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Jean-Noël Barrot plaide pour des garanties de sécurité pour l’Ukraine et une Europe plus ferme

- Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères a détaillé la position de Paris sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, les déclarations américaines sur le Groenland et la situation au Venezuela

Şeyma Erkul Dayanç  | 07.01.2026 - Mıse À Jour : 07.01.2026
Jean-Noël Barrot plaide pour des garanties de sécurité pour l’Ukraine et une Europe plus ferme

Istanbul

AA / Istanbul / Seyma Erkul Dayanc

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, est revenu, mercredi matin sur France Inter, station de radio publique française, sur les grands enjeux de la diplomatie française, au lendemain d’une réunion internationale sur l’Ukraine. Il a abordé les garanties de sécurité pour Kiev, les engagements des alliés, les interrogations sur les États-Unis, ainsi que les questions du Groenland et du Venezuela, appelant à une politique ferme, cohérente et ancrée dans le droit international.

Ukraine : « Un jour historique » pour les garanties de sécurité

Jean-Noël Barrot a salué la réunion de la « Coalition des volontaires » qui s’est tenue mardi à Paris, réunissant une trentaine de pays européens, d’Amérique du Nord et d’Asie, pour discuter des garanties de sécurité en faveur de l’Ukraine après un hypothétique cessez-le-feu : « C’est la première fois depuis des décennies qu’une trentaine de pays… mettent en commun leurs forces militaires pour que la paix en Ukraine… puisse être garantie », a-t-il déclaré.

Barrot a présenté cette initiative comme le fruit de « mois et mois de négociations », soulignant l’implication française dans ce processus. Cette dynamique s’inscrit dans la Déclaration de Paris sur les garanties de sécurité, signée le 6 janvier par 35 pays de la coalition, l’Ukraine et les États-Unis, qui détaille un cadre pour renforcer la sécurité ukrainienne après un cessez-le-feu, y compris un soutien militaire continu, un mécanisme de vérification du cessez-le-feu dirigé par Washington, et une force multinationale coordonnée par l’Europe et les États-Unis.

Lors du sommet de la coalition à Paris, les dirigeants ont validé une « déclaration de Paris » qui fixe des « garanties de sécurité robustes » destinées à assurer une paix « solide et durable » pour l’Ukraine après un cessez-le-feu avec la Russie. Parmi les mesures figurent la création d’un mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu, la fourniture d’une assistance militaire à long terme, et la mise en place d’une force multinationale pour aider à reconstituer les forces armées ukrainiennes, sous leadership européen avec la participation américaine.

Rôle des États-Unis : prise de responsabilité et soutien militaire

Interrogé sur la fiabilité de l’engagement américain, Jean-Noël Barrot a jugé que les États-Unis « avaient pris leur responsabilité » en s’engageant lors de la réunion de Paris. Il a précisé que Washington avait accepté « de prendre en charge le suivi et la vérification du cessez-le-feu », une étape qualifiée d’« absolument majeure » par le ministre.

Barrot a expliqué que le soutien des États-Unis à la future force multinationale ne se traduirait pas nécessairement par une présence militaire directe sur le terrain. Il a indiqué que Washington s’était engagé à accompagner le dispositif, notamment à travers des capacités de suivi, de renseignement, de logistique et de coordination, tout en soulignant que les modalités précises de cette contribution restaient à définir dans le cadre des discussions en cours entre les alliés.

Les déclarations d’Emmanuel Macron et d’autres dirigeants européens lors du sommet ont également souligné le rôle actif des États-Unis. Washington, représenté notamment par des envoyés spéciaux, a soutenu la mise en place d’un mécanisme de surveillance du cessez-le-feu et s’est engagé à contribuer à la force multinationale, tout en soulignant l’importance de l’unité transatlantique face à la Russie.

Force multinationale en Ukraine : qui participe et dans quelles conditions ?

