Politique

En Afrique comme dans le monde arabe, les caciques des régimes déchus agonisent mais résistent

Ils continuent à occuper les allées du pouvoir quoique de manière "éphémère".

Mohamed Hedi Abdellaoui  | 18.09.2015 - Mıse À Jour : 18.09.2015
En Afrique comme dans le monde arabe, les caciques des régimes déchus agonisent mais résistent

Tunis

AA/ Tunis/ Mohamed Abdellaoui 

Hués, refoulés, haïs et parfois agressés par des masses populaires soulevées contre leur hégémonie et agissements représsifs du temps de leurs régimes, les évincés ou encore les caciques des régimes déchus en Afrique comme dans le monde arabe, continuent à occuper les allées du pouvoir, voire récupèrent leur gloire perdue.

Ce qui se passe en Egypte, au Yemen et dernièrement au Burkina Faso serait à bien des égards édifiant. Les similitudes sont bien-là et donnent à lire que ces nostalgiques des temps révolus, dans certains pays du printemps arabe, comme dans d'autres pays du continent noir, ont la culture de l’accaparement du pouvoir par la force, s’accordent à dire plus d’un spécialiste de la chose politique.

Il suffit de comparer les cas égyptien, yéménite et burkinabé pour repérer lesdites similitudes.

Au Caire, Abdel Fatah Al-Sissi, un ancien chef d’état-major nommé chef du service de renseignement militaire par le président déchu Hosni Moubarak (33 ans au pouvoir), a renversé en juin 2013 le premier président démocratiquement élu, Mohamed Morsi, suite à un coup d’Etat sciemment préparé. Bien qu'il avait au départ annoncé qu'il n'a pas d'appétit pour le pouvoir, il a fini par l'acquérir prétextant qu'il a répondu à la "volonté des masses".

Au Yemen, les alliés de l’ancien président Ali Abdallah Salah (22 ans au pouvoir) ont fini par mettre un terme à la transition en s’alliant aux Houthis (organisation insurrectionnelle chiite relevant d’un un mouvement sociopolitique de l'école théologique zaïdite du nord-ouest du Yémen) pour récupérer le pouvoir.

En terre africaine, c’est au Burkina Faso que s’est passé le jeu. Après une première insurrection populaire accompagnée par une partie de l’armée pour renverser, en octobre dernier, le régime de Blaise Compaoré ayant passé 27 ans au pouvoir, un coup d’Etat a été mené jeudi par des militaires de l‘ex-garde présidentielle, proches de Compaoré. Bien que le chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré, ait annoncé son intention d'organiser des élections "inculsives" très prochainement et d'abandonner le pouvoir, rien ne garantit ses bonnes intentions.

S’attardant sur les dessous  de ce phénomène arabo-africain, Salaheddine el-Jourchi, chercheur en sciences politiques et ancien vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, lie la survie des partians des anciens régimes à "la longévité de ces derniers au pouvoir". Ce qui leur permet de "manier comme bon leur semble les clefs de voûte de l'Etat" et d'avoir encore des alliés au sein des organes de l'Etat. 

Pour lui également, les conflits forces classiques vs forces nouvelles ou montantes accompagnent souvent  tout changement politico-social profond.

 «Dans des pays qui n’ont pas des traditions en matière de démocratie et d’alternance pacifique du pouvoir, il est tout à fait normal que des duels se passent pour la préservation des intérêts des uns et des autres », dit-il dans un entretien avec Anadolu par téléphone.

Rattachant les coups d’Etat à la main mise des évincés des régimes déchus sur les clés de l’Etat, notamment, l’armée et le reste des outils déterminants, Samuel Nguembock, chercheur camerounais associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques de Paris « Iris » note que ces pays n’ont pas des traditions inhérentes à toute alternance pacifique. D’autant plus qu’ils sont habitués au maintien du pouvoir par l’armée.

«Leurs militaires ne sont toujours pas conscients qu’ils ont un rôle républicain à jouer, notamment, la préservation de l’intégrité des frontières, ils continuent à s’immiscer dans les affaires politiques, contrairement aux règles de la bonne gouvernance », fait observer le politologue approché par Anadolu.

Parlant avenir, les deux chercheurs s’accordent, au demeurant, à dire que tout régime ayant pris le pouvoir par la force et contrairement à la volonté de son peuple, aussi fort soit-il, finira par échouer.

«Tout pouvoir acquis par le biais d’un coup d’Etat ne peut être qu’éphémère. Il peut durer des années ou encore des décennies, mais il finira par se plier devant la volonté de la plus grande entité politique, le peuple, puisque le peuple est l’expression de l’Etat », conclut M.Nguembock.

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