Des élus américains dénoncent la stratégie « incohérente » de Washington dans la guerre contre l’Iran
- Après un briefing confidentiel au Congrès, des démocrates et certains républicains ont exprimé leurs inquiétudes quant aux objectifs et aux conséquences du conflit
Washigton
AA / Washigton / Rabia Iclal Turan
Des élus américains des deux partis ont exprimé mardi leurs inquiétudes quant à la stratégie et aux conséquences potentielles de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran à l’issue d’un briefing confidentiel au Congrès.
Le sénateur démocrate Chris Murphy a déclaré que les plans de l’administration Trump pour la guerre semblaient « incohérents et incomplets » à l’issue de ce briefing à huis clos de deux heures.
« Ils vont donc dépenser des centaines de milliards de dollars de l’argent des contribuables, faire tuer un grand nombre d’Américains, et un régime radical, probablement encore plus anti-américain, restera au pouvoir », a-t-il écrit sur la plateforme américaine X après avoir assisté au briefing.
Murphy a indiqué qu’il ne pouvait pas divulguer d’informations classifiées, mais que les plans évoqués lors de la réunion suscitaient chez lui de profondes inquiétudes quant à la stratégie de l’administration.
Selon lui, le briefing a laissé entendre que la destruction du programme nucléaire iranien ne figure pas parmi les objectifs de guerre énumérés. Il a également affirmé qu’un changement de régime à Téhéran ne faisait pas partie de la stratégie, ce qui soulève des questions sur ce que l’administration espère finalement accomplir avec ces frappes.
D’après Murphy, le briefing a indiqué que l’objectif principal consistait à cibler les missiles, les bateaux et les usines de drones iraniens.
« Mais la question qui les a mis en difficulté est la suivante : que se passe-t-il lorsque vous cessez de bombarder et qu’ils relancent la production ? Ils ont laissé entendre qu’il pourrait y avoir davantage de bombardements. Ce qui signifie, bien sûr, une guerre sans fin », a-t-il déclaré.
Murphy a également averti que les responsables n’avaient présenté aucun plan clair pour rouvrir le détroit d’Ormuz si l’Iran venait à perturber cette route maritime essentielle au transport mondial de pétrole.
– Les démocrates mettent en garde contre un déploiement de troupes
D’autres démocrates ont exprimé des inquiétudes similaires après ce briefing à huis clos donné par de hauts responsables, dont le secrétaire d’État Marco Rubio et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, concernant les attaques conjointes lancées par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février.
Le sénateur Richard Blumenthal a déclaré être sorti du briefing « insatisfait et en colère », avertissant que le conflit pourrait conduire au déploiement de troupes américaines au sol en Iran.
« Nous semblons être sur la voie du déploiement de troupes américaines au sol en Iran pour atteindre certains des objectifs potentiels », a déclaré Blumenthal aux journalistes.
La sénatrice Elizabeth Warren a, elle, mis en question le coût financier de la guerre, estimant que le gouvernement semblait prêt à dépenser des sommes considérables pour cette campagne militaire.
« La seule chose qui semble claire, c’est que s’il n’y a pas d’argent pour les 15 millions d’Américains qui ont perdu leur assurance santé, il y a un milliard de dollars par jour pour bombarder l’Iran », a déclaré Warren.
– Des républicains expriment aussi des réserves
Certains républicains ont également exprimé des réserves concernant la guerre.
Le sénateur Rand Paul a déclaré qu’il ne pensait pas qu’il existait une « menace imminente » d’attaque de la part de l’Iran.
« On nous dit aussi que nous allons libérer le peuple opprimé d’Iran. J’espère et souhaite qu’il obtienne la liberté, mais si notre politique étrangère consiste à libérer les peuples opprimés, les guerres ne finiront jamais », a déclaré Paul. « Je continuerai de soutenir le Donald Trump qui ne plaidait pas pour un changement de régime. »
La représentante de Caroline du Sud Nancy Mace a également mis en garde contre l’envoi de troupes américaines dans un nouveau conflit au Moyen-Orient, affirmant qu’elle ne voulait « pas envoyer les fils et les filles de Caroline du Sud dans une guerre contre l’Iran ».
Ses propos interviennent alors que le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham a déclaré qu’il demandait à la Caroline du Sud d’envoyer ses « fils et ses filles » au Moyen-Orient.
Les tensions au Moyen-Orient se sont intensifiées après l’attaque conjointe lancée par Israël et les États-Unis contre l’Iran le 28 février, qui a jusqu’à présent fait plus de 1.200 morts, dont l’ayatollah Ali Khamenei, qui était le guide suprême du pays.
Environ 140 militaires américains ont été blessés au cours des dix premiers jours de la campagne militaire, dont huit ont été tués et huit gravement blessés, a indiqué le Pentagone à Anadolu.
* Traduit de l'anglais par Serap Dogansoy
