Safwene Grira
24 Novembre 2015•Mise à jour: 25 Novembre 2015
AA/ Ougadougou/ Olympia de Maismont
Appelés aux urnes le 29 novembre pour mettre fin au gouvernement de transition, les Burkinabè attendent de ce scrutin historique un réel changement, d'autant plus qu'il intervient un an après l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui a mis fin au régime de Blaise Compaoré et deux mois après l'avortement d'un putsch.
Dépourvues d'antagonisme majeur, en ce qu'elles ne voient pas concourir des candidats de l'ancien régime ainsi que souhaité par les putschistes de septembre dernier, cette campagne se déroule dans le calme depuis son lancement le 8 novembre.
Conscients, toutefois, de la grandeur de leurs attentes, l'enthousiasme peine à gagner le coeur des Burkinabè. Tani, imprimeur à Ouagadougou explique que ce manque d’enthousiasme à l’égard de la campagne est dû à la mauvaise situation économique du pays, à laquelle la nouvelle gouvernance doit trouver une solution "le plus rapidement possible".
«Du temps de Blaise, ils distribuaient de l’argent et des sac de riz à droite à gauche pour qu’on vote pour eux donc tout le monde riait et pouvait profiter de l’ambiance mais aujourd’hui ce n’est plus comme avant. Les gens sont fatigués, la transition a trop duré. Beaucoup de commerces ont fermé les gens n'ont plus rien, donc ça nous amène à être calmes».
Josiane, serveuse dans un restaurant du quartier chic de Ouaga 2000, dans la capitale, affirme que c’est le désenchantement vis a vis du discours politique qui cause ce manque d’enthousiasme « Si on est moins dans l’ambiance c’est aussi parce qu’on en a marre des promesses qui n’arrivent jamais. On veut un vrai changement, on veut un bon président. Donc on attend de voir les actes »
Bien que la ferveur collective ne soit pas au rendez-vous, le fair-play apparaît, lui, comme le maître mot chez les électeurs. Aliou, vendeur de vélos dans la cité an 3 « veut que tout se passe bien. Moi je supporte un candidat, ma femme votera pour un autre, mais on ne fait pas la bagarre, que le meilleur gagne"
Quelque soit l’issue du scrutin, les citoyens aspirent à une stabilité politique et espèrent que ces élections participeront à redonner son intégrité au « pays des hommes intègres ».
De leur côté, les 14 candidats sillonnent le pays à la rencontre de leurs électeurs. Au cours des deux dernières semaines, les différents meetings se sont principalement tenus dans les zones rurales et les grandes villes du pays excluant la capitale. C’est donc dans les prochains jours que les candidats sont attendus à Ouagadougou pour y clôturer leur campagne.
Sur le plan financier, l’État a alloué la somme de 25 millions de CFA (environ 38 000€) à chaque candidat pour aider au financement de leur campagne. Cela devait permettre à tous de partir sur un pied d’égalité.
Il existe cependant une forte disparité entre les partis concernant leur visibilité. Les deux favoris des sondages, Roch March Christian Kaboré du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) et Zéphirin Diabré de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC), dominent en effet la scène.
Leurs affiches sont placardées dans toutes les rues, boutiques et kiosques du pays. Plusieurs caravanes portent leurs effigies et munies de hauts parleurs, font résonner leurs slogans continuellement dans la capitale. En outre, le MPP publie quotidiennement un journal de campagne gratuit tiré à 10.000 exemplaires.
Si les stratégies de communication misent principalement sur ces supports, c’est parce que le nouveau code électoral les empêche d’utiliser les accessoires habituels. Adopté le 7 avril dernier par le Conseil National de Transition (CNT-parlement intérimaire), ce code interdit formellement la distribution de gadgets et autres vêtements à l’effigie des candidats et partis.
Il apparaît cependant que le candidat du MPP, a trouvé un subterfuge afin d’habiller ses partisans. Pour Mahdi, boutiquier d’un quartier populaire du centre de la capitale, « Roch a profité d’une faille dans le code électoral. Il a décidé que l’orange serait sa couleur et comme ce sont les inscriptions qui sont interdites, il distribue des T-shirts et casquettes oranges et vierges et on ne peut rien lui reprocher. Ces derniers temps, si tu croises quelqu’un en orange c’est qu’il vote MPP».