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"Le siège de l'Organisation des Nations Unies doit être à Jérusalem"

Pour le philosophe français, les 5 atouts qui font l'hégémonie de l'Occident sont contrebalancés par 5 phénomènes constituant ses limites.

17.11.2014
"Le siège de l'Organisation des Nations Unies doit être à Jérusalem"

AA/ Tunis

L'Organisation des Nations-Unies (ONU) devrait élire siège à "Jérusalem, berceau des civilisations mondiales", selon le philosophe français Régis Debray, dans une conférence tenue ce week-end à Tunis, qui estime que l'installation de l'organisation onusienne au coeur de la première puissance militaire mondiale, relève d'une "confusion troublante" entre Droit et force.

"Un simple vote de l'Assemblée générale suffirait à déplacer l'organe du droit international par excellence, mais le Conseil de sécurité, en premier lieu les Etats-Unis, y opposerait son veto." a déclaré Debray.

Le philosophe français, invité du Collège International de Tunis où il a présenté son dernier livre "Que reste-t-il de l'Occident", a décliné les caractéristiques de l'hégémonie occidentale, laquelle se définit, par "l'art de rendre désirable sa domination par les dominés."

L'Occident, dont l'un des principaux objectifs est de "transformer le monde en un vaste marché où tous les habitants sont des consommateurs, sans mémoire, sans croyance" aurait cinq points forts qui ont déblayé la route vers son hégémonie, contre-balancés par cinq limites à son hégémonie.

Il s'agit d'abord d'une "cohésion sans précédent" qui prend corps, pour le philosophe français, au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), dominée par les Etats-Unies.

"L'Asie ne peut admettre d'être dominée par la Chine. L'Afrique n'acceptera par d'être représentée par le Nigéria. Alors que dans le monde occidental y a une hégémonie acceptée celle des Etats Unies." a déclaré Régis Debray.

L'Occident a la faculté, selon Debray, de représenter ses intérêts particuliers comme l'expression de ceux de l'humanité toute entière. Il est ainsi "le seul bloc qui peut se faire passer pour la Communauté internationale."

"Quand le Conseil de sécurité a voté la résolution sur l'exclusion aérienne libyenne, les pays votants représentaient 10% de la population mondiale." a-t-il expliqué, en guise d'illustration.

A travers ses universités et institutions financières, l'Occident arrime vers lui toutes les élites du monde et se positionne, ainsi, comme une "pépinière de cadres" venus de tous horizons.

"Il s'agit d'une ouverture d'éventails identitaires qu'aucun Empire n'avait eue." a poursuivi Debray.

"Un soft power", ensuite, incarné notamment, par la puissance du dollar, participe de l'hégémonie occidentale qui se fait à la faveur d'une imposante machine de propagande.

"Les 10 premières agences de pub du monde sont occidentales et avec 10 films, Hollywood assure 50 pour cent du box office chinois! " selon Debré.

"Un progrès scientifique" parachève, finalement, la suprématie de l'Occident "qui cherche à régir le monde à travers la technique."

"L'occidental est celui qui veut s'emparer du monde, en faisant alliance avec la machine, qui a donné, entre autres, la bombe atomique. La révolution informatique parachève cette prise de possession des esprits." a-t-il poursuivi.

Les limites de la puissance de l'Occident sont également au nombre de cinq, selon Régis Debray.

Il s'agit, d'abord, de "la prétention à régir le monde" qu'il voit comme une tendance pouvant se retourner contre l'Occident.

"On peut avoir une supériorité matérielle mais aboutir à un désastre. Les Vietnamiens l'ont emporté sur les Américains alors que le rapport de force était de 1 à 1000." rappelle Régis Debray.

Si dans la mythologie grecque, le Géant Antée retrouvait sa force dès qu'il touchait le sol, il n'en est pas de même pour l'Occidental. "Dès que l'Occidental touche le sol, il est foutu. c'est pour ça qu'ils se servent de drones" rajoute Debray, ironisant. 

"La civilisation qui a inventé l'ethnologie montre un niveau d'ignorance incroyable. Elle est prisonnière de son universel abstrait, et il lui faut plusieurs années pour se découvrir comme la voient ceux qu'elle a opprimés" regrette Debray, qui dénonce, ainsi, "un complexe aveuglant de supériorité."

Si lors de la Grande Guerre, un millier de Français a été tué quotidiennement pendant quatre ans, la mort, aujourd'hui, "de deux ou trois soldats dans une embuscade en Afghanistan est vécue comme un drame national", explique le philosophe. Il s'agit du "déni du sacrifice", troisième faiblesse de l'Occident.

"Une demande d'indemnisation est aussitôt formulée par les familles qui reprochent une faute lourde de service. Mais alors ce n'est plus un sacrifice ! L'Occident n'a donc plus la vaillance de ses valeurs."

"La prison du temps court" est, ensuite, liée selon Debray, à la nécessité de satisfaire l'opinion publique, versatile et impatiente. Un phénomène qui s'accentue avec le raccourcissement des mandats politiques et le turnover des dirigeants.

"Il faut faire vite parce que l'opinion se lasse vite. Le temps joue contre l'hégémonie occidentale. L'Occident est maître de l'espace, il n'est pas maître du temps. Il est devenu otage de l'instant." a déclaré Debray.

Quand on ne raisonne plus stratégiquement, on raisonne en termes de morale, et quand on raisonne en termes de morale "il y a des good guys et des bad guys" a ajouté le philosophe français, faisant allusion à l'ex-président américain George W. Bush.

"C'est le Néo-conservatisme américain. Il y a des méchants dont on se débarrasse et tout redevient bien. On bombarde le Palais, le méchant est mort et la démocratie s'instaure ! En plus, c'est assez approximatif puisque les bons d'aujourd'hui deviennent les méchants de demain." a-t-il conclu en dénonçant un "interventionnisme destructeur des Etats souverains".

 
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