses propos, Shadary n’a toute fois pas exclu la possibilité d’autoriser la tenue de ces manifestations, « si elles seront réellement pacifiques et sans actes de vandalisme et de destruction méchante ».
Appréciant la stratégie de l’opposition, l’analyste politique congolais Albert Kasongo a déclaré à Anadolu : « Ces manifestations : ville morte ou grève constituent en effet, l’arme la plus forte, la plus efficace et la plus nocive de l’opposition congolaise contre un pouvoir qui n’a jamais négligé l’influence de ses adversaires politiques ».
Une chose est sûre pour l’analyste : le régime Kabila ne peut succomber qu’à une pression interne et ses adversaires en sont conscients.
« Il n’y a que Kabila pour mettre fin à la crise en nommant un premier ministre issu du rang du Rassemblement tel que formulé par l’accord politique » et éviter des bains de sang dans les rues du pays , soutient l’analyste.
Mardi, Joseph Kabila a déclaré aux évêques catholiques qui ont cessé leur médiation dans la crie congolaise qu’il s'emploiera personnellement à régler les divergences ayant conduit à l’échec des négociations.
Alain Atundu, porte-parole de la majorité présidentielle, a plus tard confirmé que le président congolais a entamé des contacts informels avec différentes parties prenantes pour palier « les divergences » qui se trouvaient à l’origine de l’impasse. Il a, par ailleurs, affirmé que les actions annoncées par le Rassemblement ne pourront, en aucun cas, influencer le pouvoir.