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Modi en Israël : enjeux majeurs et perspectives de la visite

- Défense, commerce et diplomatie au cœur de l’agenda pour le deuxième voyage du Premier ministre indien en Israël

Rabia Ali  | 25.02.2026 - Mıse À Jour : 25.02.2026
Modi en Israël : enjeux majeurs et perspectives de la visite

Istanbul

AA / Istanbul / Rabia Ali

Le Premier ministre indien Narendra Modi effectue une visite de deux jours en Israël à un moment de tensions régionales accrues et de réalignements géopolitiques, soulignant un partenariat que les analystes estiment être passé d’un engagement prudent à une relation stratégique multidimensionnelle.

Cette visite marque le deuxième déplacement de Modi en Israël, après son voyage historique en 2017, qui fut la première visite d’un Premier ministre indien dans le pays. Il rencontrera le Premier ministre Benjamin Netanyahu ainsi que d’autres dirigeants de haut rang et prononcera un discours devant la Knesset.

Les observateurs soulignent que la visite met en lumière l’expansion progressive des liens entre l’Inde et Israël au cours des trois dernières décennies, couvrant désormais la coopération en matière de défense, l’agriculture, la gestion de l’eau et les technologies de pointe.

« Il existe une relation diplomatique, politique et économique très solide entre les deux pays. Il est probable que cette visite renforcera encore davantage cet engagement bilatéral », a déclaré Muddassir Quamar, professeur associé à l’École des études internationales de l’Université Jawaharlal Nehru.

La coopération en matière de défense devrait dominer les discussions, reflétant le rôle d’Israël comme fournisseur clé de technologies militaires avancées pour l’Inde.

Entre 2020 et 2024, l’Inde représentait 34 % des exportations israéliennes dans le domaine de la défense, selon les données de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).

Les médias indiens rapportent que New Delhi s’intéresse au développement conjoint de systèmes de défense antimissile balistique, d’armes laser, de missiles de longue portée et de drones.

L’intérêt marqué de l’Inde pour la technologie antimissile profite également à Israël, qui cherche à développer de nouveaux marchés dans ce domaine, a déclaré Ryan Bohl, analyste principal Moyen-Orient et Afrique du Nord pour le RANE Network.

« Un accord avec l’Inde permettrait à Israël d’augmenter la production de systèmes tels que l’Arrow 2 et l’Arrow 3 », a-t-il ajouté.

Au-delà de la défense, les échanges commerciaux entre les deux pays ont régulièrement augmenté.

Le commerce bilatéral a atteint près de 4 milliards de dollars en 2024, et les deux parties ont récemment signé un accord bilatéral d’investissement. Avant la visite de Modi, les négociateurs ont également lancé le premier cycle de discussions en vue d’un accord de libre-échange.

Les experts estiment qu’un tel accord pourrait renforcer la coopération dans les domaines de l’agriculture, de la gestion de l’eau, du traitement des déchets et des technologies de dessalement. La coopération dans l’intelligence artificielle, les technologies quantiques et la cybersécurité devrait également être au centre des discussions.

« L’Inde l’a fait ces dernières années avec plusieurs pays. Elle a signé des accords avec les Émirats, Oman et l’Union Européenne, et est en discussions avec le CCG (Conseil de coopération du Golfe) », a précisé Quamar.

Iran et Palestine

Les analystes estiment que l’Iran sera également abordé lors des discussions, étant donné les liens historiques de l’Inde avec Téhéran et ses investissements stratégiques, notamment le projet du port de Chabahar.

« L’Iran est un pays important. Il fait partie du voisinage élargi de l’Inde et les relations ont toujours été bonnes. L’Inde achetait beaucoup de pétrole à l’Iran », a déclaré Quamar.

« L’Inde préférerait une solution diplomatique pacifique et négociée pour la question nucléaire iranienne, mais prendra certainement en compte le point de vue israélien. »

Concernant la Palestine, Quamar a souligné que New Delhi a progressivement « séparé » son engagement avec Israël de celui avec les Palestiniens au cours de la dernière décennie.

« Sa position conventionnelle reste la même, elle soutient la création d’un État palestinien et la solution à deux États. Mais cela ne signifie pas que l’engagement de l’Inde avec Israël dépendra des résultats du processus. »

Les discussions pourraient inclure les efforts pour un cessez-le-feu à Gaza et des initiatives de paix plus larges.

« Il peut y avoir des discussions sur les progrès du plan de paix de Donald Trump », a-t-il précisé, notant que l’Inde avait été invitée à participer au Conseil de la paix du président américain, en tant qu’observateur lors de la première réunion, sans adhérer officiellement.

Alliances et diplomatie régionale

La collaboration Inde-Israël dans des initiatives multilatérales telles que le groupe I2U2, comprenant l’Inde, Israël, les Émirats et les États-Unis, et le Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEEC) figurera également à l’agenda, selon Quamar.

Lors d’une réunion de Cabinet dimanche dernier, Netanyahu a évoqué l’intention d’Israël de « créer un système complet, essentiellement une sorte d’hexagone d’alliances, autour ou au sein du Moyen-Orient », selon The Times of Israel.

Il a cité l’Inde, la Grèce, l’Administration chypriote grecque et plusieurs pays arabes, africains et asiatiques comme partenaires potentiels.

Selon les analystes, la position de l’Inde reste ancrée dans son autonomie stratégique.

« En ce qui concerne le Moyen-Orient, que ce soit Israël, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iran ou les Émirats, lorsque surviennent des crises et tensions entre acteurs régionaux, l’Inde s’est abstenue de prendre parti », a expliqué Quamar.

« Elle a poursuivi un engagement bilatéral basé sur ses intérêts. »

Selon Bohl, Israël souhaiterait intégrer l’Inde dans un alignement géopolitique plus large.

« L’Inde n’a aucun intérêt… donc Israël vise une relation que je ne pense pas que l’Inde soit prête à offrir », a-t-il ajouté.

Enjeu politique pour Netanyahu

Les analystes estiment que la visite revêt également une importance politique pour Netanyahu, confronté à des pressions internes et à des revers diplomatiques internationaux.

« Cela montre qu’Israël n’est pas complètement isolé des grandes puissances, et c’est un élément important du discours de Netanyahu auprès du public avant les élections d’octobre », a déclaré Bohl.

L’ancien diplomate israélien Alon Liel a souligné qu’Israël avait « beaucoup perdu de son influence internationale au cours des deux dernières années et demie », notamment en raison de revers avec les alliés occidentaux et de la reconnaissance de la Palestine par plusieurs pays.

« Puisqu’Israël est assez isolé maintenant… cela peut être présenté par Netanyahu comme un grand succès diplomatique », a-t-il conclu.

*Traduit de l'anglais par Ayse Bashoruz

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