AA/ Tunisie/ Safwene Grira
Les élections générales du 29 novembre dernier au Burkina Faso ont mis un terme à la transition installée dans ce pays après la chute du régime de Blaise Compaoré. L'émergence de ces institutions élues augure de la réussite de cette transition politique, qui s'ajoutera à 5 autres, qu'aura connues l'Afrique subsaharienne dans les dix dernières années.
Sans préjudice de leur issue, d'autres transitions politiques connaissent des embûches, à l'instar du cas centrafricain où les élections générales (prévues actuellement en décembre et en janvier, avaient été retardées plus d'une fois en raison de problèmes d'insécurité et de financement. La transition en cours dans le jeune Etat du Sud Soudan est confrontée également à de nombreux obstacles, sécuritaires notamment.
D'autres transitions techniquement abouties restent toutefois "problématiques" et la transition mauritanienne en offre un exemple probant. Même si le pays est institutionnellement stable, cela n'aura été qu'au prix d'une confusion problématique entre l'auteur du coup d'Etat qui a déclenché la transition et l'autorité qui aura exercé le pouvoir après cette transition, à savoir le Général Mohamed Ould Abdel Aziz.
Se distinguant des périodes d'intérim qui évoluent dans un même cadre institutionnelle, la fragilité des transitions politiques peuvent se révéler au bout de plusieurs années, ainsi que c'est le cas du Burundi qui vit depuis des mois une crise politique et sécuritaire, née d'un troisième mandat controversé du Président Pierre Nkurunziza.
1/Burkina Faso:
Alors, en revanche, qu'elle a failli être déraillée à la suite du coup d'Etat avorté en septembre, la transition burkinabée a réussi à organiser des élections générales, préjugeant d'une stabilité institutionnelle, d'autant plus que, fait rare en Afrique, elles n'ont pas été contestées.
2/ Guinée:
La Guinée qui avait organisé sa présidentielle en octobre, confirme, malgré quelques difficultés, que sa transition de 2009, est sur la bonne voie.
Avec la mort du Président Lansana Conté, en décembre 2008, la junte militaire de Dadis Camara s'empare du pouvoir. Celui-ci fut remis aux mains des civils une année plus tard, après une transition présidée par le Général Sékouba Konaté.
Le 7 novembre 2010, Alpha Condé est élu à la présidence de la République, devant son principal rival, Cellou Dalein Diallo. Le même duo se retrouvera cinq ans plus tard, pour le deuxième tour de la présidentielle de 2015. Même si des affrontements, parfois meurtriers, ont jalonné la campagne électorale, et que les résultats ont été en partie contestées, les nouvelles institutions continuent de fonctionner.
3/ Guinée Bissau:
Un coup d'État militaire a eu lieu en Guinée-Bissau le 12 avril 2012, après un premier tour d'une élection présidentielle contestée. Une transition s'organise aussitôt à travers la mise en place d'un Gouvernement mixte, réunissant civils et militaires. En juin 2014, José Mário Vaz est élu Président de la Guinée Bissau dans des élections marquant formellement la fin de la transition. Même si les résultats sont contestés, la Guinée Bissau retrouve une stabilité politique et sociale. Elle intègrera d'ailleurs, sitôt la présidentielle organisée, le giron de l'Union africaine dont elle avait été bannie après le coup d'Etat de 2012.
4/ Libéria:
Consacrant la fin d'une Guerre civile longue de 14 ans, un Accord de paix globale a été signé en 2003 au Libéria sous l'égide des Nations Unies entre les différents belligérants. En vertu de cet accord, un Gouvernement national de transition a été mis en place avec l'appui des Nations Unies. Son mandat a pris fin avec la tenue d’élections législatives et présidentielles pacifiques en octobre 2005.
5/ Madagascar:
Le 17 mars 2009, le Président Marc Ravalomanana quitte le pays dans la précipitation après une pression d’un mouvement de rue. Une période transitoire prend place, avec une Haute Autorité de la Transition (HAT) présidée par Andry Rajoelina. Cette période s'achèvera, cinq ans plus tard, avec la passation de pouvoir entre Rajoelina et le nouveau président élu au suffrage universel, Hery Rajaonarimampianina. En octobre 2014, l'ancien Président Marc Ravalomanana rentre de son exil sud-africain. Il sera assigné à résidence pendant un moment, avant de recouvrir la liberté.
6/ Mali:
Après une déroute militaire contre les rebelles et des djihadistes dans le Nord du pays, l'armée malienne renverse, en mars 2012, le Président Amadou Toumani Touré. Commencera alors une période de transition qui accouchera d'une élection présidentielle en 2013. La signature d'un accord de paix, à l'été 2015, offre à l'expérience démocratique malienne les conditions d'une pérennité, encore que des menaces pèsent encore sur la paix sociale dans le pays, avec notamment le péril terroriste et la fragilité du même accord.
7/ Niger:
A la suite du coup d'Etat du 18 février 2010 qui renverse le Président de la République Mamadou Tandja, Salou Djibo présidera, pendant un peu plus d'une année, le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie.
En avril 2011, il transmet ses pouvoirs au nouveau président de la République, Mahamadou Issoufou, consacrant ainsi une transition réussie. Celle-ci attendra confirmation dans quelques mois, avec la nouvelle présidentielle de février prochain.
8/ Somalie:
En septembre 2012, la transition en Somalie est arrivée à son terme de manière pacifique avec l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’élection d’un nouveau Président, Hassan Skeikh Mohamud. Cette étape marque l'aboutissement de plusieurs années de transition, pour rétablir des institutions dans ce pays en proie à l'instabilité depuis la chute du régime de Siyaad Barre, vaincu par le Congrès de la Somalie unifiée (CSU) en 1991.
Diverses factions militaires, notamment les Shabaabs, une organisation affiliée à Al-Qaida avaient obstrué le processus de reconstruction.
Même si le défi sécuritaire reste d'actualité, la Somalie bénéficie d'ores et déjà d'institutions fonctionnelles depuis quelques années.