Lassaad Ben Ahmed
11 Juillet 2018•Mise à jour: 11 Juillet 2018
AA / Niamey / Kané Illa
Le parquet du tribunal de grande instance hors classe de Niamey a, au terme d’un procès qui a duré près de 15h, requis, mardi, des peines de 3 ans de prison ferme contre chacun des trois principaux responsables de la société civile opposés à la loi de finances, a constaté le correspondant d’Anadolu.
Il s’agit de Nouhou Arzika président du «Mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR)», Ali Idrissa coordonnateur du «Comité de réflexion indépendant pour la sauvegarde des acquis démocratiques (Croisade)» et Moussa Tchangari secrétaire général de l’association «Alternative Espaces Citoyens (AEC)».
En outre, le parquet a demandé une peine de prison ferme contre dix autres activistes, dont l’avocat Lirwana Abdourahamane, membre du «MPCR».
Le délibéré du procès est prévu pour le 24 juillet.
En attendant, tous les activistes ont été renvoyés dans les différentes prisons où ils sont détenus depuis leur arrestation le 26 mars dernier.
Le procès s’est déroulé sous haute surveillance policière et en présence de nombreux acteurs de la société civile venus soutenir leurs camarades.
Dans leurs plaidoiries, les avocats des activistes ont indiqué n’avoir pas eu accès à toutes les pièces du dossier de leurs clients et ont dénoncé «un procès politique».
Nouhou Arzika, Ali Idrissa, Moussa Tchangari et les autres détenus ont été arrêtés le 26 mars dernier, en marge d’une manifestation interdite contre la loi de finances.
Ce jour-là, un collectif d’organisations de la société civile, mené par le «MPCR», le «Croisade» et l’association «AEC», avait appelé la population de Niamey à sortir manifester contre certaines mesures «antisociales» de la loi de finances.
La manifestation avait été interdite par les responsables de la ville de Niamey pour des raisons de «risques de trouble à l’ordre public».
Jugeant cette décision «illégale», la société civile avait maintenu sa manifestation.
Des échauffourées ont alors éclaté entre les forces de l’ordre et les premiers manifestants qui se sont rendus sur les lieux de rassemblement.
Les responsables des principales organisations de la société civile et quelques manifestants ont alors été arrêtés et accusés de «participation à une manifestation interdite» et de «complicité de dégradation des biens publics et privés».
A travers des déclarations et des lettres ouvertes adressées aux autorités nigériennes, plusieurs organisations internationales de défense des droits de l’homme, dont Amnesty International et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), ont appelé à la libération des activistes.
Depuis le mois d’octobre 2017, une partie de la société civile nigérienne conteste la loi de finances 2018, lui reprochant de contenir des «mesures antisociales», dont celles portant augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les prix de certains produits de grande consommation.