AA/ Kigali/ Fulgence Niyonagize
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a confirmé lundi à Arusha, capitale de la Tanzanie, la peine d’emprisonnement à vie contre les deux plus hauts responsables de l’ancien parti présidentiel rwandais pendant le génocide des Tutsis de 1994.
Le juge Theodor Meron a ainsi déclaré que « la chambre d’appel, siégeant en audience publique, confirme la peine d’emprisonnement à vie prononcée par la chambre de première instance », des anciens président et vice-président du parti présidentiel Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND) : Matthieu Ngirumpatse, et Edouard Karemera,ont rapporté des sources juridiques, à Anadolu.
Selon les mêmes sources, la chambre d’appel a annulé quelques conclusions de la chambre de première instance mais a confirmé leur culpabilité pour « crimes de génocide et crimes contre l’humanité», des crimes perpétrés à travers le pays, en 1994, par des membres de leur parti, en particulier les « Interahamwe », milices du MRND considérés comme étant les principaux bras armés du génocide.
«Nous nous réjouissons de la sentence requise car ils étaient à la commande du parti. C’est une justice aux rescapés du génocide », a déclaré à Anadolu, Naphtal Ahishakiye, secrétaire exécutif d’IBUKA (Souviens-toi), une Organisation Non Gouvernementale qui œuvre "pour la mémoire du génocide des Tutsi du Rwanda", "la justice envers les responsables de crimes génocidaires" et "le soutien aux rescapés".
Naphtal a également rappelé que par le passé, IBUKA s’est plaint de certains acquittements après que des accusations comme la planification du génocide n’ont pas été pris en compte. « Nos revendications ont, peut être, été prises en considération », présume le secrétaire exécutif.
En audience d’appel en février dernier, Maître Frédéric Weyl, l’avocat français de Ngirumpatse, avait déclaré que l’ancien président du MRND « n’avait d’autorité » ni sur les membres de son parti, ni sur les ministres du gouvernement en place pendant le génocide tandis que Maître Félix Sow, avocat sénégalais d’Edouard Karemera, avait également demandé à la chambre d’appel « d’invalider toutes les condamnations ».
Ngirumpatse et Karemera resteront sous la garde du Tribunal en attendant la désignation de l’Etat où ils purgeront leur peine, a-t-on appris de sources juridiques.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a été créé par le Conseil de sécurité de l'ONU par sa résolution 955 du 8 novembre 1994. C'est le second tribunal ad hoc institué par les Nations unies après celui pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) en 1993.
Un nombre important d’acteurs à l'origine du génocide rwandais contre les Tutsis en 1994 ont été traduits en justice. La majorité d’entre eux ont été jugés par des tribunaux rwandais. D'autres ont été jugés par le TPIR ou par des tribunaux nationaux en Europe et en Amérique du Nord.
Entre avril et juillet 1994, environ 800.000 personnes, essentiellement issues de la minorité tutsi, ont été massacrées en une centaine de jours au Rwanda.