AA/Butembo (RDC)/Fiston Mahamba Larousse
En proie à l'insécurité, banditisme, et la machette de Damoclès des rebelles ougandais des Forces Démocratiques Alliées (ADF), les habitants de la ville de Mutembo (Nord-Kivu, Nord-Est de la RDC) se sont mis, par leur propres moyens, en ordre de bataille, devant "l'insuffisance" de la présence étatique.
Depuis 10 mois, plus de 300 civils ont perdu la vie dans des massacres imputés aux extrémistes ADF, en territoire de Beni, sans compter les enlèvements et autres actes de violence.
Face à cette recrudescence de l’insécurité, des "groupes d’auto-défense populaires" ont vu le jour dans la ville commerciale de Butembo, située à 54 kilomètres au sud de Beni.
De simples structures associatives participant, collectivement, au développement de leur ville, par des actions diverses (aménagements, nettoyage), sont devenues des mouvements regroupent désormais des Butembois, reconvertis en "justiciers".
«Nous avons pour mission l’auto-prise en charge en matière sécuritaire, nous avons opté pour cela devant l’incapacité de la police et de l’armée congolaises à accomplir leur mission régalienne qui consiste à sécuriser la population et ses biens» déclare sans ambages Tembos Yotama, président de la Veranda Mutsanga, un groupe d’autodéfense populaire actif dans la zone urbaine de Mutsanga, à côté d'une demie douzaine d'autres groupes actifs dans cette ville, capitale commerciale du Nord-Kivu.
«Nous ne sommes pas venus remplacer la police ou l’armée, se presse-t-il toutefois de nuancer, mais nous suppléons au déficit constaté dans la protection de personnes et de leurs propriétés par les services de sécurité» a-t-il soutenu.
Contacté par Anadolu, Godefroid Mathimbya, maire adjoint de la ville de Butembo, dit reconnaitre le déficit constaté dans le déploiement des forces de sécurité, en l'imputant aux nombreux défis qu'affrontent les forces de l'ordre et de sécurité dans des zones où sévissent, parfois, des dizaines de groupes armés.
La Veranda Mutsanga, qui regroupe une centaine de membres, recentre principalement ses interventions sur cinq quartiers (Mutiri, Kimbulu, Wayene, Kamesimbozo et Kalemire) sur les neufs que compte la commune de Bulengera dans la partie Nord-Est de cette ville, frontalière avec le territoire de Beni.
«Nous avons remarqué que lorsque les bandits faisaient une incursion dans un quartier, les habitants faisaient spontanément des tapages sur des bidons, des coups de sifflet, des patrouilles dans les quartiers.Cela nous a motivé à les réunir, les organiser pour leur propre sécurisation » précise Yotama.
Pourtant, la Veranda Mutsanga et les autres groupes d’auto-défense sont pour la plupart étouffés par les autorités locales, les accusant d’entretenir des milices urbaines.
A cette accusation Tembos Yotama répond «nous prônons la non violence et nous sommes un groupe citoyen non armé, qui essaie de se prendre en charge en matière sécuritaire et en développement local. Les autorités au lieu de se solidariser avec nous, elles nous engouffrent car nous nous sommes déjà attirer la sympathie de la population qui voit dans nos actions du réalisme.»
« Pour une action communautaire, nous utilisons une diversité d’outils de communication pour atteindre toutes les couches: la parole de bouche à oreille, un tableau géant posté devant notre siège reprend l’essentiel de la communication, l’internet à travers les réseaux sociaux, des banderoles, des dépliants et ici récemment Veranda-Magazine, notre journal.»
Pour mener à bien leur mission, les membres de la Veranda Mutsanga ont adopté des stratégies similaires à celles de services spécialisés en matière de renseignement. Ils se réunissent chaque soir à leur siège de fortune.
«Ces rencontres quotidiennes sont consacrées à la revue générale de la situation sécuritaire dans les quartiers, la commune mais aussi la ville et nous permettent de planifier des actions éventuelles pour contrer les malfrats avant qu’ils concrétisent leur plan » témoigne à Anadolu, Neema, jeune élève fille et membre actif de la Veranda Mutsanga.
Ensuite, les renseignements obtenus des membres et d’autres habitants de ce milieu qui viennent parfois assister aux rencontres vespérales de ce groupe d’autodéfense, sont vérifiés par un département secret interne à cette structure baptisée "Cellule antiterroriste".
«Nous envoyons nos équipes pour s’encquérir de la véracité des renseignements fournis par les membres. Après confirmation, la cellule antiterroriste, met en place des stratégies d’intervention. Nous faisons des descentes en grand nombre armés de coups de bâtons ou de machette» souffle sous anonymat un membre de ce département qui a conduit cette structure à réaliser à son actif plusieurs succès dont l’arrestations de voleurs en main armée ou le démantèlement des criminels, dont le plus récent est l’arrestation d’un réseau des bandits organisant de kidnapping d’opérateurs économiques, lit-on dans l’un des rapports de la Veranda Mutsanga.
"Pour les ADF, les patrouilles nocturnes ont pour objectif de barrer la route à une éventuelle attaque, depuis que des tracts ont annoncé leur venue à Butembo. Mais jusqu'à présent nous n'a jamais été attaquée par ces rebelles, mais nous demeurons en état d'alerte." déclare Tembos Yotama.
Jadis opposée aux actions de ces groupes citoyens, la police a plutôt choisi d’approcher ceux-ci. Le commandant urbain de forces de l’ordre de la ville de Butembo, le commissaire Richard Mbambi attribue ce rapprochement à la nouvelle mission que s’est assignée la police congolaise, appelée à devenir une police de proximité.
«Avec le nouveau commandant de la police, nos équipes se font infiltrées par des policiers en tenue civile lorsqu’on se rend compte que le groupe des inciviques est dangereux. Cela nous a permis de mettre récemment la main sur les kidnappeurs qui ensuite étaient déférés devant la justice» conclut Tembos Yotama.