Politique

Procès de l’attentat contre Samuel Paty : une semaine marquée par des incidents

- Deux magistrates ont récusées et Hassen Chalghoumi a été évacué par les pompiers après que les avocats de la défense ont évoqué une vidéo dans laquelle il tient des propos controversés, loin de sa posture médiatique.

Feiza Ben Mohamed  | 19.02.2026 - Mıse À Jour : 19.02.2026
Procès de l’attentat contre Samuel Paty : une semaine marquée par des incidents

Provence-Alpes-Cote d Azur

AA/Nice/Feïza Ben Mohamed

La semaine écoulée a été particulièrement mouvementée devant la Cour d’assises spéciale de Paris, où se tient depuis le 26 janvier le procès en appel de l’attentat terroriste qui a coûté la vie à Samuel Paty en octobre 2020. À l’approche du délibéré, attendu vendredi 27 février, le climat s’est nettement tendu, rythmé par une succession d’incidents venus perturber le déroulement des débats.

Une récusation inédite fragilise la sérénité des débats

Dès le début de la semaine, un événement rare est venu marquer les audiences. À la demande des avocats de Brahim Chnina, la présidente de la Cour a accepté de récuser deux magistrates (l’une titulaire, l’autre suppléante) pour défaut d’impartialité. Une décision exceptionnelle pour une juridiction spéciale.

Selon des éléments recueillis par l’agence Anadolu, cette décision fait suite à l’audition à huis clos de la fille de Brahim Chnina. Lors de cet interrogatoire, les deux magistrates auraient formulé des questions laissant transparaître une opinion préconçue sur les faits.

Pour rappel, la jeune fille, âgée de 14 ans au moment des faits, est à l’origine des accusations ayant visé Samuel Paty. L’enquête a cependant établi qu’elle n’avait pas assisté au cours incriminé et qu’elle avait menti à ses parents en affirmant avoir été victime de discrimination.

Face à ces éléments, les avocats Me Franck Berton et Me Louise Tort, soutenus par la défense d’Abdelhakim Sefrioui, ont obtenu la récusation des deux magistrates. Une décision lourde de conséquences pour la suite des débats, le procès se poursuivant désormais dans un équilibre plus fragile : l’absence d’un magistrat suppléant pourrait en effet entraîner un ajournement pur et simple de la procédure si un titulaire venait à s’absenter.

Le témoignage d’Hassen Chalghoumi interrompu par un malaise

Après un retour relatif au calme, l’audience de mardi a été marquée par l’intervention d’Hassen Chalghoumi, souvent présenté comme ancien imam de Drancy. Son témoignage, très attendu, a rapidement ravivé les tensions.

Connu pour ses positions publiques tranchées, notamment en faveur de l’État israélien, le témoin a réitéré à la barre des accusations graves à l’encontre d’Abdelhakim Sefrioui, militant pro-palestinien également jugé dans ce dossier. Il a décrit ce dernier comme un individu dangereux, évoquant plusieurs différends personnels pour étayer ses propos.

Pendant son témoignage, la Cour a décidé de suspendre l’audience afin d’examiner une vidéo d’Hassen Chalghoumi que la défense souhaitait verser au dossier. Dans cette séquence, consultée par Anadolu, le témoin apparaît dans un registre radicalement différent de celui adopté à la barre, tenant des propos controversés susceptibles, s’ils étaient prononcés aujourd’hui, d’entraîner des poursuites judiciaires.

Mais à la reprise de l’audience, coup de théâtre : Hassen Chalghoumi ne s’est pas représenté à la barre. Victime d’un malaise, il a dû être pris en charge et évacué par les services de secours, interrompant de facto son témoignage et empêchant la défense de poursuivre son contre-interrogatoire.

Un procès aux enjeux majeurs

Ce procès en appel s’inscrit dans la continuité d’une première instance au cours de laquelle huit accusés avaient été jugés pour leur implication présumée dans l’attentat.

Parmi eux, Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud, deux anciens proches de l’assaillant Abdoullakh Anzorov, avaient été condamnés à 16 ans de réclusion criminelle pour complicité d’assassinat terroriste. Cette qualification avait pourtant été balayée par le parquet dans ses réquisitions finales, illustrant la complexité juridique du dossier.

Brahim Chnina, père de la collégienne à l’origine de la polémique, avait quant à lui écopé de 13 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste. Il avait diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo accusant Samuel Paty de discrimination, contribuant ainsi à l’emballement ayant précédé l’attentat.

De son côté, Abdelhakim Sefrioui avait publié une vidéo qualifiant l’enseignant de « voyou ». Toutefois, l’enquête n’a jamais permis d’établir un lien direct entre cette publication et le passage à l’acte du terroriste.

Une fin de procès sous tension

À mesure que le verdict approche, les audiences se déroulent dans une atmosphère de plus en plus électrique, où chaque incident vient rappeler la sensibilité extrême de ce dossier. Entre enjeux judiciaires, émotion toujours vive et débats parfois heurtés, la Cour devra désormais trancher dans un contexte déjà très particulier.

Le délibéré attendu en fin de semaine pourrait ainsi marquer l’ultime étape d’un procès hors norme, au cœur des enjeux contemporains liés au militantisme et à la liberté d’expression.

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