Hatem Kattou
05 Septembre 2017•Mise à jour: 06 Septembre 2017
AA//Abidjan//Fulbert YAO
Alors qu’il compte près de 65 % des terres arables sous-exploitées dans le monde, le continent africain peine toujours à assurer sa nourriture. Pire, le Continent dépense 35,4 milliards de dollars par an pour importer des denrées alimentaires de tout genre, selon les informations de Banque africaine de développement, communiquées à l'occasion du septième forum de la révolution verte en Afrique qui se tient à Abidjan du 4 au 8 septembre.
Il y a donc urgence à bouger les lignes pour rendre l’agriculture plus compétitive. Car de l'avis de plusieurs experts, approchés lundi à Abidjan par Anadolu à l’ouverture du forum, du renforcement de la recherche et de l’innovation peut naître une révolution verte du Continent.
Or, quel est l’état des lieux de l’agriculture en Afrique actuellement ? Comment renforcer la recherche ? Que faire pour pour que les résultats de la recherche et les innovations soient mis en oeuvre à grande échelle et produire un impact réel et durable ?
Selon Dr. Renaud de Plaen, chef de programme pour le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), il y a eu énormément de progrès dans l’agriculture au cours des dernières décennies. Toutefois, de nombreux défis restent à relever.
« Il y a des défis liés au manque d’investissement dans les structures de recherche dans la sous-région. On a des défis au niveau de la transformation, des conditions de production, des effets des changements climatiques, des dynamiques migratoires, de l’urbanisation, etc.», a-t-il indiqué dans un entretien.
Pour lui, il est important de repenser le développement agricole en fonction de la réalité actuelle du Continent, de sortir d’une recherche classique vers une recherche plus appliquée en associant le secteur privé.
Renforcer la technologie
« La recherche doit s’accentuer au niveau technologique. On évoque le développement de variétés plus résistantes aux changements climatiques. Il faut une approche bâtie sur différents secteurs de recherche, des approches plus technologiques, des approches davantage sociales», précise Dr. Renaud.
Dr. Kymseyinga Savadogo, professeur à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso estime, quant à lui, que «Le grand changement qu’il doit y avoir, c’est un changement qui place l’université au centre de tout le processus de développement. L’université est en général laissée pour compte. On ne fait appel aux professeurs et chercheurs que pour des événements ponctuels. Or, ce qu’il faut, c’est vraiment de réaliser une transition vers un modèle axé sur l'université".
La ministre ivoirienne de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Pr Ly Ramata Bakayoko estime, pour sa part, que les « recherches dans le domaine agronomique sont à valoriser pour être mises à la disposition des populations ».
« Il faut renforcer nos recherches pour produire du matériel agricole. Nous avons des laboratoires, aujourd’hui, en Côte d’Ivoire et nous pouvons produire pour toute la sous-région. Nous avons aussi des laboratoires de biotechnologies, de biologies et nous pouvons produire en grande quantité des variétés résistantes aux maladies. Nous avons aussi la possibilité d’aider le monde de l’entreprise», souligne la ministre.
Elle craint, par ailleurs, que « si nous ne renforçons pas l'innovation au niveau des universités, nous risquons d'avoir une régression de nos productions agricoles, et ce, malgré les efforts de l’Etat face aux changements climatiques et l'utilisation des intrants chimiques. »
Dr Kymseyinga Savadogo, professeur à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso, estime que l’Afrique aura beaucoup à gagner dans sa révolution verte, si elle renforce ses dispositifs de recherche en place.
« Si on améliore le système de recherche, cela va tracer une voie plus sûre pour l’Afrique», pense l’expert.
La septième édition du Forum sur la révolution verte en Afrique, qui se tient à Abidjan, a pour thème « Accélérer la marche de l’Afrique vers la prospérité : contribuer à la croissance d’économies inclusives et à la création d’emplois grâce à l’agriculture ».
La précédente édition a eu lieu en septembre 2016 à Nairobi, au Kenya, réunissant plus de 1 500 délégués en provenance d’une quarantaine de pays.