AA/ Ouagadougou/ Boukary Oudréaogo
Zéphirin Diabre, président de l'Union pour le Changement (UPC-opposition) et véritable chef de file de l'opposition burkinabè, a déclaré dans une interview accordée à Anadolu, que "le Burkina Faso n'est pas malade de l'article 37" et que le pays ne dépensera pas de l'argent pour organiser un référendum dans lequel, seul le Président Blaise Compaoré, au pouvoir depuis 1987, trouvera son intérêt.
La modification de l'article 37 de la Constitution, par le moyen d'un référendum dont la tenue divise les forces politiques en présence au Burkina Faso, déverrouillera la limitation de deux mandats présidentiels et permettrait au Président burkinabè, dont le second mandat depuis l'instauration de cette limitation arrive à son terme en novembre 2015, de se représenter à la prochaine élection présidentielle.
AA/ Le parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) n’est pas resté sans initiative. Il prévoit en effet un meeting de soutien pour la tenue du référendum le 21 juin prochain à Ouagadougou au stade du 4-Août. Cette contre-offensive du CDP ne rend-t-elle pas la tâche difficile à l’opposition politique dans sa lutte contre le référendum ?
ZD/ Non, parce que ce qui est important, c’est que le meeting du CDP n’est pas le meeting des habitants de Ouagadougou. C’est le meeting des habitants des provinces, de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. On dit que des délégations entières sont déjà préparées pour venir. Nous allons dans une ville et nous nous adressons aux habitants de la ville. Cela n’empêche pas d’autres personnes d’autres localités de venir, mais on s’adresse d’abord aux habitants de la ville. Chez nous au stade du 4-Août, ce sont les Ouagalais (ndlr : appellation des habitants de Ouagadougou) qui sont sortis. L’opposition n’a affecté aucun car pour amener les gens de Gombousgou ou de Dori, ni de Ouahigouya ou Kaya. Or, il semble que le CDP est en train de faire cette mise en œuvre. Et ce n’est que par cette manière qu’ils peuvent remplir le stade. C'est-à-dire qu’il est conscient et reconnait que dans la zone de Ouagadougou, l’opinion ne lui suit pas.
AA/ Le parti au pouvoir entend, tout comme l’opposition, remplir le stade du 4-Août. S’il y parvenait, ne serait-il pas la preuve qu’il faut aller au référendum et départager le peuple?
ZD/ On n’en est pas encore là. Nous ne savons pas s’ils vont le remplir ou pas. Mais, là n’est pas la question. Nous sommes sur une position de principe qui est l’inopportunité du référendum. Actuellement, on n’est pas en train de faire un débat de oui ou de non. Pour nous, la question est de savoir s’il faut remettre en cause la limitation des mandats présidentiels qui a été arrachée dans un consensus dans une période douloureuse de notre pays. D’autant plus que cela ne gène personne. Est-ce qu’il faut remettre ça en cause, alors que c’est un aspect qui permet à la démocratie d’avancer. On n’empêche pas le CDP d’avoir un autre candidat. Le CDP peut avoir un autre candidat que celui qui est interdit pas la Constitution. Ce candidat peut briguer la magistrature suprême et l’avoir et être le nouveau président du pays. On ne voit pas l’opportunité de dépenser de l’argent pour organiser un référendum pour un seul individu. Le Burkina Faso n’est pas malade de l’article 37. C’est une seule personne qui est malade de l’article 37. Quand on a adopté la Constitution en 1991 par référendum, est-ce que vous avez entendu quelqu’un s’opposer ? Non ! Parce que tout le monde voulait qu’on ait ce débat autour d’une constitution. Il y avait même consensus sur l’idée du référendum. Pour faire un référendum, il faut qu’il y ait d’abord consensus sur l’idée. Les Suisses ont fait un référendum sur l’instauration ou non d’un salaire minimum récemment parce que tout les Suisses étaient d’accord qu’il fallait trancher cette question, une fois pour toutes afin qu’on sache à quoi s’en tenir après. Mais ici, l’opportunité du référendum même cause problème.
AA/ De plus en plus, on voit que l’opposition est unie. Est-ce qu’on peut par exemple s’attendre à une candidature unique pour la présidentielle de 2015 ?
ZD/ Mais pourquoi voulez-vous que dans une opposition il y ait forcement une candidature unique ? On est des partis différents et divers avec des obédiences qui divergent sur le plan idéologique avec des ambitions différentes et diverses. On ne peut pas empêcher quelqu’un de l’opposition d’être candidat s’il pense qu’il peut apporter quelque chose à son pays. On n’est pas pour ce registre. On est ensemble pour une cause commune. Mais qui dit que dans deux ou trois ans, on ne sera pas dans des camps opposés ? L’essentiel pour nous est que sur ces questions qui nous rassemblent, on puisse faire en sorte que le pourvoir ne puisse pas aller de l’avant. Mais après, chaque parti va devoir continuer à tracer son sillon. C’est ça aussi la démocratie. Les gens ont créé des partis, ce n’est pas pour s’amuser ou pour aider les autres, ils ont créé les partis pour conquérir et exercer le pouvoir par eux-mêmes.
AA/ Dans le cadre de la campagne contre le référendum, l’opposition politique a rencontré les premiers responsables de l’Union européenne et de l’Union africaine. Quelles étaient leurs positions ?
ZD/ Ils n’ont pas affirmé leur position. On leur a simplement demandé d’écouter notre argument. Ils n’ont pas à prendre position ouvertement dans un débat national. C’était surtout pour aller expliquer nos arguments car nous savons que le camp d’en face ferra aussi la même chose. De ce point de vue, la mission était bien appréciée.