Esma Ben Said
22 mars 2018•Mise à jour: 23 mars 2018
AA/France/Fawzia Azzouz
L’ex-président français Nicolas Sarkozy a expliqué aux juges qui l’ont mis en examen au terme de deux jours en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Nanterre, être victime de « calomnie » et vivre un « enfer » concernant les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, ont rapporté jeudi les médias français.
Nicolas Sarkozy a été mis en examen mercredi soir et placé sous contrôle judiciaire pour corruption passive, financement illégal de campagne électorale et détournement de fonds libyens.
C’est une affaire qui dure et agite la classe politique depuis plusieurs années. L’ancien président de la république (2007-2012) Nicolas Sarkozy et son ex-ministre de l’intérieur Claude Guéant sont soupçonnés par la justice française d’avoir reçu plusieurs valises d’argent provenant du régime libyen en 2006 et 2007 et qui auraient permis entre autres, à financer la campagne présidentielle de 2007.
L'enquête, ouverte en 2013 par les juges d'instructions du parquet financier de Paris, est menée par les magistrats Serge Tournaire et Aude Buresi, comme le rappelle le media Mediapart qui avait révélé l’affaire au grand jour en 2012, en publiant un document prouvant qu’il y avait eu des versements d’espèces provenant du régime de libyen de Mouammar Kadhafi.
Dans cette vaste enquête, l’homme d’affaire Ziad Takkiedine a été mis en examen en décembre 2016 après avoir reconnu qu’il avait remis 5 millions d’euros en liquide à Claude Guéant, jouant ainsi le rôle d’intermédiaire entre les protagonistes.
Plus récemment, Alexandre Djouhri, proche de Nicolas Sarkozy, a été arrêté à Londres en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par la France. Les perquisitions effectuées à son domicile suisse ont permis aux enquêteurs de mettre la main sur des documents qui accréditeraient la thèse du financement illégal de la campagne de Nicolas Sarkozy, rapporte Europe 1.
Le quotidien d’information français Le Figaro a révélé jeudi matin le contenu des déclarations de l’ancien chef de l’Etat face aux magistrats chargés de l’enquête. « Depuis le 11 mars 2011, je vis l'enfer de cette calomnie » a affirmé Sarkozy, en faisant allusion à la date à laquelle les premières révélations sur cette affaire ont fuité dans la presse internationale.
Selon lui, « aucun élément tangible autre que les déclarations de la famille Kadhafi, du clan, des affidés n'est susceptible d'apporter le moindre crédit à leur propos ».
Sarkozy a par ailleurs rappelé la portée de son intervention en Libye en déclarant « C'est moi qui ait obtenu le mandat de l'ONU pour frapper l'État libyen de Kadhafi. Sans mon engagement politique, ce régime serait sans doute encore en place. »
S’il a fini par affirmer «je suis accusé sans aucune preuve matérielle par les déclarations de M. Kadhafi, de son fils, de son neveu, de son cousin, de son porte-parole, de son ancien premier ministre et par les déclarations de M. Takieddine dont il est avéré à de multiples reprises qu'il a touché de l'argent de l'État libyen », les magistrats l’ont tout de même mis en examen et placé sous contrôle judiciaire.
Il s’agissait de la première audition de Nicolas Sarkozy dans l’affaire du financement libyen.