AA/Tunis/Esma Ben Said
Il règne sur le Liban, cette"ambiance similaire" à celle qui a précédée l'assassinat de Rafic Hariri, a lancé, samedi le Premier ministre libanais Saad Hariri alors qu'il annonçait sa démission, provoquant une véritable onde de choc au Liban.
Le visage serré, Saad a déclaré, d'une manière lapidaire, dans une allocution télévisée retransmise par la chaîne satellitaire Al-Arabiya, "j’annonce ma démission du poste de Premier ministre "
Dénonçant, la mainmise iranienne sur son pays, Hariri qui s'exprimait depuis l'Arabie Saoudite, là où il est né et où son père avait fait fortune, n'a pas caché sa crainte d'avoir le même funeste destin que son père (tué le 14 février 2005 par quatre membres présumés du Hezbollah).
- Saad Hariri, sur les pas du père
Né en 1970, Saad Hariri, licencié en économie de l'université américaine de Georgetown (Washington), et marié à une Syrienne, Lara Bachir Azm, dont la famille avait exercé le pouvoir en Syrie dans les années 1950, a dirigé dans un premier temps la société fondée par son père, et implantée en Arabie Saoudite, « Saudi Oger », qui emploie quelque 35 mille personnes.
C’est à la mort de son père en 2005, qu’il se lancera en politique. Profitant du réseau de son géniteur pour défendre ses intérêts sur la scène mondiale, il dirige aussi le parti de ce dernier, "Tayar el Moustakbel"(Courant du Futur) dès 2005.
Devenant très vite la principale personnalité sunnite du Liban, Saad Hariri, père de trois enfants qui vivent avec leur mère en Arabie Saoudite, prend la tête d’un gouvernement d'union nationale, de novembre 2009 à juin 2011.
Mais après la chute de son gouvernement en 2011, Saad Hariri, qui craignait déjà pour sa vie à l'époque, s’exile en Arabie Saoudite pour "des raisons de sécurité". Il rentre finalement au pays en juin 2016, avec un milliard de dollars octroyé par son " second pays" pour soutenir l’armée libanaise dans sa lutte contre le terrorisme.
A son retour, il est nommé Premier ministre (en décembre 2016), par le président Michel Aoun (lui-même au pouvoir depuis octobre 2016) - le système de partage du pouvoir au Liban entre communautés prévoyant que le poste de chef de l'Etat revient à un chrétien maronite, celui de Premier ministre à un sunnite et celui de président du Parlement à un chiite.
Depuis 22 mois donc, il dirigeait un gouvernement d'union nationale, qui intègre notamment des membres issus du Hezbollah chiite.
Une composition qui a permis au pays de ne pas plonger dans le chaos que connait le pays voisin, la Syrie depuis six années.
Pourtant, celui qui a hérité de l’empire Hariri, et qui fait la quasi-unanimité chez les sunnites qui le considèrent comme un rempart face au Hezbollah (qui représente les chiites et soutenu par l'Iran), craint aujourd’hui pour sa vie.
- L’arsenal d’armes du Hezbollah, objet de la discorde
Pour le Premier ministre libanais démissionnaire, les tentatives de l’Iran "de prendre le Liban en otage" et de lui "imposer une tutelle", après que "Hezbollah ait réussi à imposer un statuquo par la force de ses armes", ne peuvent en effet être nullement tolérés.
Hariri a, accusé l’Iran de "semer la zizanie" et de "causer le chaos dans les pays arabes dans lesquels il s'était ingéré".
"Je voudrais dire à l'Iran et à ses partisans qu'ils seront perdants, et que les mains ayant altéré les pays arabes par le mal seront coupées, et que le mal retournera à son origine", a-t-il d’ailleurs dit.
"J'avais promis d’œuvrer pour l'unité des Libanais, de mettre un terme au clivage politique et de consolider le principe de dissociation (...). Toutefois, les clivages sont là et les intérêts individuels priment sur ceux nationaux", a-t-il poursuivi.
Depuis 2013, Hezbollah combat aux côtés des forces du régime syrien, essuyant des critiques tant au Liban qu'à l'étranger. Seul parti libanais à avoir gardé ses armes après la fin de la guerre civile au Liban (1975-1990), il est soutenu par Téhéran.
Quel sera les répercussions de cette démission, pour celui qui voulait probablement défier le sort ?