AA / Buramba (Nord-Kivu) / Joseph Tsongo
Être mal voyant n'empêche pas Amini, une jeune congolaise, de mener une vie digne. Elle fait du commerce, de la vannerie et entretient un potager, ce qui lui permet d'affronter la vie avec courage et dignité.
Dans une société où les malvoyants sont considérés comme des personnes à charge de leurs familles, Amini a fait l'exception et repris confiance en elle. « Avec mes activités, je n’ai plus de complexes liés à mon infirmité», assure-t-elle.
Elle a 24 ans. Amini Mengo, célibataire, vit avec sa famille à Buramba, un petit village situé à une centaine de kilomètres au nord de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu.
6h30 du matin, c’est l’heure du réveil pour Amini, qui se hâte de sauter de son lit, faire rapidement sa toilette et se lancer dans une journée pleine de vie et de défis.
Attentive, la jeune handicapée, bâton à la main, brosse l’espace autour d’elle pour se rassurer qu’il n’y a aucun danger sur son passage.
Contrairement aux autres malvoyants dans la région, entièrement dépendants et qui doivent mendier pour survivre, Amini a une occupation et un emploi du temps chargé d’activités, à réaliser pendant la journée.
«Je dois d’abord passer par le potager pour arroser et enlever des mauvaises herbes autour des épinards. Ensuite, j’irai vendre mes cacahuètes au bord de la route. Et, après, je dois revenir le soir pour aider à accomplir des travaux de ménage», précise-t-elle, confiante et de bonne humeur.
Vers 7h, elle est déjà opérationnelle. Elle emprunte le sentier qui mène vers son verger, situé non loin de son foyer.
L’arrosoir dans une main et sa canne dans l’autre, elle approuve un fort sens de l'orientation tout comme les autres malvoyants.
Même si elle ne peut voir avec les yeux, elle affirme pouvoir maîtriser son entourage physique grâce aux autres sens, « que Dieu m’a donnés », explique-t-elle.
«J’utilise les yeux de l’âme », ironise-t-elle avant d’ajouter : «J’ai eu l’habitude, je dois compter mes pas pour m’assurer que je n’ai pas sauté un plant ou que je n’ai pas trop arrosé un même endroit », explique Amini Mengo, en train d’entretenir son potager.
Une heure et demie plus tard, elle sait qu’elle doit rentrer du champ pour autre chose, l’entretien de son potager.
Amini a installé son étalage sur le bord de la route principale où elle passe de longues heures de la journée. Des camions s’y arrêtent de temps en temps et cela lui permet d’écouler ses cacahuètes auprès des voyageurs.
«Cette activité me rapporte un peu de revenus», assure-t-elle, avant de révéler qu’elle fait aussi de la vannerie pendant les week-ends, toujours armée de son bâton pour tâter ses repères.
Amini a été frappée de cécité à l’âge de 10 ans alors qu’elle était en 5ème année primaire.
Elle devient alors la plus triste des petites filles. «Comme j’avais eu l’occasion de pouvoir voir, j’étais très déstabilisée par mon nouvel état… Je n’avais plus goût à rien et plus rien ne me faisait plaisir», explique-t-elle.
Pendant toute une année, Amini est restée immobile, essayant à se débrouiller seule mais sans succès.
«Nous lui avons appris à s’orienter à l’aide d’un bâton, dont elle s’en sert aussi pour trouver un objet sans quérir l’aide d’une personne…», indique la mère de la pauvre Amini.
Elle affirme qu’aujourd’hui, les résultats sont visibles : «Amini ne se cogne plus contre les murs et exerce bien de métiers. Elle fait aussi la vaisselle et le ménage de la maison très facilement».
Ainsi faisant, elle s’est distinguée dans son village comme symbole de débrouillardise et de courage plutôt que comme une personne à charge et à assister.
Zabuloni, habitant du même village que la jeune malvoyante témoigne : «Amini est une jeune malvoyante mais qui se débrouille pas mal… C’est elle qui nous fournit des paniers et des sacs à moindre coût. Elle les tresses à partir de matières collectées ici et là».
« Des yeux qui ne voient pas, c’est pareil que des jambes qui boitent, des bras amputés ou de milliers d’autres petites infirmités», affirme Amini Mengo qui sait qu’aujourd’hui, qu’elle n’est pas condamnée à s’asseoir dans un coin à la maison, à attendre qu’on veuille bien s’occuper d’elle.
Amini fait, ainsi, savoir que n’eut été sa mère, elle serait devenue comme les autres personnes à besoins spécifiques, une laissée pour compte entièrement dépendante.
«Malgré les difficultés, elle ne m’a pas abandonnée et m’a apprise à m’orienter et à travailler», précise-t-elle, reconnaissante.
Pourtant, ces derniers temps dans la région, les aveugles comme d’autres handicapés, sont devenus des moyens pour susciter l’affection de la société et générer des revenus, par la mendicité.
«On les envoie mendier et à la fin de la journée, ils donnent tout l’argent à celui qui les prend en charge», se désole Katembo Bushu, un assistant social formé à redonner espoir aux personnes souffrant d’un handicap.