AA/ Katanga/ Héritier Maila
Plus de 1000 morts ainsi que 45.130 déplacés ont été enregistrés, depuis fin 2013, dans le conflit qui oppose, les populations pygmées et bantous dans la Province du Katanga (Sud-Est de la RD Congo), a révélé l'Organisation des Nations-Unies (ONU).
Dans son rapport sur la situation humanitaire dans la province du Katanga, le bureau de coordination des affaires Humanitaires de l’ONU (OCHA), section du Katanga, a révélé que le conflit, qui oppose les deux ethnies pygmées et bantous, est à l'origine de la situation difficile que vivent les nombreux déplacés dans les territoires de Kalemie, Malemba Nkulu, Manono et Mitwaba, tous dans la Province du Katanga.
"Plusieurs morts sont déjà enregistrés, on ne peut pas donner le nombre exact des décès parce que nous n’avons pas accès dans les zones des conflits, mais il y a eu plus de mille morts. Suite aux mauvaises conditions de vie, 16.500 cas de rougeole étaient enregistrés et 2.360 cas de choléra" confie à Anadolu Seydou Amani, chef du sous bureau d’OCHA Katanga.
Depuis plusieurs mois, les deux ethnies sont en confrontation quasi-continue, se traduisant souvent par des pertes humaines. Les pygmées, peuple autochtone de cette zone, évoquent des discriminations exercée à leur égard par les bantous, tant à l'échelle administrative que sociale.
« Si nous parlons de bantous et de pygmées comme de personnes humaines, ils doivent jouir des mêmes droits. Les pygmées sont frustrés, ils sont souvent marginalisés car ils n’ont pas droits d’habiter là où il y a les bantous, ils ne peuvent pas acheter des parcelles en dehors de la forêt et mêmes leurs champs sont aussi envahis par les bantous, voilà les causes du problème », confie à Anadolu Kalunga Mawazo, président de l'association des pygmées, "Dynamique des peuples autochtones".
"L’opinion a toujours tendances à croire que ce sont les bantous qui agressent très souvent les pygmées, mais c’est l’inverse. Les bantous ne font que riposter et résister" réfutait de son côté, François Kazembe, administrateur du territoire de Manono dans le Nord-Katanga, dans une ancienne déclaration à Anadolu.
« Nous ne comprenons pas le silence de notre gouvernement face à cette catastrophe car les villages entiers dans cette partie du Katanga sont vides et d’autres sont incendiés soit par les bantous soit par les pygmées. Pourquoi on cherche rapidement des solutions pour les conflits du Kivu [Nord-Est de la RDC où sévissent des groupes armés, ndlr] et on oublie le Nord Katanga ?», poursuit de son côté Mawazo.
A travers son service de communication Lubumbashi, la Mission onusienne en RDC (Monusco) s'est dite "préoccupée" par la situation et promet déjà "de se préparer, bientôt, pour le déploiement de quelques éléments dans le Nord Katanga", sans donner plus de précisions à Anadolu.
Même promesse enregistrée de la part du Gouvernement central qui se prépare également à envoyer sur place une délégation ministérielle pour aider à la résolution de ce conflit, selon des sources officielles. Les autorités locales du Katanga, ne sont pas en reste pour établir une cohabitation pacifique entre les deux peuples.
« Il faut qu’on arrive à organiser une conférence qui va réunir les notables bantous et pygmées, à Manono ou Nyunzu. La survie de leur communauté et le développement de leurs entités ne peuvent se faire qu’avec une cohabitation pacifique. Nous n’avons jamais oublié ce conflit, ça fait partie de nos priorités», a déclaré à Anadolu Juvénal Kitungwa, Ministre provincial de l’Intérieur au retour d’une mission dans le Nord-Katanga.