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La France face à la fermeture du détroit d’Ormuz : Macron alerte sur la flambée des prix du pétrole et du gaz

« Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz est de fait fermé et c’est par ce détroit que transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfiés dans le monde », a déclaré le président français

Adama Bamba  | 07.03.2026 - Mıse À Jour : 08.03.2026
La France face à la fermeture du détroit d’Ormuz : Macron alerte sur la flambée des prix du pétrole et du gaz

Istanbul

AA / Istanbul / Adama Bamba

Le président français Emmanuel Macron a alerté mardi soir sur les lourdes conséquences économiques de la guerre en cours au Moyen-Orient, évoquant notamment la fermeture du détroit d’Ormuz et ses répercussions sur les marchés mondiaux de l’énergie.

Dans une adresse aux Français consacrée à la situation en Iran et dans la région, le chef de l’État a souligné que « les prix du pétrole, les prix du gaz, la situation du commerce international sont profondément perturbés par cette guerre ». « Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz est de fait fermé et c’est par ce détroit que transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfiés dans le monde », a-t-il insisté.

La crise a éclaté le 28 février après des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran, ayant entraîné la mort de plusieurs hauts responsables iraniens, dont le guide suprême Ali Khamenei. Téhéran a riposté en visant des cibles en Israël ainsi que dans plusieurs pays de la région abritant des bases américaines.

Tard dans la nuit du 2 mars, le général de brigade Ebrahim Jabbari, conseiller du commandant en chef des Gardiens de la révolution, a annoncé que les navires ne seraient plus autorisés à transiter par le détroit d’Ormuz, avertissant que tout bâtiment tentant de le franchir serait pris pour cible. Cette déclaration, concernant un passage par lequel transite près d’un quart du commerce pétrolier mondial, a ravivé les craintes sur l’approvisionnement énergétique international et provoqué de fortes turbulences sur les marchés.

- Une flambée des prix du gaz et du pétrole

Dès lundi 2 mars, le prix du gaz européen a bondi de plus de 50 % à certains moments de la séance. Les tensions se sont poursuivies mercredi : le baril de Brent, référence internationale, s’échangeait à 83,14 dollars à 10h00 (07h00 GMT), en hausse de 3,4 % par rapport à la clôture précédente. Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, progressait de 3,5 % à 76,17 dollars.

Intervenant mardi sur la radio RTL, le journaliste économique François Lenglet a rappelé que « le prix du gaz a pris 50 % ce lundi : c’est le vrai risque ». Selon lui, la principale unité de production de gaz du Qatar a suspendu son activité et ses livraisons internationales après avoir été attaquée par des drones iraniens.

Le Qatar, deuxième producteur mondial de gaz, fournit environ 20 % de la consommation planétaire. Or, son gaz naturel liquéfié transite exclusivement par le détroit d’Ormuz, aujourd’hui de facto interdit à la navigation. « On est ce matin aux alentours de 44 euros le mégawattheure contre 30 à 33 les jours précédents. C’est la plus forte hausse depuis l’invasion de l’Ukraine », a-t-il détaillé, avertissant qu’un choc majeur pourrait frapper l’Europe.

Si l’Asie absorbe la majeure partie du gaz moyen-oriental, les marchés restent interconnectés, a-t-il expliqué : toute pénurie en Asie entraînerait une hausse des prix ailleurs. L’Europe apparaît particulièrement vulnérable, avec des stocks actuellement très bas, de l’ordre de 20 % en France et en Allemagne.

François Lenglet a également rappelé que si le Qatar ne représente aujourd’hui que 7 % des importations européennes, cette part devait augmenter pour compenser l’arrêt des importations de gaz russe depuis l’invasion de l’Ukraine. « On ne produit quasiment pas de gaz en Europe, nous sommes donc dépendants des autres et de leurs accidents », a-t-il souligné, estimant qu’il est impossible de remplacer du jour au lendemain les capacités qataries, malgré l’augmentation annoncée de la production américaine et norvégienne.

En France, environ 10 millions de foyers sont raccordés au gaz. Plus de la moitié disposent de contrats à tarif indexé, les exposant directement aux variations des cours en cas de prolongation de la crise. Pour les autres ménages, les effets ne se feront sentir qu’à l’échéance de leur contrat.

- Des autorités françaises mobilisées face au risque économique

Dans ce contexte, la hausse du gaz pourrait constituer la conséquence économique la plus lourde de cette guerre au Moyen-Orient, avec un impact direct sur les ménages européens et l’ensemble de l’économie du continent.

Le ministre français de l’Économie Roland Lescure et le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, ont tenu mardi 3 mars un discours rassurant quant à l’impact du conflit au Moyen-Orient sur l’économie nationale.

Tout en reconnaissant des « incertitudes économiques et financières » liées aux tensions actuelles, ils ont assuré qu’aucun risque d’approvisionnement à court terme ne pesait sur la France, ni pour le gaz ni pour les carburants. « Ne créons pas un problème qui n’existe pas. On n’a aucune raison de se ruer aujourd’hui dans les stations-service », a insisté Roland Lescure lors d’un point presse à Bercy, affirmant que la situation faisait l’objet d’un suivi « de très près » par les autorités.

Par ailleurs, le ministre a annoncé la mise en place d’une cellule de crise se réunissant quotidiennement au ministère de l’Économie afin de surveiller l’évolution des marchés financiers, des indicateurs économiques et des prix de l’énergie. Des échanges sont également prévus avec les services économiques régionaux ainsi qu’avec les secteurs les plus exposés, énergie, transport, logistique et industrie, pour informer les entreprises et recueillir leurs retours du terrain.

De son côté, François Villeroy de Galhau a indiqué que la Banque de France suivait avec « une grande attention » les développements sur les marchés, estimant qu’il serait prématuré d’envisager un ajustement des taux d’intérêt dans la précipitation, alors que la Banque centrale européenne met en garde contre un risque de poussée inflationniste dans la zone euro.

- Une hausse attendue des factures de gaz pour les ménages

Les frappes aériennes américaines menées en Iran le 28 février pourraient bouleverser les marchés énergétiques et entraîner une hausse des prix du gaz en Europe dans les prochains mois. Les premières réactions ont déjà été observées : en moins d’une semaine, le prix du mégawattheure des contrats à terme de référence sur le marché TTF, indicateur clé pour les prix du gaz en Europe, a grimpé de 84,4 %, selon le site Toute l’Europe.

Pour les ménages français, l’impact sur les factures ne devrait toutefois pas être immédiat. D’après Édouard Lotz, responsable de la recherche sur le marché de l’énergie au cabinet EPSA, cette hausse devrait se répercuter sur les factures « plutôt à partir de mai, voire juin », une fois les nouveaux prix intégrés dans les contrats d’approvisionnement.

En France, un premier effet a déjà été observé : la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé une hausse du prix repère du gaz au 1er mars, avec +5,3 % pour le chauffage et +4 % pour la cuisson et l’eau chaude. Ce prix indicatif, utilisé par la plupart des fournisseurs depuis la fin du tarif réglementé en juin 2023, n’avait pas augmenté pour ces usages depuis juillet 2025.

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