AA/ Kinshasa/ Francine Mokoko
Ce sont plus de 100 000 travailleurs "clandestins" Congolais (RDC) à être retournés dans leur pays après une vaste opération de police menée à Brazzaville, depuis début avril, alors que quelques 300 000 autres attendent au Congo, leur tour pour partir, selon une déclaration du porte-parole du Gouvernement de la RDC à Anadolu.
Plusieurs milliers de refoulés congolais (RDC) de Brazzaville sont retournés dans leurs provinces alors que d'autres se répartissent en RDC sur trois sites d'accueil dans des conditions humanitaires critiques et accusent leur Gouvernement de "laxisme".
D'abord cantonnés dans l’enceinte de la maison communale de Kinshasa et au stade cardinal Malula, deux sites de transit situés en plein cœur de la capitale congolaise, les refoulés de Brazzaville, se comptant par dizaines de milliers,ont été transférés en trois jours vers un autre site de transit aménagé dans la commune urbano-rurale de Maluku, à environ 80 kilomètres de Kinshasa.
« Nous avons été surpris par le nombre. Personne ne peut vous dire qu’il peut recevoir 100.000 personnes en trois semaines et être prêt à s’en occuper quelques soient les moyens dont le pays dispose. Donc, nous avons eu quelques difficultés au départ, nous les avons résolues maintenant parce que nous avons aménagés des lieux notamment à Maluku où nous avons transféré tout le monde », a affirmé à Anadolu Lambert Mende, ministre des medias et porte-parole du gouvernement.
Quelques 2 000 âmes, essentiellement des femmes et des enfants, occupent dans une grande promiscuité, deux grands hangars et des tentes aménagées par la Croix Rouge. Mais la capacité d’accueil reste ici insuffisante. Ces familles s’y entassent avec leurs biens mais se trouvent, ainsi, mises à l’abri des intempéries.
«Nous vivons mieux ici que la bas, où nous dormions dans l’insalubrité, à la belle étoile et au milieu des moustiques», a confié Martine, une femme de 35 ans expulsée de Brazzaville avec ses trois enfants, à Anadolu.
Au milieu des bruits des enfants qui jouent, des valises, casseroles et autres ustensiles de cuisine posés pêle-mêle, la Croix Rouge a implanté une clinique mobile.
« Nous avons mis sur pied une chaîne de secours depuis le Beach Ngobila [port sur le fleuve du Congo] jusqu’ici pour alléger la souffrance des personnes qui rentrent au pays », a déclaré à Anadolu Julien Kwisis Kuyu, président provincial de la Croix Rouge congolaise.
Mais les conditions sont tellement précaires que les autorités redoutent que des épidémies telles que le choléra ne se déclarent sur ces sites et se propagent dans la ville.
« Il est avantageux qu’ils se retrouvent ici à Maluku surtout qu'avec leur nombre, ils étaient entassés comme des petits pains. Il faut que les gens respirent, autrement il y aura déclenchement d’une épidémie à laquelle nous ne saurons faire face », a-t-il ajouté.
Plusieurs dizaines de bus de la société nationale de transport « Transco » font la navette entre les deux premiers sites de transit et Maluku. Mais aussi entre le Beach Ngobila de Kinshasa et les deux premiers centres de transit qui continuent d’accueillir des nouveaux venus. «Il y a encore au moins 300.000 congolais de la RDC qui sont restés à Brazzaville », a signalé le porte-parole du gouvernement.
Depuis le 4 avril, date à laquelle le gouvernement du Congo Brazzaville a décidé de mener une opération de police débaptisée « Mbata ya Bakolo » (la gifle des aînés), au moins 5 000 personnes arrivent chaque jour à Kinshasa par le Beach Ngobila, expulsées de Brazzaville, selon l’organisation internationale de migration (OIM). Cette opération, lancée contre "les délinquants et les clandestins", selon le gouvernement de Brazzaville, s’est traduite par une vague massive d'expulsions, menées de façon musclée par les policiers congolais de Brazzaville, contre des milliers de travailleurs de la RDC, "au mépris des accords régionaux et du droit international", selon plusieurs organisations kinoises de défense des droits de l’homme qui ont dénoncé des « traitements cruels, inhumains et dégradants » subis par les personnes expulsées.
La population, pour sa part, fustige le laxisme du gouvernement et l’appelle à riposter énergiquement. « Que font nos autorités. Qu’attendent-elles pour fermer notre frontière avec le Congo Brazzaville et couper les relations diplomatiques ? », a dit un homme d’une quarantaine d’années dont un des parents a subi, selon lui, "un traitement inhumain" à Brazzaville.
« Notre gouvernement est vraiment faible. Pourquoi le président de la République ne dit-il rien ? », s’est écriée une femme en pleurs qui a tout perdu à Brazzaville.
De leur côté, des étudiants des universités de Kinshasa ont tenté de manifester contre l’absence de réaction du gouvernement, mais leur mouvement de protestation a été étouffé par la police nationale.
Le gouvernement, qui s’est gardé jusqu’à présent de condamner vigoureusement Brazzaville pour cette affaire a fait état de « petits changements», selon le Porte-parole du gouvernement. « Toutes les visites des officiels de la RDC à Brazzaville, les contacts au sommet entre les présidents des deux pays, ont permis au moins d’améliorer la situation de ceux qui attendent. On les a délocalisés du Beach de Brazzaville pour aller vers l’ancien hôtel Cosmos où ils sont aumoins à l’abri », a expliqué Lambert Mende à Anadolu.
« On a aussi créé un système de soutien. Avec de l’argent qui est parti de Kinshasa…on parvient quand même à assurer une aide médicale, une aide alimentaire sommaire à des dizaines des milliers des gens qui sont en attente. Donc il y a eu quand même quelques améliorations », a-t-il ajouté.
Dans une lettre ouverte datant du 11 mai, le député de l’opposition, Jean Claude Vuemba, a appelé le gouvernement à déposer « une plainte auprès des Nations unies et de l'Union africaine contre le gouvernement monocolore du Congo Brazzaville ».
Selon le Ministre des médias et Porte-parole du gouvernement, « un certain nombre de griefs à l’égard d’officiels congolais a été porté à la connaissance du gouvernement de Brazzaville».
« Nous ne sommes pas opposés à porter ces plaintes au niveau international. Mais cela ne peut pas nous empêcher de commencer par interpeller nos collègues de Brazzaville », a indiqué Lambert Mende. Cependant, la vague de protestation sur les conditions d’expulsion ont permis d’humaniser cette opération de la police du Congo Brazzaville, qui se fait désormais sous le contrôle d’une commission mixte RDC – Congo Brazzaville.
Parmi les refoulés de Brazzaville, plusieurs milliers ayant encore des attaches familiales, sont déjà retournés dans leurs provinces d’origine à savoir le Bas-congo, le Bandundu et la province de l’Equateur. Les autres, espèrent toujours retrouver du travail à Kinshasa.
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