AA/Hafawa Rebhi
Israël enseignera désormais l’Holocauste aux élèves du Myanmar.
C'est ce qui a été révélé par un tweet posté, lundi, par la vice-ministre israélienne des Affaires étrangères, Tzipi Hotovely, qui posait, souriante, avec son invité birman, tenant à la main le document d’un accord de coopération dans le secteur de l’éducation.
Composé de 18 articles, l’accord évoque certes des domaines classiques de la coopération, tels que la collaboration académique et l’échange d’étudiants, mais c’est bien l’article 8 qui en constitue la pierre angulaire.
«Les Parties s'efforceront, par l'intermédiaire de leurs autorités compétentes, de vérifier mutuellement les manuels scolaires, en particulier en ce qui concerne les passages faisant référence à l'histoire de l'autre Etat et, si nécessaire, apporteront des corrections à ces manuels», précise le premier alinéa dudit article.
Un long travail s’annonce donc aux responsables de l’éducation des deux parties, mais c’est du côté des Birmans que l’essentiel du travail sera fait.
En effet, et comme le souligne le deuxième alinéa du même article, « les parties coopèrent pour élaborer des programmes d'enseignement de l'Holocauste et tirer les leçons des conséquences négatives de l'intolérance, du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie dans le cadre du programme scolaire de la République de l'Union du Myanmar».
Le Myanmar aura-t-il vraiment besoin d’un tel enseignement sur l’Holocauste de la part d’Israël ?
Pour vraiment inculquer la tolérance à ses élèves, le gouvernement birman aurait pu leur organiser des visites au Mémorial de l’Holocauste à Berlin. Les petits écoliers birmans auraient apprécié les stèles grises et se seraient tristement recueillis devant les portraits des juifs exterminés par les Nazis.
Mais au lieu de dépenser tant de kyats pour des voyages en Europe, les autorités birmanes pourraient se contenter de visites guidées à l'intérieur du pays, en l'occurrence dans l’Etat d’ Arakan (Ouest).
Là-bas, c’est un musée à ciel ouvert, une nouvelle Guernica tropicale où retentissent encore les cris des 750 mille musulmans Rohingyas qui, selon les estimations de l’ONU, avaient fui vers le Bangladesh voisin.
Les écoliers y découvriraient les nombreux villages incendiés par les forces armées birmanes et les extrémistes bouddhistes.
Ils passeraient peut-être à côté d’une fosse commune, où gisent les corps martyrisés de leurs compatriotes musulmans.
Selon Médecins sans frontières (MSF), au moins 9 mille Rohingyas, dont 730 enfants de moins de 5 ans, ont été tués dans l'État d'Arakan entre le 25 août et le 24 septembre 2017.
Et puis, Israël, qui joue les donneurs de leçons, est-il bien positionné pour prêcher la tolérance, lui, qui vient d’ajouter un énième massacre à sa longue liste de tueries contre les Palestiniens ?
La Bande de Gaza, une enclave coupée du monde depuis plus de 10 ans, est en train de subir, de nouveau et en permanence, le feu, le "plomb durci" et la fureur de l’armée israélienne. Le 14 mai, des dizaines de Palestiniens sont tombés en martyrs, criblés de balles, devant les barbelés de la barrière séparant Gaza d'Israël.
Les blessés que les snipers israéliens leur tiraient intentionnellement sur les membres inférieurs, les genoux, le dos et la tête, tel que l’a bien affirmé le chef de l’UNRWA, Pierre Krähenbühl, le 22 mai, continuent encore à succomber à leurs blessures.
A ce jour, le bilan de la tuerie israélienne qui a déjà commencé le 30 mars dernier, s’est établi à 118 martyrs et des milliers de blessés, selon le ministère palestinien de la Santé.
Cette similitude des pratiques faciliterait peut-être la coopération entre les deux pays qui partagent également un même esprit des lois.
Les nombreuses lois xénophobes israéliennes, telles que « la loi ségrégation de 2011» qui confère à des « comités d’admission » le pouvoir de statuer sur « la convenance » des personnes venant s’installer dans une ville, rappellent étrangement « la loi birmane sur la nationalité de 1982 » qui a relégué les musulmans Rohingyas au rang d’apatrides persécutés.
Les deux corpus législatifs ont un air du déjà-vu. Dans le Troisième Reich, les Nazis usaient déjà de la « loi sur la protection du sang allemand et de l'honneur allemand » pour exclure et persécuter les «Mischling», ces métis qui avaient la malchance de ne pas avoir un "sang pur" allemand.