France / Précarité étudiante : une enquête de l’Union étudiante révèle une précarité étudiante généralisée
- Une enquête de l’Union étudiante révèle une précarité étudiante généralisée en France : budgets absorbés dès le premier euro, renoncements alimentaires, mal-logement et forte détresse psychologique
Istanbul
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Une vaste enquête menée par l’Union étudiante auprès de 5 282 étudiants et publiée mardi dresse le portrait sombre d’un quotidien marqué par le renoncement, l’instabilité et la détérioration de la santé mentale. En 2025, la condition étudiante apparaît de plus en plus comme une lutte permanente pour subvenir à ses besoins les plus élémentaires.
Le constat est sans appel : être étudiant en France est devenu synonyme de précarité structurelle. Selon l’enquête intitulée « Conditions de vie et précarité étudiante », l’effet conjugué de l’inflation et des politiques publiques actuelles a transformé les campus en espaces de vulnérabilité sociale accrue, où l’accès à l’alimentation, au logement ou aux soins n’est plus garanti.
Sur le plan financier, la situation est particulièrement critique. Pour 9,4 % des répondants, l’intégralité du budget mensuel est absorbée par les charges fixes – loyer, factures, alimentation – sans laisser le moindre reste à vivre. Près d’un étudiant sur dix déclare ne disposer d’aucune marge pour faire face à un imprévu ou à une dépense de santé. Plus largement, un tiers des étudiants affirme terminer le mois avec moins de 50 euros pour couvrir l’ensemble des frais liés à la vie courante, aux études et aux soins.
- L’alimentation, première variable d’ajustement
Face à ces contraintes budgétaires, l’alimentation devient la principale variable d’ajustement. Près de la moitié des étudiants interrogés (48 %) déclarent avoir déjà renoncé à se nourrir pour des raisons financières. Parmi eux, 23 % sautent régulièrement des repas, tandis que 44 % estiment ne plus être en mesure de choisir la qualité ou la nature de leur alimentation. Une insécurité alimentaire qui s’installe durablement et affecte directement la santé et la réussite universitaire.
- Le logement, une crise persistante
La question du logement constitue un autre point de tension majeur. Trouver un toit relève désormais d’un « parcours du combattant », qui s’étend en moyenne sur deux mois et demi. À la rentrée 2025, près de 29 % des étudiants déclaraient ne pas disposer d’une solution de logement pérenne. Une minorité – 2,8 % – a même été contrainte de dormir dans un véhicule ou à la rue.
Pour ceux qui parviennent à se loger, les conditions restent souvent indignes. Sept étudiants sur dix subissent au moins une nuisance majeure, qu’il s’agisse du bruit, du froid ou de la présence de nuisibles. Plus d’un quart des répondants vivent dans des logements jugés insalubres ou affectés par l’humidité et les moisissures, tandis que 18 % occupent des espaces de moins de 10 mètres carrés.
- Une santé mentale fragilisée
Cette précarité matérielle s’accompagne d’une détérioration massive de la santé mentale. Neuf étudiants sur dix déclarent avoir traversé des périodes de détresse psychologique. Pourtant, l’offre de soins apparaît largement insuffisante : on compte en moyenne un psychologue conventionné pour plus de 1 000 étudiants en situation de détresse. Dans certains territoires, comme la Meuse, la Lozère, la Guyane ou la Martinique, aucun professionnel conventionné n’est disponible.
- Le travail comme condition de survie
Faute d’aides suffisantes, le recours au salariat s’impose pour une part croissante de la population étudiante. Près de la moitié des étudiants qui travaillent le font principalement pour financer leur logement. Pour 7 % d’entre eux, le temps de travail dépasse 15 heures hebdomadaires, un seuil identifié comme augmentant significativement les risques d’échec universitaire.
Face à ce tableau préoccupant, l’Union étudiante appelle à des mesures d’urgence, parmi lesquelles la création d’un revenu d’autonomie universel fixé à 1 288 euros mensuels et le lancement d’un plan massif de construction de logements sociaux dédiés aux étudiants. Des revendications qui interrogent, au-delà du monde universitaire, la place accordée à la jeunesse dans les politiques publiques.
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