Meurtre d'Ibrahim Ali: Marseille commémore le lycéen comorien assassiné par des militants d’extrême droite
- Le 21 février 1995, Ibrahim Ali, 17 ans, a été tué à Marseille par des militants du FN, (actuel RN)
Istanbul
AA/Istanbul/Sanaa Amir
Le 21 février 2026 marque la commémoration d’Ibrahim Ali, jeune Comorien de 17 ans, abattu le 21 février 1995 à Marseille par des militants du Front national, aujourd’hui RN. Marseille continue de se souvenir de cet événement 31 ans plus tard.
Le meurtre d’Ibrahim Ali
Le 21 février 1995, Ibrahim Ali, 17 ans, lycéen marseillais d’origine comorienne, est tué par balle avenue des Aygalades, dans le 15ᵉ arrondissement. Touché dans le dos lors d’une fusillade impliquant des militants d’extrême droite, son décès provoque une vive émotion dans la ville.
Ibrahim marchait avec des amis, membres du groupe de rap B. Vice, après une répétition pour un concert de soutien associatif. Au carrefour des Quatre-Chemins, le groupe croise trois militants du Front national occupés à coller des affiches. Armés d’un fusil 22 long rifle et d’un pistolet 7.65, ils ouvrent le feu et tirent neuf coups.
Ibrahim s’effondre et prononce ses derniers mots : « Ils m’ont eu. » Il meurt quelques minutes plus tard dans l’ambulance, des suites de « lésions hautement hémorragiques, en particulier une plaie de l’aorte et une transfixion du cœur ».
Réaction au meurtre
Le drame déclenche une mobilisation importante : entre 10 000 et 15 000 personnes, menées par la communauté comorienne, manifestent pour réclamer « justice face à ce crime raciste ».
A l'époque, Jean-Marie Le Pen ironise sur la présence des Comoriens à Marseille, déclarant : « Au moins, ce malheureux incident a attiré l’attention générale sur la présence à Marseille de 50 000 Comoriens. Que font-ils là ? »
Justice
Les auteurs de ce crime, Robert Lagier, 65 ans, Mario D’Ambrosio, maçon de 43 ans, et Pierre Giglio, 33 ans, sont jugés devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence. À l’audience, ils affirment ne pas avoir « voulu tuer » mais seulement « intimider », version contestée par le lieutenant Serge de Cesare.
Plusieurs responsables frontistes invoquent la « légitime défense », tandis que Bruno Mégret présente les accusés comme « trois Français qui méritent le respect et qui consacrent une partie de leur existence aux autres, à l’amour de leur pays et à la défense de leur peuple ». Les trois accusés ont été respectivement condamnés à 15, 10 et 2 ans de prison.
Une avenue et un prix Ibrahim Ali
En 2021, l’avenue Ibrahim-Ali a été inaugurée par le maire socialiste Benoît Payan, vingt-six ans après que son prédécesseur, Jean-Claude Gaudin, maire LR de 1995 à 2020, avait refusé de lui donner ce nom.
De plus, le Prix Ibrahim Ali, créé en 2024, récompense des élèves du primaire pour des actions contre les préjugés et les stéréotypes, en s’appuyant sur l’histoire de Marseille et la mémoire d’Ibrahim Ali. Ce prix vise à sensibiliser les enfants au racisme et aux discriminations et à les faire participer à un parcours éducatif sur ces thématiques.
Crimes similaires
Le meurtre d’Ibrahim Ali n’est pas le premier. Le 1er mai 1995, en marge d’un rassemblement du Front national, Brahim Bouarram, un jeune papa de 29 ans,d’origine marocaine, est poussé dans la Seine par un skinhead et se noie. Parmi les présents figuraient des militants d’extrême droite venus de Reims dans des cars affrétés par le parti lepéniste.
Le 5 juin 2013 à Paris, Clément Méric, étudiant antifasciste de 18 ans, est frappé à mort par des skinheads lors d’une bagarre. L’auteur du coup fatal, Esteban Morillo, et son complice Samuel Dufour appartenaient au groupuscule nationaliste Troisième Voie.
