Esma Ben Said
21 Mars 2016•Mise à jour: 23 Mars 2016
AA/Niamey/Illa Kané/Boureima Balima
Le second tour de la présidentielle au Niger, boycotté par l’opposition a suscité peu d’engouement, dimanche, sur l’ensemble du pays, ont indiqué à Anadolu des observateurs.
Quelque 7.5 millions de Nigériens étaient appelés à départager le Président sortant Mahamadou Issoufou, qui a frôlé la majorité absolue au premier tour, à l'opposant Hama Amadou, en état d'arrestation depuis des mois, encore qu'il soit à Paris depuis quelques jours pour recevoir des soins.
Les bureaux de vote qui ont fermé vers 19 heures locales (18h00 GMT), ont connu peu d’affluence tout au long de la journée, ont constaté à Niamey des correspondants de Anadolu.
Alors que le taux de participation n'a pas encore été officiellement communiqué, le constat établi dans l'ensemble du pays par plusieurs médias locaux souligne «la très faible mobilisation contrairement au premier tour (66% de participation)».
«Ça fait des années que je supervise les élections au Niger, mais je n’ai jamais vu une élection qui a laissé les électeurs indifférents comme ce second tour de la présidentielle», a confié à Anadolu un responsable de bureau qui a requis l’anonymat par « devoir de réserve».
D’après la Radio et Télévision Ténéré (RTT), un groupe de presse privée, « en début d’après-midi, les électeurs passaient presque individuellement devant les bureaux de vote. »
Les bureaux de vote ont fermés sans enregistrer d'incidents majeurs sur le territoire nigérien et les dépouillements ont aussitôt démarré, a déclaré à Anadolu Me Kadri Oumarou, vice-président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), alors que le pays a voté sous la menace terroriste, après une double attaque, jeudi, attribuée à Boko Haram et Al Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi).
Selon de nombreux observateurs, la faible participation au scrutin s’explique par le respect de l'appel au boycott le 8 mars dernier, de l’opposition qui, a par ailleurs indiqué dans une déclaration publiée jeudi, qu’elle ne reconnaitra ni les résultats, ni les institutions qui seront issus des élections.
Cette décision de boycott a pour objectif de contester des "manquements" relevés par l'opposition et relatives au premier tour du scrutin du 21 février dernier, sanctionné par la qualification d'Issoufou (48.41%) et d'Amadou (17.79%). L'opposition entend particulièrement contester le fait que son candidat, Hama Amadou, soit toujours en prison sur fond de son implication présumée dans une affaire de trafic international de bébés.
En raison de ce boycott, ce scrutin, verra probablement, selon les mêmes sources, la victoire du président sortant Issoufou, soutenu par une coalition de près d’une cinquantaine de partis politiques.
Le chef de l'Etat nigérien, qui s'est exprimé face à la presse après avoir voté dimanche matin à Niamey, a appelé pour sa part à "l'union sacrée des Nigériens", ajoutant qu'il fallait "éviter de vaines querelles".
"Le vainqueur, quelqu'il soit, doit penser à rassembler les Nigériens au-delà de son camp parce que des défis importants nous attendent. Des défis sur lesquels j'ai eu à travailler durant cinq ans. Un mandat, ce n'est pas suffisant pour surmonter ces défis, je pense en particulier au défi sécuritaire", a-t-il dit rappelant les deux attaques terroristes qui ont coûté la vie à trois gendarmes et un militaire nigériens.
D'après le vice-président de la CENI, les résultats globaux provisoires sont attendus pour mardi prochain.