AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Le journal américain New York Times a classé le parc des Virunga, situé dans l’Est de la RDC, 19e sur la liste des 52 meilleures destinations touristiques au monde en 2016. Le ministre congolais du Tourisme, Elvis Mutiri, l’a déclaré mardi 15 mars à Kinshasa, parlant «d’une grande fierté».
Quatre mois après la découverte officielle d'un gisement de pétrole dans l'est de la RDC, sous le plus vieux parc naturel d’Afrique, classé patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco depuis 1979, le dilemme est plus brûlant que jamais pour Kinshasa.
Exploiter l’or noir d’une des plus incroyables réserves naturelles du monde, afin de renflouer les caisses de l’Etat ou alors sauvegarder ce joyau d’Afrique comme le réclament vivement depuis des mois les organisations internationales?
Kinshasa dit encore «étudier la question», tandis que l’Ouganda voisin semble bien moins hésitant.
Le ministère ougandais de l’Energie a en effet publié, le 1er mars dernier, la liste de sept firmes pétrolières ayant été sélectionnées pour bénéficier des licences d’exploitation du pétrole dans les six blocs pétroliers ougandais.
Une des licences concerne le bloc Ngaji, qui couvre 30 % du lac Edouard ainsi qu’une bonne partie du Parc national Queen Elizabeth, aux frontières du Parc national des Virunga en RDC, selon la publication dont Anadolu a eu connaissance.
Des autorisations qui n’ont pas été du goût de l’ONG internationale britannique «Global Witness» qui a, aussitôt alerté, sur son site web, le gouvernement congolais sur le risque de pollution qu’encourt le parc avec l’exploitation du pétrole que l'Ouganda voisin envisage de lancer, surtout sur le lac Edouard.
Global Witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement, a par ailleurs lancé, le 9 mars dernier, un film qui relaie la campagne de protestation contre le projet d’exploitation du pétrole dans ce lac.
D’une durée d’1 minute 18 secondes, le film intitulé «Virunga: Une nouvelle menace», circule actuellement sur la toile et les réseaux sociaux.
L’ONG rappelle, dans ce film d'animation, que le parc couvrant plus de 800 mille hectares, est l’une des zones du monde les plus riches en biodiversité et qu’elle abrite la plupart des espèces en péril, emblématiques de l’Afrique, notamment des hippopotames, des éléphants et une partie des derniers gorilles de montagne à dos argentés, que compte encore le globe.
Avant la découverte officielle en novembre dernier de gisement «d’or noir» dont «la quantité est abondante» assure à Anadolu, le ministre congolais en charge des hydrocarbures, Aimé Ngoy Mukena (sans fournir de chiffres), les sociétés pétrolières faisaient déjà les yeux doux à la RDC.
En 2010, Kinshasa avait ainsi attribué des permis d'exploration pétrolière sur une grande portion de Virunga estimée à 85 % de la surface du parc «et dont l’exploitation devait être conclue sans préalable environnementale», a indiqué à Anadolu José Endundo Bononge, ministre honoraire de l’Environnement.
«Ces permis avaient toutefois été invalidés après pression de la communauté internationale et la résistance des organes de la société civile locale», raconte-t-il.
Aujourd’hui encore, les ONG sont formelles, «l’exploitation doit être interdite» dans une région déjà mise à mal par les groupes armés.
«Nous ne pouvons permettre une telle exploitation qui, non seulement n’assure aucun avenir pour l’environnement et menace les animaux du parc, mais en plus place cette région au milieu de la convoitise des groupes armés que la communauté internationale et le gouvernement ne parviennent toujours pas à neutraliser», commente Thomas D’Aquin Mwiti, président de la société civile du Nord-Kivu.
Du côté des sociétés pétrolières, la française «Total» et la firme britannique «Soco», titulaire du bloc «5» englobant la majeure partie australe du parc ont officiellement suspendu leurs activités, en raison de la pression internationale.
Une décision sur laquelle elles pourraient bien revenir si Kinshasa choisit de s’aligner du côté de l’exploitation.
Sous couvert de trouver les ressources pour le développement économique d'une région où la population rencontre de nombreuses difficultés, le gouvernement congolais avait déjà exprimé en 2014 la nécessité d'exploiter le pétrole sous le parc national de Virunga, reconnaissant toutefois que cette option rétrécirait l’habitat naturel des animaux.
«Nous sommes en phase d’études pour voir les différentes voies possibles pour exploiter le pétrole sans conséquence néfaste pour les animaux et la population car, après tout, il est temps que les Congolais bénéficient de leurs richesses naturelles», estime aujourd'hui le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, joint par Anadolu.
Face à la pression des organisations internationales, le porte-parole rétorque que «la RDC est un pays souverain, libre de gérer ses ressources à l’avantage des Congolais sans ingérence étrangère».
La protection de la faune l'emportera-t-elle sur le besoin en "or noir" ? Rien n'est moins sûr.