AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui avec la contribution de Baba Ahmed
Les déplacées du Sahel africain dont le nombre est passé de 1,6 à 3,5 millions en une année compliquent davantage une situation «explosive» dans cette région du continent, analyse l’expert des questions sahélo-sahariennes, Babacar Justin Ndiaye.
L’instabilité politique et les conflits secouant la région, en particulier la République Centrafricaine (RCA), le nord-est du Nigéria et le Nord-Mali ont provoqué des déplacements à grande échelle. Selon le Bureau régional du Haut Commissariat pour les Réfugiés "HCR", ont été dénombrés 1,4 millions de déplacés au Nigéria, 795 mille au Tchad, 505,918 mille au Mali, 372 mille au Cameroun, 152,994 mille au Niger, 48 mille en Mauritanie, 41,085 mille au Sénégal, 33,140 mille au Burkina Faso et 11,427 en Gambie. Ces chiffres incluent réfugiés et retournés.
« L’impact de ces réfugiés est perçu sur le triple plan politique, sécuritaire et économique», soutient le chroniqueur de divers organes de presse sénégalais, dont Dakaractu.com.
Politiquement, ces réfugiés répartis sur des sites relevant de 9 pays, à savoir, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, la Gambie, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria et le Sénégal (selon l’ONU) provoquent, fait observer l’analyste, des tensions entre les pays d'origne et les pays d’accueil.
Ces tensions trouvent racine, selon lui, dans les directives politiques de certains mouvements armés en conflit avec leurs gouvernements.
De ce point de vue, Ndiaye évoque l’exemple du groupe armé malien, le Mouvement national de libération de l’Azawad « MNLA», dont certains dirigeants, membres et déplacés résident en Mauritanie. D’où le gel au niveau des relations politiques et diplomatiques liant les deux pays.
Sur le plan sécuritaire, l’expert des groupes armés souligne que des combattants se mêlent souvent aux réfugiés. Et la confusion est de la partie dès lors qu'il y a une attaque ciblant le camp adverse, notamment le gouvernement ou le pouvoir en place. Ces attaques sont souvent imputées aux réfugiés, alors qu’elles sont souvent commises par des combattants armés.
Dans la même perspective, le politologue fait observer que les régions frontalières, où sont installés des sites de réfugiés facilitent l’approvisionnement de certains groupes armés en vivres et armes, via des mouvements d'infiltration. Ce qui fait monter d’un cran les tensions et les différends déjà existants entre les pays d’origine et ceux d’accueil.
Les déplacés ou les réfugiés pèsent, de surcroît, lourd sur le plan économique pour les pays d’accueil, généralement pauvres.
C’est que l’explosion démographique générée par ces réfugiés provoque des problèmes alimentaires qui dépassent largement et les moyens des pays hôtes et ceux du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Ce dernier n'a eu de cesse de lancer des cris d’alarmes, quêtant le soutien de la communauté internationale, pour faire-face aux besoins grandissants des réfugiés.
Cette précarité conjuguée à la réalité politique et sécuritaire compliquée du terrain s'avère comme le noyau d' "une bombe à retardement", présage l'analyste.
Les conflits de tous genres secouant la région du Sahel africain ont fait 3,5 millions de déplacés en 2015, selon l’Organisation des Nations unies « ONU ». Le nombre a plus que doublé par rapport à 2014 puisqu'il ne dépassait alors 1,6 million, d’après la même source. Ces déplacés ont été dénombrés dans une région qui abrite des pays parmi les plus pauvres au monde, des pays exposés à l'insécurité alimentaire, à la malnutrition et aux épidémies.
Les violences de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria qui se sont ensuite propagés vers les Etats voisins, tels le Cameroun, le Niger et le Tchad se trouvent, entre autres facteurs, derrière ces mouvements migratoires et déplacements successifs.
L'ONU signale, au demeurant, un grand manque de fonds empêchant de faire face aux besoins de ces personnes déplacées à travers le Sahel. Ses services concernées n'ont reçu que 22% des 2 millliards de dollars réclamés pour soutenir les victimes des conflits qui déchirent la région.