Barrot a expliqué que la future force multinationale ne verrait pas tous les pays participer de la même manière. Cette force, a-t-il dit sur France Inter, doit « soutenir la régénération de l’armée ukrainienne », qui comptait moins de 400 000 soldats avant l’invasion russe et que la coalition aspire à maintenir à environ 800 000 hommes. Cette force, a-t-il précisé, interviendrait principalement en arrière de la ligne de front, en apportant des capacités logistiques, aériennes, maritimes et terrestres.

Lors du sommet de Paris, le Royaume-Uni et la France ont signé une déclaration d’intention pour déployer des forces en Ukraine après un cessez-le-feu, dans le cadre de ce que certains médias décrivent comme une force constituée de hubs militaires et d’assistance technique pour aider à la reconstruction et à la dissuasion face à de futures agressions.

Groenland : « ni à vendre ni à prendre », affirmation de souveraineté européenne

Sur la question du Groenland, dont le président américain Donald Trump a relancé les ambitions d’acquisition en déclarant envisager « toutes les options », y compris l’utilisation de la force, Jean-Noël Barrot, sur France Inter, a rappelé avec fermeté : « Le Groenland n’est ni à prendre ni à vendre, il appartient aux Groenlandais ». Il a ajouté que son avenir devrait être réglé entre les autorités du Groenland et du Danemark.

Barrot a jugé qu’une intervention militaire américaine sur le territoire d’un pays de l’OTAN « n’aurait absolument aucun sens » et serait contraire aux intérêts mêmes des États-Unis. Il a mentionné avoir échangé directement avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui l’a assuré que « ce n’était pas l’optique retenue par les États-Unis », visant à écarter toute annexion militaire. Le ministre a indiqué qu’un travail avait été engagé au Quai d’Orsay pour se préparer à riposter, à répondre, et à ne pas répondre seul, et que ce travail serait partagé avec les principaux partenaires européens. Il a précisé qu’il avait invité son collègue allemand et son collègue polonais, formant un triptyque pour coordonner la réaction.

Les déclarations américaines sur le Groenland ont suscité des réactions en Europe, les autorités danoises et groenlandaises affirmant l’attachement à la souveraineté du territoire. Le débat intervient dans un contexte de tensions diplomatiques élargies entre Washington et certains alliés européens, où la question arctique est vue comme une zone stratégique, mais qui reste régie par les accords de l’OTAN et la souveraineté danoise.

Venezuela : droit international et transition démocratique

Concernant l’intervention américaine au Venezuela et la capture du président Nicolas Maduro, Jean-Noël Barrot a défendu la cohérence de la position française en rappelant que Paris « parle d’une seule voix ». Il a souligné que la France avait condamné à la fois les crimes reprochés à Maduro et la méthode employée, qu’il a caractérisée comme contraire au droit international, et qu’elle appelait à une transition démocratique, pacifique et respectueuse de la souveraineté du peuple vénézuélien.

Le débat sur l’interprétation des actions américaines au Venezuela a également été abordé à l’Assemblée nationale française, où certains responsables ont qualifié l’opération d’« illégale », tout en reconnaissant le souhait d’un avenir meilleur pour le peuple vénézuélien, soulignant les tensions politiques internes en France autour de cette question.

Rapport de force mondial et défense européenne

Jean-Noël Barrot a conclu l’entretien en insistant sur la nécessité pour la France et l’Europe de se préparer à un monde marqué par des rivalités et des rapports de force renouvelés : « *Nous ne pouvons pas nous résoudre à la loi du plus fort », a-t-il affirmé, appelant à renforcer les capacités militaires, économiques et morales françaises et européennes pour défendre leurs intérêts et les principes du droit international.

Cette position s’inscrit dans le cadre des priorités définies par le gouvernement français, qui plaide depuis plusieurs mois pour une Europe plus souveraine et plus capable d’assurer sa propre sécurité, y compris à travers des budgets de défense accrus et une coopération plus étroite au sein de l’UE et de l’OTAN.

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