Uğur Çil,Nur Asena GÜLSOY
23 Août 2017•Mise à jour: 23 Août 2017
AA – Ankara
Plusieurs pays s'opposent à la décision de référendum d'indépendance de l'Administration régionale kurde d'Irak (IKBY).
Lors d'une réunion tenue le 7 juin dernier entre le président Masoud Barzani et des représentants des partis politiques à Erbil, l'IKBY a annoncé sa volonté d'organiser un référendum pour l'indépendance, le 25 septembre.
Plusieurs pays, notamment de l'Occident, ont néanmoins désapprouvé cette décision. Seul Israël a fait l'exception.
Le gouvernement central irakien a été le premier à afficher son opposition à la décision.
Le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi a en effet estimé que «le référendum approfondira davantage le problème, au lieu de le résoudre».
Pour al-Abadi, chaque peuple a des objectifs et des espoirs, ce qu'il faut d'ailleurs respecter, «et les frères kurdes en ont aussi, mais le peuple irakien entier vit sur un seul territoire».
Le chef du gouvernement a noté que le référendum n'est pas «une décision constitutionnelle», car «l'IKBY est une partie de l'Irak, les Kurdes sont des citoyens irakiens au premier degré et cela restera ainsi».
D'après al-Abadi, les pays voisins «qui souffrent déjà de sérieux problèmes» considèreront ce référendum et son résultat comme «une menace contre leur sécurité nationale».
Pour sa part, le ministre irakien des Affaires étrangères, Ibrahim al-Jaafari a rappelé qu'aucun pays étranger n'a déclaré soutenir officiellement la décision de référendum.
Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Bahram Qasimi a réagi contre la décision, affirmant que son pays «soutient clairement l'intégrité territoriale et l'unité nationale de l'Irak».
Pour Qasimi, la décision unilatérale de l'IKBY ne convient ni aux lois nationales, dont la Constitution irakienne, ni à la solidarité nationale. En outre, dit-il, elle provoquera l'instabilité et de nouvelles crises en Irak.
«L'Irak uni, stable et libre assurera les intérêts de divers groupes ethniques et confessions dans le pays, a-t-il estimé. L'Irak a davantage besoin d'une telle solidarité nationale, maintenant. Les différends entre Bagdad et Erbil doivent être résolus à l'aide de négociations basées sur des lois», a-t-il estimé.
L'Union européenne (UE) s'est elle aussi opposée à la démarche, soutenant «l'intégrité territoriale de l'Irak», et affirmant que «les parties doivent éviter les démarches unilatérales et résoudre les problèmes dans le cadre de la Constitution, par le dialogue».
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel avait lui aussi averti l'IKBY à l'égard de sa décision, car «risquer l'intégrité de l'Irak et se mettre à redessiner les frontières n'est pas une bonne démarche».
En outre, l'administration américaine a insisté sur le fait que «la lutte contre Daech, la stabilité régionale, le retour des personnes déplacées et les crises économiques» sont les priorités dans la région et que le référendum doit donc être reporté sine die.
Lors d'une interview télévisée, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a reconnu pour sa part «les revendications du peuple kurde qui s'exprime justement à travers cette démarche», mais a fait remarquer que «les résultats dépasseront le pays et affecteront les voisins aussi».
Le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan s'est lui aussi opposé au référendum.
«L'administration de l'Irak du Nord regrettera beaucoup cette décision, après, a-t-il affirmé. Car Barzani et l'administration régionale ne sont pas prêts pour une telle démarche allant à l'encontre de l'intégrité territoriale du pays.»
Qualifiant d' «irresponsable» la décision, le Premier ministre turc, Binali Yildirim a redouté «de nouveaux problèmes qu'engendrera la démarche».
Pour le ministère turc des Affaires étrangères, c'est une «erreur grave» et «le maintien de l'intégrité territoriale et politique de l'Irak est l'un des principes de la politique d'Ankara en Irak».
Israël a été le seul pays à soutenir la décision de l'IKBY: Le Premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou a ainsi affirmé que «les Kurdes sont courageux, pro-Occident et partagent les mêmes valeurs que les Israéliens».
Malgré les réactions, l'IKBY ne revient pas sur sa décision.
La Commission Supérieure électorale et référendaire de l'IKBY a annoncé, la semaine dernière, l'approbation de la date fixée pour le référendum.