Nadia Chahed
10 Septembre 2020•Mise à jour: 10 Septembre 2020
AA/Tunis
Des experts onusiens des droits de l'homme ont appelé mercredi les autorités maliennes à mettre fin à l'esclavage une fois pour toutes, après que quatre hommes considérés comme nés dans l'esclavage ont été battus à mort et qu'une femme de 80 ans et deux autres personnes ont été gravement blessées la semaine dernière.
« Rien ne peut justifier la persistance de la pratique de l'esclavage », ont déclaré Alioune Tine, Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme au Mali et Tomoya Obokata, Rapporteur spécial sur les formes contemporaines d'esclavage, cités dans un communiqué de l'ONU.
« Nous condamnons ces actes barbares et criminels qui violent le droit à la vie, à l'intégrité physique et à la dignité humaine, et qui restent trop souvent impunis », ont-ils ajouté.
Ils ont, en outre, demandé « une enquête rapide, transparente, impartiale et approfondie » sur l’attaque du 1er septembre à Djandjoumé (région de Kayes), et que justice soit faite pour les victimes.
« Ce système d'esclavage par ascendance persiste malgré le fait que l'esclavage ait été officiellement aboli au Mali en 1905 », ont déclaré les experts.
« L'esclavage constitue également un crime contre l'humanité dans le Code pénal malien », ont-ils fait valoir.
L'année dernière, un membre d'une organisation antiesclavagiste a été expulsé de son village dans la région de Kayes sur ordre du chef de village, et une cinquantaine de personnes qui contestaient leur statut d'esclaves ont été forcées par les chefs traditionnels locaux de fuir un autre village.
« Ces incidents effroyables illustrent l'échec de l'État malien à mettre en œuvre ses engagements internationaux en matière de protection des droits de l'homme », ont déclaré MM. Tine et Obokata.
« Dans certains cas, les chefs traditionnels et les autorités étatiques semblent clairement être complices des auteurs », ont-ils souligné.
Alioune Tine et Tomoya Obokata ont appelé le Mali à adopter au plus vite une loi criminalisant spécifiquement l'esclavage, à l'instar d'autres Etats de la région comme le Niger et la Mauritanie, et à coopérer avec les organisations de défense des droits de l'homme pour mener une campagne nationale visant à abolir l'esclavage.
« Il est également essentiel que le Mali cesse de punir les défenseurs des droits de l'homme et les autres personnes qui tentent de mettre fin à l'esclavage par ascendance », ont-ils déclaré.
« Le gouvernement doit tenir tête aux chefs traditionnels et religieux qui tolèrent des pratiques effroyables telles que l'esclavage », ont-ils encore souligné.
Dans son dernier rapport du 15 janvier 2020, Alioune Tine s'est prononcé contre les attaques contre les personnes considérées comme esclaves et contre l'arrestation et la détention arbitraire de 16 défenseurs des droits de l'homme anti-esclavagistes, rappelle enfin l'ONU.