AA/Tunis/Wejden Jlassi
Le Rassemblement national (RN) de Marine le Pen et Reconquête d’Éric Zemmour n'en font pas mystère: les deux partis se livrent à une course-poursuite acharnée pour tenter de courtiser l’électorat de droite, en misant sur le martelage des thèmes supposés séduisants pour les électeurs de cette famille politique: immigration, laïcité, lutte contre la délinquance.
Tous les sondages effectués jusqu'à présent donnent Emmanuel Macron qualifié pour le second tour de l'élection présidentielle 2022, et le placent tous, depuis l'été 2021, en tête des intentions de vote. La patronne du RN quant à elle, figure, depuis quelques semaines, en deuxième position.
L'institut Harris Interactive a placé Éric Zemmour devant Marine Le Pen, à quelques reprises en octobre, tout comme Ipsos pour Le Monde, fin octobre et Ifop Fiducial pour LCI et Le Figaro début novembre.
Si les deux candidats n'aiment pas être comparés l’un à l’autre, il est tout de même difficile, d’ignorer leurs similitudes.
*Zemmour-Le Pen, domaines de convergence:
Immigration. Avocate, fille de Jean-Marie Le Pen, et trois fois candidate à la présidentielle, Marine Le Pen promet de faire du contrôle de l’immigration son ultime priorité. Pour ce faire, elle souhaite organiser un référendum pour faire adopter une loi sur le sujet. Les visions des deux candidats de l’extrême droite vont de pair concernant la réduction drastique du nombre d'étrangers réguliers et irréguliers sur le territoire français, la suppression du regroupement familial, qui permet à un étranger disposant d’un titre de séjour en France d’être rejoint par sa famille, la levée du droit du sol (qui permet à un enfant né en France de parents étrangers d’acquérir la nationalité française), l’expulsion des étrangers chômeurs au bout de six mois pour Zemmour et un an Pour le Pen, en plus de l’expulsion des criminels et des délinquants étrangers, et le durcissement des conditions de naturalisation.
Prônant « une politique nationale », les deux rivaux veulent interdire les aides sociales pour les étrangers extra-européens et rendre les Français « prioritaires » pour une offre d’emploi ou d’un logement.
Plus radical, Zemmour veut même construire un mur aux frontières extérieures de l’Union européenne, financé par des fonds européens.
Energie. Autre point de similitude entre les deux candidats est le fait de miser sur le nucléaire. Pour Le Pen, il s’agit « d’une priorité absolue » en vue de garantir l’indépendance énergétique de la France. Les deux impétrants promettent également de lancer des réacteurs nucléaires de nouvelle génération (EPR) et de démanteler toutes les éoliennes terrestres et maritimes.
Défense. Zemmour et Le Pen souhaitent que Paris sorte du commandement intégré de l’Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN).
*Deux candidats, deux positions divergentes :
Réforme des retraites. La cheffe du Rassemblement national (RN) a conservé un totem de la gauche: la retraite à 60 ans, qui figure également dans le programme de la France insoumise (LFI).
Marine Le Pen préconise un système progressif de départ: la retraite à 60 ans avec 40 annuités serait réservée aux Français entrés dans la vie active avant l'âge de 20 ans. Ceux ayant démarré entre 20 et 24,5 ans pourraient partir entre "60,75 et 62 ans".
Zemmour, pour sa part, prône un report à 64 ans d’ici 2030, ce qui permettra « 20 milliards d'euros d'économies ». L'âge sera « modulé » pour ceux ayant commencé « à travailler tôt et ceux qui ont des métiers difficiles ».
Nationalisation des autoroutes.
Dans une interview donnée au Figaro en septembre 2021, la candidate du Rassemblement national promet, si elle est élue, de nationaliser les autoroutes car, selon elle, cela permettrait de faire baisser de 10 à 15% le coût des péages pour les usagers et rapporterait 1,5 milliard d’euros par an à l’Etat.
Côté Zemmour, il s’agit d’une mesure « inutilement coûteuse ». Selon lui, la nationalisation « va coûter au moins 25 milliards d'euros aux Français ».
Fiscalité. La présidente du Rassemblement national veut supprimer l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) créé par Emmanuel Macron en 2018 en remplacement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Elle souhaite instaurer, à la place, un «impôt sur la fortune financière» (IFF), qui aura les «mêmes taux et les mêmes seuils que l'ancien ISF, mais d'où sera exonérée la résidence principale. Tandis que le chef de Reconquête s’oppose ouvertement au rétablissement de l’ISF. Il envisage de modifier le calcul de l’impôt sur la fortune (IFI) en exonérant la résidence principale du calcul.
L’arène médiatique. L'omniprésence médiatique d'Eric Zemmour, ancien journaliste au Figaro et chroniqueur sur France 2 et CNews, a fait de lui un potentiel candidat d'extrême droite à l'élection présidentielle. Se dressant ouvertement contre l’immigration, le féminisme ou encore le politiquement correct, le polémiste français a, en quelque sorte, réussi à normaliser ses opinions extrêmes, grâce à l’attention médiatique démesurée dont il bénéficiait.
Face au défilé médiatique du chef de Reconquête, la présidente du RN, soigne minutieusement ses apparitions dans les médias.
Ces dernières sont construites comme de véritables « coups médiatiques » quand il est question de tacler ses détracteurs ou exhiber son aisance et sa pugnacité dans les débats audiovisuels, sinon, elle opte pour une communication a minima quand la situation n’est pas en sa faveur (notamment en cas d’échec électoral…). L’actualité, les fautes et les erreurs de ses adversaires font, par ailleurs, grossir le potentiel de ses électeurs.
Selon Frédéric Says, journaliste au service politique de la rédaction de France Culture, « Pendant que d'autres sèment, elle (Marine Le Pen) attend la moisson. Et puis cela lui évite de parler des tambouilles internes et des casseroles judiciaires ».