AA/Kinshasa/ Joseph Tsongo
Une scène politique marquée par des tensions, des élections reportées et une absence totale de visibilité concernant la période transitoire qui succédera à la fin du mandat de l'actuel président de la RDC, Joseph Kabila, autant de facteurs qui ont fini par "tuer l'espoir" des femmes congolaises d'un lendemain politique meilleur.
Déception et désillusion sont palpables dans des témoignages de ces femmes qui disent avoir beaucoup compté sur les prochaines élections qui devaient se tenir avant la fin de l’année et qu'on n'espère plus avant 2018, pour se repositionner en vraies parties prenantes de la scène politique.
"L’impasse dans laquelle se retrouve, depuis des mois, le processus électoral a entamé l’engagement politique des femmes", témoigne dans une déclaration à Anadolu, Kahambu Semerite, infirmière dans le Nord-Kivu, qui comptait se présenter aux prochaines élections pour représenter sa province et qui a fini par renoncer à ce projet.
"Tant que le processus électoral est hypothéqué, ce projet ne me tente plus, je ne vais plus me présenter, je n'ai plus de souffle pour attendre encore et dépenser mon énergie pour un rêve qui risque de ne jamais se concrétiser", note Kahambu Semerite.
Comme elle, beaucoup d’autres femmes congolaises ont perdu le goût de la politique, affichant un désengagement total. Simples citoyennes ou activistes de la société civile, elles se disent, toutes, déçues par la situation politique actuelle en RDC. Pourtant elles ont beaucoup d'ambitions à concrétiser, notamment en matière de parité et d'amélioration de la situation des femmes en général.
Conscientes de l'importance de s’impliquer dans la gestion de la chose publique, les femmes congolaises se voyaient, en effet, se saisir de l’opportunité offerte par les élections de 2016 pour briguer des postes de prise de décision.
Mais "C'était sans compter sur les défaillances démocratiques et autres manoeuvres qui rendront ce scrutin impossible à tenir dans les délais", relève Julia, une jeune étudiante en sciences politiques qui se dit "déçue" face au cours que prennent les choses, augurant, selon elle, une dégénérescence de la situation sécuritaire d'ici la fin de l'année.
"Face à la situation qui prévaut actuellement, j'ai l'impression que la course est non-seulement pénible mais également très longue. A ce stade, je me sens, déjà, à bout de souffle, Je ne saurai donc pas poursuivre. Si c’est vraiment ça le parcours pour atteindre la gestion de la chose publique, alors je n’ai plus aucun espoir d’y arriver..,!", se désole la jeune Diane Kyambalo, mobilisatrice au sein du parti, le Bloc uni pour la renaissance et l’émergence du Congo (BUREC- proche du pouvoir).
Durant les derniers mois, Célestine Biriko, enseignante, s'est fortement engagée en politique, allant jusqu'à intégrer un parti, déclare-t-elle à Anadolu. Maintenant et face au risque de voir l'attente pré-électorale s'éterniser, elle a décidé de se retirer. "Je n'ai plus de temps à consacrer aux réunions de mobilisation. Je préfère préserver ma carrière d'enseignante que de m'engager dans un projet sans lendemain", déclare-t-elle à Anadolu.
Marie Chiza Ntamenya, présidente du Collectif des Associations féminines de Rutshuru dans le Nord-Kivu (Est) garde, quant à elle, l'espoir de voir les choses changer et les élections se tenir bientôt.
"Une telle alternative saura permettre à la femme congolaise d’accéder au pouvoir d’une façon pacifique et sans violence. Sinon, nous risquons tous de finir dans la rue ou en prison", déclare-t-elle à Anadolu.
"Aujourd’hui, le pays bascule dans le chaos face à l'indifférence des autorités", rappelle-t-elle ajoutant qu' "il est grand temps pour la femme congolaise, longtemps dénigrée, d’accéder au pouvoir par la voie électorale et de matérialiser ainsi le rêve qu’elle entretient pour son pays".
Derrière l'engouement grandissant des femmes congolaises pour la politique se cache surtout la volonté de devenir une partie prenante égale à l'homme et d'aplanir les inégalités de tout genre qui continuent à les séparer de leurs concitoyens, fait remarquer Passy Mubalama, coordinatrice d’une Organisation de défense des droits de l'Homme, oeuvrant pour une meilleure participation politique et citoyenne des femmes dans l’Est de la RDC.
Contrairement aux élections de 2011, beaucoup de femmes ont pris conscience de l'importance de s’engager en politique pour améliorer la situation de la femme et renforcer sa représentativité dans les hautes instances aussi bien au niveau local, provincial que national, précise-t-elle.
Kahambu Semerite, explique à Anadolu que son projet incluait notamment la consécration de l'égalité homme-femme dans tous les domaines. Selon elle, dans un contexte dominé par les hommes, "la participation des femmes aux institutions politiques congolaises a souvent été arbitraire et dépendent de la bonne volonté des décideurs masculins".
Un sentiment partagé par beaucoup de femmes qui pensent avoir toujours été marginalisées par les politiciens.
"Nous nous sentons sous-estimées", témoignent une mère de famille, tenant un petit étal dans le marché de Beni, dans le Nord-Kivu.
Si beaucoup de femmes tiennent pour responsables leurs pairs masculins de leur exclusion politique, Alice, commerçante, estime que la responsabilité est partagée. « Le vrai problème est que nous sommes souvent victimes de nous-mêmes , plusieurs femmes ignorent ou sous estiment le rôle qu'elle peuvent jouer dans la vie politique, du coup, elles ne s’intéressent pas à la politique ! ».
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