"La Türkiye s’oppose à toute intervention militaire contre l’Iran ", déclare le ministre des Affaires étrangères
- « Ce qui prête à confusion, c’est que les difficultés économiques et autres auxquelles les gens sont confrontés peuvent sembler constituer un soulèvement idéologique contre le régime ; en réalité, cela constitue une zone grise », déclare Fidan
Istanbul
AA / Istanbul / Esra Tekin - Gizem Nisa Demir
La Türkiye s’oppose à « toute intervention militaire » contre l’Iran, a déclaré jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, appelant Téhéran à résoudre « ses propres problèmes internes par lui-même ».
« Lorsqu’on examine la situation de près, il n’existe aucun élément qui pourrait exciter l’appétit de certains pays hostiles à l’Iran à l’étranger, en termes d’hostilité envers le régime. Cependant, les difficultés économiques créées par les politiques existantes, et l’incapacité à les atténuer, donnent lieu à de sérieux problèmes. Nous ne voulons voir aucune intervention ici », a déclaré Hakan Fidan aux journalistes à Istanbul.
Il a ajouté, en référence aux récentes déclarations du président américain : « Quand on observe les politiques de (Donald) Trump, nous n’avons pas encore constaté de préférence marquée pour l’usage de forces terrestres. »
À propos des récentes manifestations, il a souligné que lorsqu’un pays est soumis à des sanctions, certains services économiques deviennent restreints, ajoutant : « L’Iran a une population importante et une société dynamique. Ses habitants sont instruits et possèdent un fort désir de vivre et de participer à la vie sociale. Quand on prive une telle société de certaines opportunités, ce type de problèmes apparaît. »
« Ce qui est confondu ici, c’est que les difficultés rencontrées par la population en raison de problèmes économiques ou autres peuvent apparaître comme un soulèvement idéologique contre le régime ; en réalité, cela constitue une zone grise », a-t-il poursuivi.
Soulignant l’importance de l’Iran pour la Türkiye, Fidan a affirmé que tout ce qui concerne Téhéran « nous concerne », ajoutant que la résolution des problèmes avec « certains acteurs » profite à Ankara.
Il a indiqué avoir exhorté ses homologues iraniens à résoudre leurs différends avec d’autres pays : « L’Iran doit traiter les questions nucléaires globales par la diplomatie, sans laisser passer la moindre opportunité, afin que certains problèmes structurels à l’origine des difficultés économiques puissent être éliminés. »
La Türkiye continuera à suivre les développements et ses efforts diplomatiques concernant l’Iran, a-t-il conclu.
- La SDF reste une menace pour la région et la Türkiye
Le groupe terroriste YPG/SDF continue de représenter une « menace à la fois pour la région et pour nous », a affirmé Fidan, précisant que la Türkiye n’a aucun problème avec le peuple kurde en Syrie, mais qu’elle s’oppose à un groupe terroriste opérant dans quatre pays sous différents noms.
« Nous voulons que l’accord du 10 mars soit appliqué, même s’il crée des difficultés », a-t-il ajouté, en référence à un pacte que la Türkiye et le gouvernement syrien estiment que la SDF n’a pas respecté.
Fidan s’est dit surpris de voir certains pays évoquer des liens « récemment découverts » entre la SDF et le PKK, précisant que cette connexion « est connue depuis longtemps ».
Citant la récente violence à Alep, il a déclaré : « Concernant Alep, nous avons averti que le processus ne devait pas déboucher sur l’usage d’armes. C’est un schéma récurrent. Depuis Tel Rifaat et Ayn al-Arab, nous avons clairement indiqué que leur présence est illégale. S’ils souhaitent démontrer leur bonne volonté, ils doivent engager un processus basé sur la diplomatie et le dialogue. Ils n’ont ni la puissance ni l’état d’esprit pour gérer plusieurs acteurs et un environnement aussi complexe. »
« La représentation de toutes les minorités dans la constitution syrienne est essentielle. L’équilibre critique réside ici : participer au processus en tant qu’entité politique distincte est le véritable problème. Vivre sous un seul drapeau tout en préservant son identité et en bénéficiant équitablement des ressources nationales constitue une structure plus appropriée. Sinon, diviser le pays en entités politiques et créer des enclaves ouvrirait la voie à la fragmentation, ce qui nécessite une vigilance maximale », a-t-il ajouté.
- Si un accord ukrainien est conclu, les forces navales turques commanderont en mer Noire
Fidan a également indiqué que si un accord de paix en Ukraine est atteint, les forces navales turques seraient chargées de la surveillance en mer Noire.
« Si un accord de paix est conclu, il aura trois dimensions : comment la paix sera surveillée, comment la capacité de dissuasion de l’Ukraine sera maintenue et quelles mesures seront prises en cas de violations. Militairement, la paix a trois domaines : terrestre, aérien et maritime. La mer Noire est une région qui concerne directement la Türkiye », a-t-il expliqué.
« La guerre Russie–Ukraine et les évolutions des relations transatlantiques ont rendu la sécurité européenne de plus en plus incertaine. La Türkiye, dirigée principalement par notre Président (Recep Tayyip Erdogan), a déployé d’importants efforts dans ce processus. Ces efforts se poursuivront en 2026 », a-t-il conclu.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
