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Des pays africains s'activent contre La fuite des cerveaux

" La fuite des cerveaux, un phénomène africain qui concerne aussi bien les hommes que les femmes"

15.04.2014
Des pays africains s'activent contre La fuite des cerveaux

AA/ Tunis/ MHA

Certains pays africains de plus en plus conscients des enjeux liés au retour de leurs cerveaux évoluant à l'étranger au berceau de la naissance, ont commencé à agir dans le bon sens, a extrapolé, Abdeslam Marfouk, chercheur à l’Université catholique de Louvain, en Belgique.

"L’Afrique est fertile. Elle était de tout temps accoucheuse de cerveaux et de compétences hautement qualifiées touchant à plusieurs domaines. Pourtant, elle est souvent qualifiée d’ « arriérée » et de « sous-développée ». Un préjugé? Une réalité?", M.Marfouk opte pour la première probabilité, développant sa position dans une interview à Anadolu.

Le continent noir a, contrairement aux préjugés et aux idées reçues, des scientifiques de renom évoluant dans divers coins de la planète. A titre d’exemple et non d’une manière exhaustive, il convient de citer le Camerounais Jacques Bonjawo, ingenieur informaticien  diplômé de l’Université George Washington aux USA.  Premier Africain manager chez Microsoft, puis Conseiller particulier de Bill GATES, il est également lauréat du Prix français TURGOT (récompense chaque année le meilleur livre d’économie financière).

S’y ajoutent consécutivement le Soudanais évoluant aux USA, Noah Samara, fondateur de la Radio numérique Worldspace, le physicien malien Cheikh Modibo Diarra qui a  passé dix-sept années à la NASA pour quatre missions spatiales, le Sud-africain Mark Shuttleworth, premier Africain dans l’espace et le Togolais vivant en France, Victor Agbegnenou, inventeur en 2011 d’un nouveau système de télécommunication « ayant une trentaine d’années d’avance sur les modes actuels : le pwcs ou encore le Matloop », selon des médias spécialisés.

Si ces hautes compétences ont choisi d’évoluer outre-mer, c’est en raison de la modestie des moyens logistiques et matériels dans leurs pays d’origine, explique M.Marfouk.

Mais, « heureusement la donne semble avoir changé avec la prise de conscience de certains pays africains, comme le Sénégal, la Tunisie et le Maroc, de l’importance des enjeux liés à la diaspora qualifiée », tempère le chercheur.

Avancant un "modèle africain à suivre", il cite le Sénégal qui a initié un programme spécifique pour l’assistance et l’encadrement de ses immigrès qualifiés, le Sénégal a créé le poste de Conseiller spécial en matière d’immigration auprès du président de la République et un ministère y afférent. Ayant à charge l’encadrement de la diaspora qualifiée de retour au Sénégal, un département baptisé Msenex relevant dudit ministère a pour mission de veiller à la bonne réinsertion socio-économique des Sénégalais, surtout les plus qualifiés, de retour au pays. Cette réinsertion étant favorisée par la mise en place de stratégies bien élaborées et l’accompagnement dans la réalisation de projets professionnels, par l’investissement dans l’économie du savoir.

Le rôle du Conseiller spécial c’est « d'organiser des tribunes nationales et internationales, de travailler avec le chef de l'Etat. Il doit se rendre sur place que ce soit en Afrique, en Europe, en Amérique du Sud, en Asie, à New-York, aux Philippines, à Los Angeles... partout où il y a une communauté sénégalaise assez importante et là où souvent aussi la problématique migratoire était prise en charge et la réflexion stratégique était menée », selon Papa Saër Gueye, ancien Conseiller spécial chargé des Sénégalais de l’extérieur, auprès de l’ancien président Abdoulaye Wade, cité par la chercheuse en politique migratoire sénégalaise, Anaïs Aïdara.

Puis, sur le plan médiatique, au-delà de la radio et de la presse écrite, la télévision sénégalaise se penche de plus en plus sur la question migratoire. La chaine RTS (Radiodiffusion Télévision Sénégal) diffuse souvent, des émissions exclusivement réservées aux migrations et servant à faire connaître les hautes compétences du pays à l’étranger.

                                                    L’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya, occupent la tête du peloton

M Abdeslam Marfouk note, conformément à une étude qu'il a récemment menée, en collaboration avec Stella Capuano, publiée en 2013 dans la revue « Journal of Comparative Policy Analysis: Research and Practice », que  les pays les plus touchés par l'exode des compétence sont entre autres , l'Afrique du Sud (173,411), le Maroc (155,994), l’Egypte (151,451), le Nigéria (148,780), l'Algérie (87,777), le Kenya (80,287) et le Ghana (67,105).

Ces émigrés évoluent dans les pays de l’OCDE (Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Corée, Danemark, Espagne, Estonie, Etats-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Israël, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Slovaque, République Tchèque, Royaume-Uni, Slovénie, Suède, Suisse et Turquie) ».

Mesurés par rapport à la population active des pays d'origine, les taux d'émigration les plus élevés concernent, nuance M.Marfouk, le Cap Vert (82%), les Seychelles (77%), la Gambie (68%) et les Iles Maurice (56%). 

Se référant à la même étude, le chercheur ajoute que l’exode des cerveaux concerne également les Africaines.

                                                                                   Une vérité souvent occultée

« La migration des africaines qualifiées est une composante qui demeure largement occultée dans le débat sur la fuite des cerveaux. La même étude a pourtant montré que les femmes représentent 41% des immigrés africains résidents dans les pays de l'OCDE. Ces Africaines qualifiées sont la composante la plus mobile de la population africaine, poursuit-il.

Il note, en effet, que le nombre de migrantes faiblement éduquées a progressé ces dernières années de 33%, contre 113% pour celles titulaires d'un diplôme de l'enseignement supérieur ».

Sur un autre plan, le chercheur observe en s’appuyant sur la même étude, qu’environ « un sur trois (soit 33%) des immigrés d’origine africaine vivant dans les pays de l’OCDE est titulaire d'un diplôme de l'enseignement supérieur. Cela contre  26% pour la région de l'Amérique latine et des Caraïbes et 22% pour l'Europe ».

Revenant sur les moyens susceptibles de lutter contre  la fuite des cerveaux du continent, il insiste sur l’impératif de s'attaquer à l’origine du mal, à savoir,  « les conflits armés, l'instabilité politique et le manque de perspectives d'emploi et de carrière, etc ».

« De nombreux pays africains doivent fournir davantage d'efforts dans ces domaines afin de limiter l'exode des compétences et favoriser éventuellement le retour des cerveaux », alerte M.Marfouk.

Il appelle ces pays à procéder à l’instar du Sénégal. Tout autant qu’il exhorte les populations locales à mieux interagir avec la diaspora pour qu’elle s'engage en faveur du développent économique et social du pays d'origine, notant dans ce sens que certains acteurs parmi les populations locales "regardent souvent de travers la diaspora qualifiée".

M.Marfouk pense de-là que plusieurs migrants africains sont très attachés à leurs pays d'origine, ont l'Afrique au coeur et qu'ils sont déterminés à servir leurs terres natales et le continent. Sauf que, certains de leurs concitoyens les considèrent comme des « concurrents ».

Il s’annonce, du reste, optimiste quant à l’adhésion des Africains qualifiés à une cause continentale, à savoir, « L’Afrique espoir du monde pour ce qui est des décennies à venir et du siècle en cours ».

 
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