AA - Ankara - Nur Gülsoy
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a vivement critiqué le groupe des médias Dogan, dans un discours qu'il a prononcé à l'inauguration d'un espace de loisirs à Ankara, mardi.
Une polémique a éclaté entre Erdogan et le quotidien Hurriyet appartenant au groupe des médias Dogan, suite à l'annonce par le journal de la condamnation à mort du président égyptien destitué Mohamed Morsi, sous le titre: "Un président élu par 52% des voix du peuple est condamné à mort". Le chef d'Etat turc, élu lui même directement par le peuple, s'en est pris à cette manchette.
"Ôh Dogan, pourquoi êtes-vous gênés?, a-t-il demandé. Vous n'avez pas de respect pour les voix du peuple. (...) Lorsqu'on m'avait retiré mon droit d'éligibilité, vous aviez écrit dans les manchettes: 'Il ne peut même plus devenir maire de quartier'. Mon peuple sait très bien comment ce groupe diffuse des informations. Ne m'aviez-vous pas déclaré, une fois, 'avoir multiplié vos gains par cinq' durant mon pouvoir? Vous remporterez ce que vous méritez. Mais vous ne remporterez pas ce que vous ne méritez pas, contrairement à ce qui s'était passé durant les pouvoirs précédents."
- Organisation parallèle
"Cette organisation qui menace notre intégrité nationale est ajoutée à nos documents politiques de Sécurité nationale, a-t-il dit. Désormais, nous avons des organisations terroristes armées, et non armées. Nous avons vu comment ces groupes ont assassiné notre procureur dans le palais de justice. Ils en paieront le prix."
Un réseau d' "organisation parallèle" dirigé par le mouvement de Fethullah Gülen, personnalité religieuse en exil volontaire aux Etats-Unis, est soupçonnée d'avoir infiltré l'Etat turc afin de renverser le gouvernement.
Des bureaucrates proches de ce mouvement sont accusés d'avoir pris part dans la mise sur écoute illégale de plusieurs personnalités en Turquie, dont les téléphones protégés des hauts dirigeants de l'Etat. C'est ainsi que des allégations de corruption impliquant des ministres, avaient émergé en décembre 2013.
En outre, des représentants du gouvernement turc accusent certains procureurs et des employés de la police qui avaient mené l'enquête dans l'affaire de corruption du 17 et du 25 décembre 2013, d'être en relation avec l'organisation parallèle pour des buts d'espionnage.
- Attaques contre les bureaux du Parti démocratique des peuples (HDP, opposition)
Erdogan a aussi commenté les attaques commises contre les bureaux du HDP, à Adana et Mersin, dans la région méditerranéenne du pays.
Des explosions étaient survenues lundi simultanément dans les deux bureaux du HDP, faisant quelques blessés.
"Sans honte, ils attribuent la facture [de ces attaques] à la présidence", a affirmé Erdogan pour souligner qu'il ne recours pas aux bombes ou à la violence pour saisir le peuple.
"Lors de la campagne pour l'élection présidentielle [du 10 août 2014], on l'a flatté [le co-président du HDP, Selahattin Demirtas] comme une vedette, comme un apôtre de la démocratie, une idole des droits de l'Homme, comme on le fait maintenant", a rappelé le président, poursuivaunt: " Par la suite, son vrai visage s'est révélé lors des événements d'octobre 2014. Nos frères kurdes sont descendus dans la rue, 40 personnes ont été tuées. La bombe est leur [du HDP] outil, comme la violence, la destruction. (...) C'est pour cela que nous avons lancé le processus de résolution."
Le processus de résolution a été lancé au début de l'année 2013, par un cessez-le-feu conclu entre le gouvernement turc et le mouvement PKK, classé "organisation terroriste". Le gouvernement a promis des réformes démocratiques pour renforcer les droits de la population kurde.
Le dialogue était entré dans une période difficile avec les manifestations des 6-7 octobre dernier, quand Demirtas avait appelé le peuple à poursuivre les manifestations sous prétexte de soutenir Kobani. Les heurts entre différents groupes avaient fait ainsi des dizaines de victimes.