AA/ N'djamena/ Mahamat Ramadane
Les écoles primaires et les lycées de N'djamena, abritant les examens du Certificat d'études primaires élémentaires (CEPET) se sont montrés mardi, fort semblables à des casernes, faisant l'objet d'un blocus sécuitaire assez remarquable, a constaté le correspondant de Anadolu, à l'issue d'une tournée dans la ville.
Les élèves des écoles primaires de N’djamena passent les examens du CEPET, depuis mardi, sous haute surveillance militaire et sécuritaire, après les menaces récemment proférées par Boko Haram (groupe armé nigérian), contre le Tchad, pour sa participation à la coalition militaire contre les "actions terroristes" du groupe djihadiste.
En ce premier jour "décisif" pour l'ensemble des élèves candidats, du côté du 8e arrondissement de la capitale tchadienne, plus précisément, à l'école SOS village, le temps était à une grande prudence. Le nombre des responsables venus lancer officiellement les examens était très limité (moins d’une dizaine) et les élèves se montraient effrayés. Ceux sollicités par des journalistes pour des témoignages, étaient interdits de s’exprimer par les agents de sécurité qui leur ordonnaient de rejoindre "rapidement leurs salles".
L’ambiance était néanmoins un peu moins tendue du côté du lycée de de N'Djari, dans le même arrondissement. Ahmat Abdoulaye, un jeune homme de 20 ans, attendant impatiemment ses deux petits frères, en train de passer le CEPET n'a pas mâché ses mots en s'exprimant sur la situation: « à notre arrivée, les petits avaient peur, au vu des effectifs sécuritaires assiégeant les lieux. Ils hésitaient à intégrer les salles, éprouvant une certaine panique. Mais, certains policiers ont pris l’initiative de les rassurer », a-t-il affirmé.
A l’entrée du lycée, les badges étaient constamment exigés par les policiers aux surveillants et les parents étaient interdits d’accès. « Aucun droit à l’erreur. Sinon, bonjour les mauvaises surprises », a déclaré un policier qui a requis l’anonymat.
« J'ai vu des policiers fouiller des enseignants munis de leurs badges, est-ce normal ? », questionne Ahmad, ajoutant : « je les ai vus le faire de mes propres yeux, c’est pourquoi je suis là, devant la station d'essence, un peu distant d’eux, je ne veux pas de gênes, ils sont agressifs".
Pour Ahmed, des précautions pour des fins sécuritaires ne peuvent qu’être "salutaires", toutefois, il y a toujours de « bonnes manières pour le faire ».
A côté de lui, une dame, la cinquantaine, a lancé en arabe tchadien : « je suis Haoua Abdel aziz, j'habite au quartier "Amriguébé", pas loin d’ici, je suis venue accompagner ma fille Fatima Zara pour le CEPET. Je comptais pas rester au départ, mais au vu de l’ambiance ici, j’ai préféré l’attendre ».
Au sixième arrondissement, dans le quartier de Paris-congo, à l'école primaire, l'ambiance était plutôt détendue et l'entrée était gardée par deux agents de sécurité privés. Ces derniers se montriaent coopératifs et discutaient avec les journalistes et les parents, à l'entrée. L'un d’entre eux, exigeant l’anonymat, a interrogé ses vis-à-vis : «pourquoi, vous, journalistes, semblez ignorer les menaces qui pèsent sur les élèves. Vous êtes au courant, je suppose, du cas nigérian (enlèvement de 230 filles par le groupe armé Boko Hram, ndlr) ? »
Après un temps d'arrêt, il a égrèné: « nous avons reçu des consignes et nous les appliquons. Nous n’inventons rien ».