Lassaad Ben Ahmed
06 Novembre 2017•Mise à jour: 06 Novembre 2017
AA/Alger/ Karim Kabir
Une semaine depuis le lancement officiel de la campagne électorale pour les élections locales du 23 novembre (élections des assemblées communales et assemblées des provinces), les partis politiques algériens engagés dans la course, une cinquantaine, peinent à mobiliser la population.
Alors que les panneaux destinés aux affiches électorales sont encore vides par endroit, les meetings des responsables politiques ne drainent pas la grande foule.
Signe du peu d’engouement des électeurs, certains leaders politiques ont dû annuler leur meeting, comme Amar Ghoul, président de Tajamou Amel El Djazair (TAJ) (une vingtaine de députés au parlement, proche du pouvoir), à Skikda (Est).
Même le président de la Haute instance de surveillance des élections (HISE) a reconnu que la campagne durant cette première semaine a été «timide».
La presse est d’ailleurs unanime à relever que la campagne électorale peine à s’emballer.
«La campagne pour les élections locales (…) peine à enflammer les foules et à susciter l’intérêt des citoyens-électeurs», a observé, le journal «Reporters», dans son édition de dimanche.
Pour sa part, le quotidien "Liberté" relève qu’une semaine après son démarrage, la campagne «peine à s'emballer».
«S’il est prématuré d’anticiper sur la réaction des électeurs à mesure qu’approche l’échéance électorale, il reste que la suite de la campagne pour les candidats et les leaders politiques s’annonce laborieuse. Et un remake d’un scénario, similaire à celui des Législatives, n’est pas à exclure (…)», écrit ce journal.
Même le journal gouvernemental, Echâab (Le Peuple, arabophone), reconnait que la «campagne souffre d’un manque d’enthousiasme».
Outre la crise de confiance dans le personnel politique, les promesses à chaque fois non tenues des candidats, la dépolitisation qui touche particulièrement les jeunes, le système électoral entaché de soupçons de fraude et la crise économique, autant de facteurs qui encouragent également l’abstention, selon les observateurs.
Dans une récente étude, l’enseignante universitaire en Sciences politiques et en Relations internationales, Louisa Dris Ait Hamadouche, avait analysé les différents scrutins organisés depuis l’ouverture au pluralisme politique en 1989.
«L’expérience du multipartisme et des élections plurielles en Algérie est récente. Or, l’abstention qui marque de façon de plus en plus frappante les scrutins constitue un comportement électoral révélateur d’une profonde crise de confiance», a-t-elle relevé.
«L’abstention est d’abord liée à un système, analyse-t-elle, qui a réformé ses procédures sans changer ses logiques de fonctionnement».
Il en résulte, selon l’experte, un code électoral dissuasif, des résultats officiels suspects et une présomption de culpabilité en matière de fraude électorale.
«L’abstention est, ensuite, directement liée à l’offre politique. Son personnel, ses propositions et ses résultats conduisent les électeurs à se désintéresser sinon de la chose politique, tout au moins de la chose électorale. L’abstention est, enfin, la conséquence d’un électorat échaudé, démobilisé, suspicieux et exigeant», notait-elle.
Mais, faute d’instituts de sondage, il demeure toutefois difficile de prédire le comportement des électeurs le 23 novembre, du fait que certaines données sociologiques (l’esprit de famille et le tribalisme) interviennent dans le scrutin.