Nadia Chahed
10 Mai 2017•Mise à jour: 11 Mai 2017
AA/Niamey/Illa Kané
Les autorités nigériennes ont interdit, mercredi, une marche des organisations de la société civile à Niamey, pour dénocer "la mauvaise gestion" de certains dossiers par le gouvernement, a appris Anadolu auprès d’un responsable de ces celles-ci.
«Les autorités ont évoqué des risques graves de troubles à l’ordre public. Mais pour nous, cette interdiction n’est ni plus ni moins qu’une manœuvre visant à étouffer la démocratie et les droits de l’homme au Niger», a déclaré à Anadolu Ali Idrissa, Coordonnateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB-NIGER), une des organisations de la société civile participantes.
La société civile voulait, notamment, dénoncer "l’abandon de l’école publique par les autorités nigériennes et les différents cas de corruption qui émaillent leur gestion", a ajouté la même source.
S'agissant du dossier des écoles publiques, Idrissa cite, entre autres, le "refus des autorités de dialoguer avec les principaux syndicats des enseignants qui observent des mouvements de grève depuis plusieurs mois".
Pour ce qui de la corruption, il évoque "l'affaire du trading entre la société française AREVA et la Société du patrimoine des mines du Niger (SOPAMIN) dans laquelle le Niger a été tout simplement grugé", souligne-t-il.
Contacté par Anadolu, Bio Abdourahamane, membre du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA), principal parti au pouvoir, a estime que les sujets évoqués par les organisations de la société civile ne nécessitent de tenir des manifestations.
«On ne peut pas défendre l’école et appeler à une marche un jour ouvrable. Concernant l’affaire de trading avec AREVA, elle vient de faire l’objet d’une enquête parlementaire qui a même déposé son rapport. Il faut que les acteurs de la société civile cessent de donner raison à ceux qui pensent qu’ils sont des suppôts de l’opposition politique», a-t-il déclaré.
L’affaire dite de trading entre AREVA et la SOPAMIN remonte à 2011 et porte sur une vente présumée de l’uranium, pour un montant de 319 millions USD, soit 200 milliards de francs CFA.
Selon des documents publiés par des médias nigériens, cet argent appartiendrait au Niger. Un de ces documents, portant virement de cette somme d’un compte de la SOPAMIN logé à BNP Paribas vers un compte offshore à Dubaï, a été signé par l’actuel ministre des finances Hassoumi Massaoudou, à l’époque Directeur de cabinet du Président de la République Issoufou Mahamadou.
Lors d’un point de presse, l’intéressé a indiqué qu’aucun gramme de l’uranium nigérien n’a été vendu dans la transaction et qu’en retour le Niger a gagné la somme de 800 millions de francs CFA.
Compte tenu du tollé suscité par l’affaire au sein de l’opinion, l’Assemblée nationale a mis en place, début avril dernier, une commission d’enquête parlementaire, composée aussi bien des députés de la majorité que ceux de l’opposition.
Après deux semaines d’investigation, la commission a produit un rapport qui a conclu qu’aucun gramme de l’uranium nigérien n’a été vendu dans cette affaire.
Les deux députés de l’opposition, membres de la commission d’enquête, se sont démarqués de ce rapport et ont demandé à l’Assemblée nationale la mise en accusation de M. Hassoumi Massaoudou.
Très engagées sur cette affaire, les organisations interdites de manifester ont récemment porté plainte contre X au niveau du Tribunal de grande instance hors classe de Niamey.
Le juge leur a exigé une caution de 20 millions de francs CFA (40.000 USD) pour ouvrir une information judiciaire sur la question. Elles avaient alors ouvert un compte dans une banque de la place pour recevoir des contributions volontaires des citoyens. Mais quelques jours plus tard, le compte a été fermé.
Les responsables de la banque ont soutenu que le compte en question est contraire à la loi sur la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.