AA/Addis Abeba/Abda Abdelkarim
Le chef de l’opposition au Soudan du Sud, Rieck Machar, a accusé le président Salva Kiir Mayardit, de ne pas être capable de maîtriser les Forces sécuritaires du pays, ce qui explique, selon lui, que celles-ci aient violé l’accord de paix, signé par le président le 26 aout dernier à Juba, grâce à la médiation de l'autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), avec le soutien de l’Union Africaine (UA) et l’ONU.
Dans une interview qu’il a accordée lundi à Anadolu à Addis Abeba, où se déroulent les pourparlers de paix, Machar a estimé que le président Salva Kiir devrait prendre une décision contre les puissants groupes de son gouvernement qui refusent la paix.
«De notre côté, nous avons commencé à donner des instructions pour que nos Forces respectent l’engagement de rester dans leurs positions et de respecter le cessez-le-feu. J’ai également envoyé des délégations au Caire, à Nairobi et à Khartoum, et les ai chargé de rencontrer les Sud soudanais et de leur expliquer la teneur de l’accord» a affirmé Machar.
Il a indiqué par ailleurs que la médiation de l’IGAD l’a informé qu’ «un atelier de travail se tiendra dans les prochain jours dans la capitale Kenyane, pour discuter de la situation et de l’importance de l'effectif des Forces qui seront déployées à Juba, après l’étape de l’application [de l’accord] »
Le chef de l’opposition sud-soudanaise, qui a assuré que les forces qui lui sont loyales n’ont entrepris aucune action militaire, depuis la déclaration du cessez-le-feu du 29 aout dernier, a réaffirmé qu’il était «prêt à travailler avec Salva Kiir dans le gouvernement de transition, prévu dans l’accord de paix»
«Je suis prêt à travailler avec Salva Kiir non pas 'pour ses beaux yeux', mais pour la stabilité du Soudan du Sud» a tenu à préciser Riek Machar, sachant bien que l'accord de paix fera probablement de lui le second de Salva Kiir.
Tout en accusant le gouvernement de ne pas tenir ses engagements quant à l’accord de paix, Machar nie avoir de son côté, violé le cessez-le-feu: « Nous nous sommes seulement défendus contre l’énorme campagne orchestrée par le gouvernement et consistant à incendier villes et villages et à anéantir tout ceux qui s’opposent à lui» a-t-il dit.
Le chef de l’opposition soutient que 600 personnes ont été égorgées par un des groupes fidèles à Salva Kiir et refusant l’accord de paix, au moment même où le président s’apprêtait à signer cet accord.
Il a à ce propos appelé à ouvrir une enquête urgente sur «ce massacre» .
Sur la présence d’une opposition armée dans le pays, Machar dit qu’il a évoqué la question au Sommet de l’IGAD et qu’il estime que cette opposition, «qui combat aux côtés du gouvernement du reste», devrait être désarmée et repoussée hors du pays, «il s’agit là de la responsabilité du gouvernement» a-t-il conclu.
Riek Machar a par ailleurs démenti avoir un soutien de la part de l’Ethiopie et du Soudan dont les frontières sont communes avec les zones du Soudan du sud où se trouvent ses forces à lui. Les deux pays sont «des frères et la paix de notre pays les concerne aussi» a-t-il affirmé.
Depuis décembre 2013, le Soudan du Sud [qui s’est séparé du Soudan par référendum, en 2011], est le théâtre d’affrontements sanglants entre les forces gouvernementales et les milices armées de Riek Machar, accusé d’avoir commandité un coup d’Etat militaire, ce que ce dernier nie totalement. Le conflit entre le deux hommes a vite pris une tournure ethnique pour opposer les deux plus grandes tribus du pays.
L’IGAD avait présenté aux belligérants un projet d'accord de paix, le 25 juillet écoulé, affirmant que le président Salva Kiir Mayardit et le leader de l’opposition, Riek Machar, rejoindront les deux délégations de négociateurs pour signer l’accord final, le 17 août. Salva Kiir l’avait uniquement paraphé, demandant un délai de 15 jours pour le faire.
Il a fini par le signer le 26 aout dernier en soulignant lors de la cérémonie tenue à Juba en présence des partenaires internationaux, que «son gouvernement signe l’accord de paix en débit de quelques réserves».