Sante

France / Médecins libéraux : une grève nationale révélatrice des fragilités du système de santé

- « Avec toutes ces contraintes, je ne pourrai pas faire la médecine que je veux », a déclaré Sibel Toptas, interne à Strasbourg

Şeyma Erkul Dayanç  | 13.01.2026 - Mıse À Jour : 14.01.2026
France / Médecins libéraux : une grève nationale révélatrice des fragilités du système de santé

Istanbul

AA  / Istanbul / Seyma Erkul Dayanc

Depuis le 5 janvier, les médecins libéraux français observent une grève nationale prévue jusqu’au 15 janvier. Il s’agit d’un mouvement de grève d’ampleur historique, rassemblant de nombreux professionnels, notamment du secteur libéral, particulièrement touché par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Une telle mobilisation n’avait pas été observée depuis longtemps dans la profession, selon plusieurs syndicats.

Ce mouvement concerne médecins généralistes, spécialistes, internes ainsi que des organisations de jeunes praticiens. Il vise à contester plusieurs mesures contenues dans le budget de la Sécurité sociale pour 2026, jugées restrictives pour l’exercice médical et insuffisantes pour répondre aux besoins du système de santé.

Pour Sibel Toptas, interne en troisième année de médecine générale à Strasbourg, cette mobilisation est « historique ».
Dans un entretien accordé à Anadolu, elle explique :
« C'est un mouvement de grève assez important qui regroupe beaucoup de professionnels, étant donné que ça touche le libéral. Cela fait longtemps qu'il n'y avait pas eu une telle mobilisation, donc on peut dire que c'est quand même un mouvement historique. »

Depuis les premiers jours, plusieurs indicateurs font état d’une mobilisation élevée, avec des cabinets fermés dans de nombreuses régions. Les services d’urgences et le Samu signalent une pression accrue en raison de la réduction de l’offre de soins de ville.

- Revendications : indépendance, liberté et contraintes budgétaires

Au cœur des contestations figurent des mesures perçues comme une remise en cause directe de l’exercice de la médecine libérale.
Selon Sibel Toptas : « Le projet de loi est vécu comme une attaque contre les médecins, car il introduit de nombreuses contraintes dans l’exercice médical et remet en cause le fondement même de la médecine libérale : l’indépendance. À cela s’ajoutent aussi des revendications financières, des revalorisations des actes dans un contexte où le coût de la vie augmente, mais le budget de la Sécurité sociale, lui, est plus strict et ne répond pas aux véritables besoins du système de santé. »

Elle dénonce également l’absence de concertation avec les représentants de la profession : « Actuellement, les décisions sont prises de manière unilatérale où les syndicats de médecins ne sont même pas conviés aux discussions, alors que nous sommes les principaux concernés. On a l’impression de ne plus du tout être écouté, entendu… et la sortie de ce projet de loi l’illustre. »

Les syndicats dénoncent un cadre budgétaire limitant l’évolution des dépenses d’assurance maladie, jugé incompatible avec l’augmentation des besoins de santé, le vieillissement de la population et les tensions croissantes sur les cliniques privées.

- Mesures restrictives et effets sur la pratique médicale

Selon Sibel Toptas, certaines mesures du budget 2026 ont des conséquences directes sur la pratique quotidienne.
Elle souligne l’impact de la charge administrative croissante : « Moins de temps est consacré aux soins, à cause de la charge administrative, les consultations doivent être écourtées, ce qui n’est pas bénéfique pour le patient. »

Elle cite également les limitations imposées aux arrêts de travail, qu’elle considère comme un acte médical à part entière : « Un arrêt de travail, c’est une prescription médicale, tout comme une ordonnance de médicaments ou de kiné. Or, aujourd'hui, on nous impose des limites : “vous ne pouvez pas mettre plus d’un mois”, et si vous ne rentrez pas dans les statistiques, vous risquez des sanctions financières. Cela met les patients dans le besoin en péril. »

Concernant les actes techniques, elle ajoute : « Chez les cardiologues par exemple, quand les actes ne sont pas revalorisés, cela engendre des dépassements d’honoraires, incompris par les patients. Le secteur 3, où les médecins se déconventionnent, pose aussi problème car d’après ce projet de loi les prescriptions ne seront plus remboursées, ce qui crée une médecine à double vitesse dans un pays où il manque déjà drastiquement de praticiens. »

- Pression sur les hôpitaux et accès aux soins

La grève a des conséquences concrètes sur l’accès aux soins urgents et programmés.
« Les urgences sont saturées. Cela fait une semaine que les médecins généralistes ne travaillent plus en grande majorité, et le secteur privé reporte les activités non urgentes. L’hôpital public est sursollicité », explique Sibel.

Cette situation intervient dans un contexte hivernal marqué par une augmentation des infections respiratoires, accentuant les tensions sur le système hospitalier.

- Impact sur les internes et incertitudes sur la formation

Les internes sont également affectés par le climat réglementaire. Sibel évoque les inquiétudes liées à la future quatrième année de médecine générale :
« Nous manquons aujourd’hui de visibilité sur cette année : les informations sont floues, les lieux de stage ne sont pas connus, et il n’y a pas de maîtres de stage. Nous ne savons pas où nous exercerons dans neuf mois. Cette réforme, pourtant présentée comme une année de formation nécessaire, est un moyen indirect de combler les zones sous-dotées tout en faisant réaliser des économies à l’Assurance maladie. Cette instabilité est pesante. »

Selon elle, ces contraintes modifient l’attractivité de la médecine libérale : « Je pensais que l’on pouvait exercer de manière indépendante, prendre le temps avec les patients… Or, avec toutes ces contraintes, je me rends compte que je ne pourrai pas faire la médecine que je veux. »

- Une mobilisation présentée comme un engagement pour les patients

Sibel Toptas insiste sur le message adressé à la population :
« Ce n’est pas contre eux que nous faisons grève, c’est pour eux. Pour améliorer le système de santé et les conditions de prise en charge, pour que toutes leurs cotisations servent à un bon système de soins. L’absence de médecins libéraux peut impacter fortement l’hôpital public. »

Les syndicats rapportent un taux de mobilisation élevé, avec des fermetures de cabinets et le report d’activités non urgentes dans plusieurs régions. Une manifestation nationale a réuni plusieurs milliers de médecins à Paris le 10 janvier pour dénoncer un budget de la Sécurité sociale jugé insuffisant.

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